Tous les coûts sont permis

L'éditorial du rédacteur en chef de l'Agefi Actifs, Jean-François Tardiveau, publié dans notre dernier numéro papier.

Parfois, les Français devraient s’inspirer de ce qu’il se passe chez leurs voisins. Telle cette sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Sans doute la campagne menée outre-Manche avant le vote de juin 2016 pour ou contre le désarrimage a été l’occasion pour les pro-Brexit de brandir des études révélant les gains d’une telle opération. A coup de milliards de livres et de milliers d’emplois. Seulement, avant même d’approcher cet eldorado, une estimation tourne qui fait état d’un coût de sortie de l’Union européenne pour la Grande-Bretagne de l’ordre de... 60 milliards d’euros. Bruxelles, qui n’aura pas confirmé le montant, a tout de même précisé que l’addition pour le Royaume-Uni sera, quoi qu’il en soit, très salée.

Ce qui nous ramène en France – et pardon de donner l’impression de se répéter tant elle occupe l’espace – à l’élection présidentielle. Des efforts d’explication ces derniers jours ont été faits par les différents candidats, désormais plus loquaces sur leurs programmes respectifs. Mais y voit-on plus clair ? Sachant que l’heure est aux promesses, il semble surtout que tous les coûts soient permis... On peut bien admettre que c’est la période qui veut ça, entre vérités et contre-vérités, mais les politiques prônées ici et là sont si différentes que l’on peut être envahi par le doute. Deux familles de prétendants se distinguent nettement, entre celle qui ouvre les vannes d’un puits pourtant asséché, et une autre, plus réaliste sans doute, où l’on tente d’expliquer la nécessité de produire des efforts d’une extrême urgence. On notera au passage que seuls les moyens divergent puisque tous tablent sur des lendemains meilleurs.

Think tanks et instituts se fendent bien d’études pour contrer les idées les plus farfelues pour y parvenir, comme la sortie de la zone euro ou le retour d’une ancienne monnaie, mais un grand nombre de chiffres circulent qui semblent du même acabit, faisant état de dizaines de milliards de dépenses et beaucoup moins d’économies. On connaît pourtant les conséquences sur les finances publiques, sur les bas de laine et sur le pouvoir d’achat des retraités ou des contribuables. Sans parler des investisseurs internationaux prompts à réagir. Aussi en vient-on parfois à souhaiter que les acteurs du monde de la finance montent au créneau pour faire assaut de pédagogie et rappeler les règles de l’équilibre comptable et des limites du raisonnable.

En découvrant l’enquête de ce numéro, il sera facile de comprendre qu’ils ont d’autres chevaux de bataille non moins urgents. A commencer par la réglementation. Prépondérante dans leur activité, elle exige de très lourds investissements et d’âpres discussions avec les régulateurs. Les conseillers en gestion de patrimoine, dont les rencontres annuelles vont débuter au cours du mois de mars, sont également concernés et l’ont également – une nouvelle fois – inscrite au programme. Finalement, comme dans le cas de la politique, ces sujets sont souvent au cœur des conversations. Avant d’être au centre des préoccupations.