Quels enjeux pour les CGP face aux rapprochements des plateformes bancaires ?

Pascal Viéville, directeur général délégué de Finaveo
L’univers des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) ne cesse d’évoluer notamment par une forte concentration des plateformes bancaire. Pascal Viéville, directeur général délégué de Finaveo, décrypte ce phénomène.
DR

Le récent rachat de la plate-forme Sélection 1818 (Groupe BPCE) par Nortia illustre la poursuite de la consolidation des plates-formes bancaires dédiées aux CGP. Ces derniers savent que ce mouvement n’est pas nouveau : plusieurs plateformes de ce type ont déjà été rachetées par d’autres acteurs au cours des dernières années, ou ont tout simplement mis un terme à leurs activités.

Rappelons ainsi que depuis une dizaine d’années, les CGP ont connu les arrêts successifs ou cessions des plateformes suivantes :

  • CPR « Service Prestige » du Groupe Crédit Agricole
  • Sélection R » (Rothschild & Cie) à BPCE
  • Cortal Consors (Groupe BNP Paribas)
  • Sélection 1818 (Groupe BPCE) à Nortia

Tout le monde se pose alors une question légitime : pourquoi assiste-t-on à un tel mouvement de concentration ?

Plusieurs raisons expliquent la concentration des plateformes. La première tient à la pression réglementaire, qui touche l’ensemble des métiers de la finance. Ces évolutions réglementaires sont bien sûr positives pour la transparence vers les clients. De même, elles permettent de réduire certains risques opérationnels et incitent tous les acteurs du secteur à adopter de bonnes pratiques. Toutefois, ces réglementations complexifient le fonctionnement des plates-formes, qui doivent tenir compte d’un nombre croissant de contraintes administratives chronophages. Ces contraintes réduisent donc les marges de manœuvre des plates-formes pour développer leur activité. Et les dernières années ont été prolifiques en la matière (avec MIFID, Position 2013_02, 2013_10, 4ème directive Lutte Anti Blanchiment, MIFID II, RGPD, DDA)…

La seconde est liée aux risques opérationnels inhérents à l’activité de ces plateformes. Parmi eux se trouvent les risques liés aux passages d’ordres correspondant aux arbitrages des CGP et de leurs clients. Le passage d’ordre peut en effet, dans certains cas, donner lieu à des erreurs de saisie faisant courir aux établissements des risques financiers importants et entamer fortement la rentabilité générale. Un autre sujet se trouve notamment sur la gestion des rétrocessions à verser aux conseillers en gestion de patrimoine, parfois complexes à calculer.

Enfin, la dernière raison de ce mouvement de concentration tient à la rentabilité des plateformes. Cette rentabilité est parfois faible, voire trop faible par rapport aux risques associés à ces activités. C’est notamment cette raison qui a pu, par le passé, pousser certaines entités à cesser leurs activités ou à les céder à d’autres acteurs cherchant quant à eux à bénéficier d’économies d’échelle pour améliorer leur gestion des coûts.

Des arbitrages ont ainsi été réalisés par les grands groupes pour orienter leurs activités vers du BtoC, certes aussi chronophage règlementairement, mais on ne peut plus rentable financièrement.

Et dans le futur, comment va se transformer cette activité en pleine mutation ? Le mouvement de concentration à l’œuvre depuis une dizaine d’années n’est pourtant pas inéluctable. Ce mouvement semble désormais proche de son terme, puisque le nombre d’acteurs présents sur ce marché en France est désormais restreint. Finaveo & Associés, Nortia, CDP et Intencial semblent être les derniers survivants en tant que plateformes globales.

En revanche des solutions existent pour permettre aux plates-formes d’être plus rentables et donc plus résilientes à long terme, et ces solutions passent inévitablement par une accélération de leur digitalisation. En plus de simplifier les démarches des clients, la digitalisation peut permettre d’automatiser un certain nombre de tâches administratives et opérationnelles, permettant de diminuer les coûts d’acquisition et les coûts de fonctionnement de ces plates-formes en leur permettant de défendre leurs marges.

Le seul frein face à la digitalisation reste généralement lié au coût de ces investissements à court terme. Leur rentabilité ne se concrétise en effet qu’à moyen-long terme, d’où une éventuelle réticence des plates-formes pour s’engager dans ce type de stratégie. Certaines plates-formes préfèrent ainsi étoffer leur gamme de produits sans placer le digital au cœur de leurs préoccupations actuelles. Cette stratégie reste néanmoins particulièrement risquée à long terme : pour ces sociétés, seule une poursuite de la course à la taille leur permettra de sauvegarder leurs marges, sans s’assurer une réelle viabilité. Franchir le pas du digital reste donc un enjeu crucial pour l’ensemble des plates-formes bancaires dédiées aux CGP, et celles qui sauront s’en emparer le plus rapidement seront assurément les gagnantes de demain.