Présidentielle : les marchés préparent l’après-réélection

Adrien Paredes-Vanheule
Nombre d’économistes d’institutions financières considèrent l’élection présidentielle française déjà jouée.
Par U.S. Department of State from United States — Secretary Pompeo Arrives to Meet with French Foreign Minister Le Drian in Paris
Domaine public
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A moins d’une semaine du premier tour de l’élection présidentielle française, son issue fait peu de doute pour la plupart des économistes des institutions financières. Malgré une campagne tardive et l'ascension de Marine Le Pen dans les intentions de vote, le président sortant, Emmanuel Macron, serait réélu pour un second mandat, victorieux, le 24 avril prochain, de la candidate du Rassemblement nationa. Mais avec une marge significativement inférieure à celle du second tour de 2017. Une poignée, cependant, à l’instar d’Alain Durré l’économiste en chef de Goldman Sachs Europe, considèrent que les jeux ne sont pas encore faits et que le «troisième homme» et candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, pourrait, bien que la probabilité soit faible, se hisser au second tour à la place de Marine Le Pen. Les autres candidats paraissent hors jeu.

Le laboratoire de prédictions du groupe helvétique UBS, se basant sur les tendances des organismes de paris, estimait, fin mars, la probabilité d’une réélection d’Emmanuel Macron à 92%. Le gestionnaire allemand DWS évoque une réélection «de plus en plus incontournable», avec un président plus gaulliste alors qu’il se présentait davantage en réformateur libéral en 2017.

«Rarement (jamais?), une élection présidentielle française aura été aussi jouée d’avance, avec une victoire à n’en point douter du président déjà en place. Même le suspense pour l’adversaire d’Emmanuel Macron au deuxième tour semble être assez évident (Marine Le Pen), avec très peu d’interrogations», constate John Plassard, spécialiste senior en investissement de la banque suisse Mirabaud.

Mouvements sociaux à prévoir

Dès lors, à quoi bon pour les économistes parler de la présidentielle ? Parce qu’il y aura «un avant et un après les élections 2022» en raison des changements majeurs à venir en cas de réélection, répond-il. Pour la première fois depuis vingt ans, un président français serait réélu. John Plassard entrevoit une recomposition de l’échiquier politique à droite et à gauche, un retour massif des manifestations en France contre les nouvelles réformes attendues – en particulier celle des retraites – et des mouvements sociaux à prévoir dès cet été. En termes de secteurs, dit-il, une victoire d’Emmanuel Macron devrait soutenir la finance, le nucléaire, l’hôtellerie-restauration, les véhicules électriques, les sociétés de services et d’ingénierie en informatique ainsi que les infrastructures et le bâtiment.

Aline Schuiling, économiste senior pour la zone euro, chez ABN Amro, s’attend à une abstention record depuis 2002 pour l’élection à venir. Elle rappelle que la popularité d’Emmanuel Macron a été portée par les incertitudes autour de l’escalade du conflit russo-ukrainien. «L’impact du projet politique de Macron sur la croissance économique et les finances publiques en 2022-2023 devrait être relativement limité. Néanmoins, les réformes prévues du système de retraite et les mesures visant à stimuler l’emploi pourraient augmenter la croissance potentielle du PIB à plus long terme et contribuer à améliorer les finances publiques. Les marchés financiers n’ont pas anticipé de changements radicaux dans la politique française», écrit l’économiste, qui estime que l’impact d’une réélection sur les marchés sera modeste.

Pas de chiffres sur la dette publique

Les économistes s’accordent sur le fait que les candidats, Emmanuel Macron inclus, évitent plus ou moins la question de la soutenabilité de la dette publique, contrairement à la campagne de 2017. Chez Barclays, l’économiste senior Philippe Gudin note qu’ils n’ont pas présenté de trajectoire quantitative pour les finances publiques. «Ils présentent un mélange d’augmentations et de réductions des dépenses et un paquet fiscal composé principalement de réductions. La question de la viabilité de la dette publique est moins problématique qu’il y a cinq ans, probablement en raison de la politique du ‘quoi qu’il en coûte’ mise en œuvre pendant la pandémie et de l’environnement de taux d’intérêt bas, même si cela ne durera pas éternellement.»

S’il est réélu, Emmanuel Macron pourrait ne pas pouvoir faire passer toutes ses réformes. Le spectre d’un scénario de cohabitation à l’issue des élections législatives de juin plane et ne peut être écarté dans l’hypothèse d’une réélection du président sortant, selon les économistes. Ceux d’UBS mentionnent que même en cas de victoire du parti présidentiel, La République en marche, qui raflerait le plus de sièges à l’Assemblée, une majorité parlementaire demeure incertaine.