20e Grand Prix de la Gestion d'Actifs

Une gestion d'actifs en pleine mutation

Le vingtième anniversaire des Grands Prix de la Gestion d'Actifs de L'Agefi est l'occasion de faire le point sur l'évolution de l'industrie de l'asset management durant ces deux décennies
Compte tenu des changements constatés, il est plus question d'une véritable transformation que de simple évolution
(Pixabay)

Les Grands Prix de la gestion d’actifs de L’Agefi fêtent leurs vingt ans. Et un anniversaire couvrant une telle période incite naturellement à faire un bilan sur l’évolution de l’industrie financière en question. Pour l’asset management, deux mots peuvent parfaitement résumer ces deux décennies. Transformation et accélération. Une transformation impressionnante, tout d’abord, auquel le monde de la distribution n’a pas échappé. Entre autres événements majeurs, courants ou changements notables, il faut noter qu’en 2000, début de la période sous observation, la France, dont le marché de la gestion d’actifs était l’apanage des réseaux, a vu la multigestion faire son apparition.  Déjà bien ancrée aux Etats-Unis, son incursion dans l’Hexagone s’est faite tout d’abord sous l’étendard de la banque du Louvre, qui a proposé un service de sélection d’OPCVM, pour la plupart étrangers ou inconnus des investisseurs. Puis c’est au tour de Cortal, dans le giron de BNP, de faire parler de lui avec sa Sicav des Sicav. Ces « expériences » se multiplieront et ces acteurs seront rapidement rejoints par d’autres à même de donner un sens à la notion de « supermarché » d’OPCVM à la disposition des épargnants. L’abondance de biens ne nuit pas, encore faut-il donner un sens à l’offre en question. Autrement dit, alors qu’elle tente de bousculer la mainmise des grandes banques à réseau dans le paysage de l’épargne, la multigestion impose que l’on dispose des clés pour en profiter. 

Un développement qui passe par les CGPI. C’est dans ce contexte que l’évolution a concerné une nouvelle cible de professionnels : les conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI).  A quelques milliers, ils permettaient aux sociétés de gestion de passer outre les réseaux pour distribuer leurs produits. Les campagnes de communication envers cette clientèle se sont multipliées et l’on comprend ainsi pourquoi les CGPI étaient vus, à l’époque, comme l’Eldorado des sociétés indépendantes - et le seul véritable moyen pour ces acteurs de se développer sur le marché français. Avec en relais des plates-formes d’assurance qui leur étaient dédiées, telles Sélection R de Rothschild avant de passer sous pavillon de la banque 1818 de Natixis puis aujourd’hui de DLPK. Dans le même temps, certaines sociétés de gestion, comme Carmignac ou M&G, ont réussi à se développer sur cette cible de clientèle intermédiée qui s’est nourrie de gérants de renom, quasi starisés après avoir su traverser les crises des marchés sans trop d’encombres…

Les encombres, il y en a cependant eu dans le domaine de la gestion d’actifs. En lien avec l’émergence d’une offre du troisième type : les produits structurés et les fonds à formule. Fruit de l’éclatement de la bulle internet en 2001, ils étaient une façon d’attirer à nouveau les investisseurs sur les marchés. Assortis de diverses garanties et de formules, ils permettaient une exposition aux actions, tout en préservant, selon certaines conditions, le capital des investisseurs. Le talon d’Achille de ces produits a résidé dans leur complexité. Les difficultés de compréhension des épargnants ont conduit les promoteurs à expliquer leur fonctionnement aux commercialisateurs et aux clients finaux de manière moins abrupte que dans les documents légaux. C’est ainsi que se sont développées des actions marketing d’ampleur sur ces produits, vers le grand public, mais aussi, et surtout, vers les conseillers financiers. Dans l’univers de la gestion d’actifs, les excès en matière de marketing vis-à-vis des CGPI concernant des fonds traditionnels sont restés rares. Car les conseillers sont soumis aux exigences de la directive MIF, et plus globalement à une réglementation de plus en plus présente et exigeante. Il n’en reste pas moins que de grands établissements ont connu quelques retentissantes affaires – telles que celles du fonds à capital garanti Doubl’ô distribué par les Caisses d’Epargne entre les années 2000 et 2001 - pour que l’on prenne conscience de l’impact du risque de « misselling » – ou mauvaise vente – dans l’asset management. Aujourd’hui, les produits structurés n’ont pas disparu, il s’en faut. Ils ont même retrouvé du souffle avec la baisse des taux, en se présentant comme une solution – non pas de remplacement mais comme une alternative – pour pallier la baisse des rendements des fonds en euros. 

