Vite, à la campagne !

Hormis le sport, on voit mal quelle discipline autre que la politique peut offrir de tels coups de théâtre et revirements. En quelques jours, ce qui ne devait être qu’une formalité à la fin de l’année dernière devient un scénario plus hypothétique. En un mot, l’élection à la présidence de la République française du candidat de droite estampillé « Les Républicains » n’est plus aussi « naturelle ». On n’épiloguera pas sur les raisons de cette remise en cause. En revanche, les cartes sont très nettement rebattues pour les concurrents de François Fillon et ce à moins de trois mois de l’échéance. En conséquence, les certitudes sur le plan fiscal sont également battues en brèche. Avec des conséquences qui méritent temps et réflexions tant le champ des possibles est large. Sur l’ISF par exemple : si l’on se penche sur les intentions des principaux prétendants à l’élection présidentielle, son avenir est fonction de l’élu du mois de mai, radieux… ou funeste. A droite de l’échiquier politique, dans le programme de François Fillon, le candidat LR toujours en selle à l’heure où nous écrivons ces lignes, la suppression est à l’ordre du jour. A gauche et au centre, comme aux deux extrêmes d’ailleurs, il n’est pas question de revenir sur cette taxation mais il y a des sensibilités pour le moins différentes. Après les primaires du parti socialiste, le candidat à la présidentielle veut lui donner plus de poids en le transformant en une taxation unique sur le patrimoine, « progressive, net des dettes et incluant notamment la taxe foncière ». Au centre en revanche, on veut faire maigrir l’ISF. L’objectif est de ne pas écorner le capital qui finance l’économie réelle – via la détention d’actions notamment. De fait, l’immobilier serait alors le seul actif taxable, l’abattement sur la résidence principale étant néanmoins conservé.

On en revient aux fondamentaux de cette élection qui ne devait ressembler à aucune autre du fait de la situation actuelle de notre monde. Entre infidélité britannique et « trumperie » outre-Atlantique, la présidentielle française a valeur de nouveau test pour les grandes puissances, l’objectif étant de savoir si, comme ailleurs, nous nous trouvons au seuil d’une ère politiquement « disruptive ». Or, avant même d’avoir une réponse par les urnes, avant même de laisser libre cours aux débats d’idée de tous les prétendants, la campagne piétine, avec un candidat majeur un temps devenu inaudible, et des électeurs la tête ailleurs. Les investisseurs étrangers, les marchés, eux, n’aiment pas l’incertitude et le font savoir. La semaine dernière, les rendements des obligations d’Etat se sont tendus pour atteindre un plus haut de près d’un an et demi. L’écart avec le Bund allemand s’est aussi sensiblement creusé, ce dernier endossant son rôle de valeur refuge. Il devient urgent que l’on redonne à la campagne politique ses lettres de noblesse. Avec les tenants et les aboutissants de tous les projets et de tous leurs ambassadeurs. N’oublions pas que les électeurs sont aussi des épargnants et pour beaucoup des contribuables. Et, c’est bien connu, tous ont horreur du risque. Qu’il soit financier, fiscal… ou électoral.