Expertise comptable

Une transition obligée vers le numérique

Avec la robotisation prochaine de la comptabilité, les experts-comptables s’organisent pour créer de la valeur ajoutée dans le conseil
Un défi que tous doivent relever, qui impose de réviser profondément la stratégie du cabinet et de former les collaborateurs

Une très grande majorité de la profession se sent concernée par la transition numérique », a indiqué Philippe Arraou, président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables (CSOEC) lors de leur congrès annuel organisé cette année sur le thème du numérique. Sur le terrain, même constat : il y a une vraie prise de conscience de la part de ces acteurs. « C’est une réalité inéluctable qui affecte les experts-comptables dans leur organisation, leur métier, leur relation client... bref, dans toutes les dimensions de leur activité », confie Philippe Arraou dans un entretien accordé à L’Agefi Actifs (lire celui-ci ici).

Pour certains, et en particulier pour les grands réseaux, le travail de réorganisation est déjà massivement en cours, notamment pour développer largement la partie conseil dont la gestion de patrimoine (L’Agefi Actifs n° 660, p.7). Pour les autres, la question essentielle est de savoir comment intégrer cette réalité au sein de leur cabinet. Les défis à relever sont multiples.

Une automatisation de la tâche comptable...

C’est un fait, demain toutes les données seront numérisées. La loi Macron impulse directement ce mouvement en imposant à plus d’un million de fournisseurs commerciaux de l’Etat de dématérialiser leurs factures d’ici à 2020, une obligation qui sera étendue aux relations interentreprises entre 2017 et 2020. A cette numérisation s’ajoutera un traitement comptable automatisé des données. « A minima, nous nous dirigeons en effet vers une robotisation de la comptabilité. La saisie comptable devrait disparaître dans les cinq années qui viennent. En outre, les données devront être mises à la disposition des clients en ligne au sein d’un coffre-fort électronique », relève Stéphane Raynaud, expert-comptable associé chez BBA et consultant auprès des cabinets comptables. Enfin, ces informations pourront également être analysées par des logiciels qui en extrairont des enseignements, notamment financiers ou sectoriels.

… qui implique un développement nécessaire de services à valeur ajoutée et une adaptation des collaborateurs.

En effet, le service de comptabilité se transforme inexorablement et pourrait même à terme être libéralisé, laissant certains imaginer les banques en pourvoyeur de ce service. Les marges réalisées par les cabinets se situeront donc ailleurs, à savoir dans la fourniture aux clients d’une offre de prestations d’accompagnement, le full service mis en avant par l’Ordre des experts-comptables lors de leur congrès 2014. La question du service qu’ils délivreront au client est donc centrale. En fonction de l’objectif poursuivi en la matière, il conviendra de retenir des outils digitaux pour sa mise en place. Mais le défi le plus difficile à relever sera certainement d’ordre humain et managerial : l’adaptation des collaborateurs dont la qualité de consultant dépassera celle de comptable.

Atouts de la profession comptable.

Pour relever ces nombreux défis, la profession mise sur un atout de taille : son capital client. Et notamment sur la confiance que les entreprises mettent dans cette profession. Un sondage réalisé par le CSOEC à l’occasion du congrès révèle que près de 80 % des entreprises interrogées jugent que les experts-comptables sont les mieux placés pour les accompagner dans cette transition numérique. Philippe Arraou a ainsi indiqué miser de manière importante sur le Big data. Il en a récemment fait la démonstration avec le lancement d’un baromètre mensuel de la santé des entreprises grâce à l’exploitation des données du portail de déclaration fiscale de la profession jedeclare.com.

Par ailleurs, le CSOEC a proposé à la secrétaire d’Etat chargée du Numérique, Axelle Lemaire, la création d’un compte numérique de l’entreprise, un coffre-fort auquel l’administration pourrait se référer, en complément de l’identité numérique – un identifiant électronique unique et sécurisé pour les entreprises – mis en place par la loi Macron.