Talents du Patrimoine 2020

Une année de Talents… fous

Au terme d’une compétition bouleversée par la crise sanitaire, l’Esemap Angers remporte le prix de l’Ingénierie des Talents du Patrimoine 2020

Les nerfs à vif. C’est sans doute l’image la plus juste pour décrire l’état d’esprit des étudiants au cours de cette première partie d’année. Avant même de devenir de brillants jeunes diplômés. Car la pandémie que l’on sait s’est invitée et, avec les vies de tout un chacun, a bousculé le calendrier des examens nationaux. Crise sanitaire oblige, la plupart des épreuves écrites ont été reportées et celles à base d’interrogations à l’oral, purement et simplement annulées. Les Talents du Patrimoine 2020 n’ont pas pu faire exception. Et l’on retiendra que ce prix-référence basé sur le Grand Prix des Jeunes Diplômés que L’Agefi Actifs organise depuis 18 ans, a dû lui aussi s’adapter à la situation.

Un jury d’experts
Pluridisciplinaire, le jury qui a corrigé les études de cas pratiques était composé de : -Jean-Philippe Bohringer, expert-comptable, directeur général du cabinet JPA -Serge Anouchian, expert-comptable et commissaire aux comptes -Eric Guiard,notaire -Silvestre Tandeau de Marsac, avocat et co-fondateur du cabinet FTMS

A l’origine, le prix était donc articulé autour de la résolution d’un cas pratique élaboré par la Compagnie des conseils et experts financiers (CCEF) sous la direction de maître Silvestre Tandeau de Marsac, avocat au barreau de Paris. A cela s’ajoutaient cette année des oraux collectifs permettant à l’ensemble des étudiants des masters en compétition, d’être interrogés par des jurys composés pour chacun d’entre eux d’un membre de la CCEF, de représentants des associations de conseillers en gestion de patrimoine, et enfin, de journalistes de L’Agefi Actifs. La résolution du cas pratique, et la moyenne des deux notes obtenues – écrite et orale – devaient donc respectivement désigner les vainqueurs du prix de l’Ingénierie et du prix du Master. Par ailleurs, trois récompenses devaient être remises consacrant à l’oral les étudiants les plus brillants sur des critères tels que leur éloquence ou leur capacité à convaincre.

 

L’Esemap Angers une nouvelle fois

Cette année exceptionnelle en tout point a conduit L’Agefi Actif, dans un premier temps à repousser puis à renoncer à l’épreuve orale. C’est donc le seul cas pratique et le prix de l’ingénierie qui a départagé les 17 masters engagés cette année. A ce titre, il faut souligner leur adaptation à une situation exceptionnelle et leur travail remarquable, à distance, sur un cas d’ingénierie patrimoniale de haute volée.

 Le verdict est tombé. Pour la deuxième année consécutive, les étudiants de l’Esemap Angers dirigé par Bruno Séjourné rendent la meilleure copie et remporte l’épreuve 2020 des Talents du Patrimoine. Les étudiants réalisent cette performance en y mettant la manière puisque la note de 17/20 attribuée par les membres du CCEF est l’une des plus élevées jamais reçues dans le cadre de ce prix. Cette plus haute marche est tout sauf une surprise puisqu’outre sa première place au Prix de l’ingénierie en 2019, le master avait occupé la deuxième marche du podium en 2018.  Dans le détail, la partie dédiée aux solutions d’ordre financier a été jugée très convaincante par les membres de la CCEF, tant sur la prise en compte de la situation du client que de l’argumentation des solutions juridiques proposées. Ces dernières ont été jugées techniquement bonnes et convaincantes, et débouchant sur de bonnes conclusions. Des éléments qu’il est possible de juger sur pièces puisque comme c’est la tradition, l’énoncé, la résolution du cas pratique des lauréats sont publiés dans ce numéro (voir page 36).  

Sur la deuxième marche du podium, l’IAE Caen copiloté par Frédéric Chazal et Jérôme Le Provaux confirme son bon parcours sur la durée. Soit en collectif, soit par l’intermédiaire d’étudiants primés à l’oral. Cette année, le master a tiré son épingle du jeu avec une note de 15/20, proche de celle du lauréat. La qualité des travaux rendus est incontestable. Toujours selon les experts du CCEF, les points forts de la copie portent notamment sur l’équilibre des traitements d’ordre juridique, fiscal et financier.