Entre temps, il faut noter deux éclosions dans l’asset management. Celle, pour commencer, de l’investissement socialement responsable avec en filigrane l’installation des critères extra-financiers dans la gestion, en mesure de donner du « sens à un placement ».  Aujourd’hui encore, les capitaux investis sur ces fonds sont modestes au regard de ceux de l’industrie dans son ensemble, mais les chiffres ne font pas tout. Il est évident que la prise de conscience de l’investisseur est de plus en plus forte et que l’idée de remettre « la finance au service de l’humain et non l’inverse » fait son chemin. Dans ce cadre, les pistes sont multiples pour la gestion d’actifs, qui n’a plus que l’embarras du choix. Entre les problématiques liés à l’environnement pur, au dérèglement climatique, à l’impact investing ou aux questions sociales ou de gouvernance au niveau des entreprises, c’est bien l’accélération de la mobilisation qui frappe les esprits.

Enfin à propos de la seconde éclosion, il serait plus juste, au cours de ces vingt dernières années, d’évoquer le terme d’explosion. Quasi embryonnaire au début du siècle, la gestion indicielle, et les ETF en particulier, selon les chiffres de la société ETFGI à fin octobre, pesait 903 milliards de dollars sur le vieux continent et… 5.786 milliards de dollars dans le monde ! Pour expliquer leur succès, Thibaud de Cherisey, directeur du développement des ETF en Europe chez Invesco expliquait il y a peu à L’Agefi que « la réussite des ETF reposait sur leur transparence, la faiblesse de leurs frais de gestion et leur accessibilité. Ces trois points continuent d’assurer leur succès et correspondent à l’évolution du secteur de la gestion d’actifs : transformation des marges – donc moins de frais de gestion, pression des clients pour davantage de transparence et recherche de rendement sur des classes d’actifs ou thèmes spécifiques ». A ce sujet, la pression sur les marges et les coûts font partie intégrante de l’évolution de la gestion d’actifs. Et la recherche d’économies d’échelle justifie le mouvement de consolidation qui a débuté il y a quelques années - et qui ne semble pas prêt de s’arrêter. De nombreux établissements, y ont été mêlés. Des géants tels BlackRock qui a mis la main sur Barclays Global Investors (BGI), ou Amundi qui a pris le contrôle de Pioneer Investments, jusqu’à des « boutiques » déterminées à se développer en s’adossant à plus gros, telle La Financière de L’Echiquier avec le groupe Primonial ou Schelcher Prince dans le giron d’Arkéa.

L'apport des avancées technologiques. Cela étant, dans la recherche des économies réalisables, les gestionnaires d’actifs ont commencé à intégrer le potentiel qu’offrent certaines avancées technologiques dans le secteur de l’asset management. On pense naturellement à l’apport de la blockchain et au potentiel de l’intelligence artificielle. La blockchain aura surtout un impact dans le domaine de la distribution via la présence de plates-formes, synonymes de réduction des coûts en donnant accès à un marché plus large – dépassant nos frontières.  Et l’intelligence artificielle permettra de traiter un nombre important de données et de devenir un indispensable outil d’aide à la décision pour les allocataires d’actifs. Ces technologies n’ont sans doute pas livré l’étendue de leurs capacités mais le processus est lancé et il faut donc s’attendre à des bouleversements majeurs tant dans les tâches sans valeur ajoutée ou, à l’autre bout du spectre, dans celles des gérants et conseillers devenus « augmentés ».

Le secteur de la gestion d’actifs s’est donc largement transformé au cours de ces deux dernières décennies. Au gré des changements d’ordre réglementaire, concurrentiel ou technologique. Mais sous leurs coups de butoir, la mutation de l’industrie se poursuit, accélère même. Il ne sera sans doute pas nécessaire d’attendre les vingt prochaines années pour s’en rendre compte.