Enfin, sur la troisième marche, Paris-Dauphine place l’un de ses masters. Habituée des podiums, l’université parisienne est cette fois mise à l’honneur par l’intermédiaire du Master 2 Gestion de Patrimoine Banque Privée (M 261) sous la direction du Frédéric Gonand et non par le plus titré de la compétition – le master 223 Droit du Patrimoine professionnel dirigé par Sophie Schiller. Le master M261 arrive pour la première fois à ce niveau avec une note de 14/20. Les solutions d’ordre fiscal ont été l’un des points forts de l’étude réalisée, ont relevé les membres du CCEF.

Pour l’ensemble du classement, que retenir des résultats obtenus par les 17 universités en compétition ? A partir d’une étude de cas qualifiée de complexe par ses propres rédacteurs, les notes des masters en compétition se tiennent remarquablement bien. Si quatre d’entre eux ne parviennent pas à obtenir la moyenne – de peu pour l’un d’entre eux, 9 masters ont obtenu une note comprise entre 10/20 et 13/20. Un « mouchoir de poche » qui semble traduire le bon niveau des cursus, comme l’a confirmé André-Paul Bahuon, président de la CCEF (voir interview page 18).

 

Richesse des cursus de gestion de patrimoine

Si les Talents du Patrimoine permettent aux masters et aux étudiants les plus aguerris de s’affronter, il n’en demeure pas moins qu’ils ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Ainsi, il existe en France de nombreux cursus d’universités et écoles qui préparent à la gestion de patrimoine au sens large du terme. Cette annonce des résultats constitue donc une bonne occasion de signaler leur présence et permet au passage de mesurer la richesse et l’étendue de la discipline. Un foisonnement en phase avec l’étendue des savoirs requis et la complexité de la matière, sous le poids croissant de la réglementation, des évolutions fiscales ou juridiques, ou encore de la pression des marchés financiers. Deux grandes familles peuvent être globalement distinguées. Tout d’abord, celle dont le cœur de l’expertise repose sur les aspects juridiques et fiscaux des patrimoines. De nombreux masters vanteront naturellement leur valeur ajoutée. Quitte à distinguer ultérieurement des spécialisations, des formations pouvant être tournées vers l’entreprise, ou vers le droit civil pur. Mais l’on trouve également une autre famille, plus orientée vers les techniques financières, à base de gestion et d’allocations d’actifs - même si l’activité de conseiller en gestion de patrimoine ne peut faire l’économie d’un « vernis » patrimonial général.

L’aspect commercial de ces formations est aussi important. Il fait même l’objet d’une concurrence entre écoles et universités, les premières étant considérées comme préparant mieux que les secondes aux expériences dans l’entreprise. Ne serait-ce qu’en raison des programmes d’alternance mis en place. Interrogés l’an dernier par l’Agefi Actifs, des spécialistes du recrutement des métiers patrimoniaux avaient pourtant objecté que la technicité requise par l’ingénierie patrimoniale faisait pencher la balance du côté des facultés. Il semble tout de même difficile d’opposer les deux « enseignements ». En revanche, dans sa fonction de conseil, beaucoup relèvent la difficulté pour les professionnels de voir leur connaissance juridique et fiscale rétribuée comme attendu. Et pointent par ailleurs que cette tâche est essentiellement dédiée aux activités de gestion sous mandat.

La gestion de patrimoine est une activité tentaculaire, imposant une technicité et des connaissances parmi les plus étendues. Au rang des défis à relever, ces formations sont aussi tenues de s’adapter à un nouvel environnement technologique. La digitalisation a pris ses marques et l’outil doit permettre de mettre en valeur le conseil. Difficile ainsi de ne pas évoquer les transformations de l’industrie financière et bancaires sans penser à l’impact que celles-ci pourront avoir simultanément sur la gestion de patrimoine et… son enseignement.

Il est donc essentiel de bien choisir sa formation de base, avant de confronter celle-ci à l’épreuve du terrain. Beaucoup de jeunes diplômés constateront alors la présence d’une concurrence de plus en plus vive, venue parfois de professionnels pas forcément issus initialement du sérail. A l’image d’experts comptables ou mêmes d’avocats pour qui la gestion de patrimoine constitue une voie de diversification très attractive. 

 

 

Interview

« Les étudiants ont fait preuve d’une compétence avéré »

André-Paul Bahuon, président de la CCEF

L’Agefi Actifs : - La CCEF est le partenaire historique de L’Agefi Actifs pour les Prix des Jeunes Diplômés - désormais Talents du Patrimoine. Quelles raisons vous ont conduit à vous impliquer de cette façon dans ce prix ?

André-Paul Bahuon : - L’ADN de la CCEF consiste à mélanger interprofessionnalité et excellence. Le conseiller en gestion de patrimoine est naturellement l’un des partenaires du chef d’entreprise aux côtés de l’expert-comptable, de l’avocat, et du notaire. Il vient, par son expertise, apporter la vue du professionnel spécialisé vis-à-vis du dirigeant pris dans sa définition personnelle. La formation du conseiller patrimonial réclame désormais une acquisition de connaissance et de multiples compétences, réclamant un investissement personnel fort et une érudition financière et juridique affirmée. Dès lors, quoi de plus naturel pour la CCEF de s’associer aux Talents du Patrimoine.

 

Comment jugez-vous d’une façon générale le niveau des étudiants ? Et en particulier cette année ?

Grâce à l’équipe menée par Sylvestre Tandeau de Marsac, avocat, accompagné efficacement par Eric Guiard, notaire, les candidats ont eu à « plancher » sur des cas patrimoniaux extrêmement pointus. Cependant, les problématiques qu’ils ont à dominer sont des cas réels. C’est donc une plongée dans le monde de leur futur métier qui les attendait. Face à cela les étudiants ont fait preuve d’une compétence avérée, peut-être parfois encore théorique, mais somme toute, avec un sens pratique de résolution. Nous pouvons les remercier de leur investissement, et de leur volonté à démontrer leur maturité et leur professionnalisme.

 

Quel rôle la CCEF entend jouer dans un environnement de plus en plus complexe pour la gestion de patrimoine ?

La CCEF repose sur quatre fondements : l’évaluation d’entreprise, le financement d’entreprise, le patrimoine et le retournement d’entreprise (en partenariat avec l’Association pour le Retournement des Entreprises (ARE)). Forts de ses presque 600 professionnels à haute valeur ajoutée, la CCEF produit des études ou prépare des rencontres ou des interventions qui amènent aux adhérents et aux parties prenantes une contribution essentielle et incontournable. Dans le domaine du patrimoine, nous n’échappons pas à notre volonté d’approfondir des pistes fondamentales. Après notre production sur les SCPI, puis sur la gestion de la forêt, nous sommes en train d’achever une publication sur la vigne dans la gestion patrimoniale. 

La CCEF est avant tout une forme de « think-tank » et notre souhait est de pouvoir initier des mouvements par le rendu compte d’analyses en profondeur. C’est en quelque sorte notre marque de fabrique. Elle nous permet de renforcer notre crédibilité dans nos démarches de lobby au bénéfice de l’économie nationale. 

 

 

Un championnat en gestion d'actifs

Les étudiants font valoir ici leurs talents d'allocataires

En dépit des contraintes qui se sont imposées dans le monde universitaire, avec la crise sanitaire, des étudiants ont relevé le défi dans différents domaines. Notamment celui de la gestion d’actifs. Du 28 octobre 2019 au 25 mars 2020, des équipes constituées au sein de grandes écoles et d’universités se sont ainsi affrontés au sein d’une compétition baptisée « Liliane » - dont c’était cette année la troisième édition. Comme c’est le cas pour les Talents du Patrimoine, les équipes sont exclusivement composées d’étudiants d’une même école. Chaque équipe doit compter entre 3 et 6 coéquipiers.

Destiné à mettre en valeur les connaissances financières, la maîtrise des risques des inscrits et leurs talents d’allocataires, ce championnat se déroule dans le cadre d’une gestion de trois portefeuilles virtuels pour trois catégories d’investisseurs. Compte tenu de l’arrivée de la loi Pacte cette année, l’un des mandats dit « équilibré » avait pour univers d’investissement des fonds éligibles au PEA, un autre dit « prudent » permettait d’investir uniquement dans des fonds labellisées ISR et enfin un dernier dit « agressif » se donnait l’ensemble des unités de compte au sein des contrats d’assurance vie comme univers d’investissement.

Au terme de la compétition - qui prévoit par ailleurs pour chaque mandat le respect d’un niveau de volatilité maximum – la victoire est revenue cette année à l’IAE Nice , devant l’IAE Grenoble et enfin Financia business school.