Pour l'AFG, l'Europe s'oriente vers un système financier "multipolaire"

Par NewsManagers. - Organisant une conférence dans les locaux du Medef à Paris, l’AFG (Association française de la gestion) n’a pas perdu de temps, la semaine dernière, pour poser les bases de ses revendications et attentes pour la nouvelle mandature européenne. Les élections venant à peine d’avoir lieu, l’Europe reste encore dans un flou artistique concernant les forces en présence qui se détacheront des différentes alliances paneuropéennes et des hommes et femmes qui dirigeront bientôt la Commission, le Conseil, la BCE et le Parlement.

En présence notamment de l’eurodéputé allemand Wolf Klinz (parti libéral-démocrate), le délégué général de l'AFG, Pierre Bollon, s’est dit favorable à une finance qui soit forte dans plusieurs pays européens après le Brexit, se résignant quasiment à ce que la France n'emporte pas la partie. « Pour nous, l’Union des marchés de capitaux est un sujet primordial. On voit bien qu’il n’y aura pas qu’un seul centre financier qui va émerger même si Paris sera important. Il y en aura d’autres comme Francfort, Amsterdam ou Milan. On aura un système multipolaire et cela aura un avantage : si la finance est assimilée à un seul endroit en Europe, cela peut renforcer les réactions négatives d’autres pays ou partis politiques. En outre, cela permettra de renforcer la compétition et irriguer l’ensemble du territoire européen en emplois et en financement ». Ne faisant aucune allusion à la concurrence du Luxembourg et de l’Irlande en matière de gestion d’actifs en particulier, le délégué général a toutefois reconnu qu’une telle fragmentation des centres financiers pourrait entrainer une « non-économie d’échelle » pour les entreprises financières. « Il est donc d’autant plus nécessaire d’aller vers l’union des marchés de capitaux pour éviter cela », a-t-il expliqué.

Présent également, Stéphane Janin, en charge du suivi des évolutions réglementaires chez Axa IM, a appelé à plus de représentation européenne dans chaque Etat membre. Selon lui, le représentant actuel de la Commission européenne à Paris « ne communique quasiment pas ». Il a également appelé à une coopération renforcée en Europe, estimant sans surprise que le processus législatif était trop long. « Il faut essayer de revenir à l’approche initiale, au processus Lamfalussy qui a été abandonné avec la crise financière, où le niveau 1 était limité aux « high level principles », et les détails techniques aux niveaux 2 et 3 de la Commission et des régulateurs "avec bien sûr un droit de regard du Parlement", rappelle-t-il.

Sujet aussi intéressant et majeur pour l’Europe, celui de « l’arme financière », faisant référence à « l’arme alimentaire » dont il était question dans les années 70 dans le conflit entre les Etats-Unis et l’ex-URSS. « En face des besoins en financement des Etats, des entreprises et des projets d'infrastructure, il faut préserver un minimum de vivier financier intra-européen pour ne pas dépendre des non européens », a averti Stéphane Janin, frappé par l’exemple de la chute de la devise turque il y a quelques mois due « à un oligopole d’acteurs non européens mais occidentaux. De même, pour l’Arabie Saoudite et les soupçons de non respect des droits de l’homme ; on a constaté que des acteurs occidentaux non européens ont coupé un certain nombre d’activités avec l’Arabie Saoudite. Il n’y pas ici un jugement de valeur mais une question de méthode : il ne faut pas dépendre de financiers non européens », a-t-il précisé.

Enfin, autre sujet majeur, celui des "data provider" qui sont de plus en plus « occidentaux non européens », autrement dit américains. « C’est un sujet qui pose problème et qui nous inquiète », a-t-il dit, surtout dans un contexte de directive MIF qui oblige à l’utilisation massive de données. « Le dernier exemple en date (de passage dans des mains américaines, ndlr) : celui de Vigeo Eiris qui a vendu la majorité de ses parts à Moody’s. C’est l’intérêt propre de ses actionnaires privés en termes de business mais, derrière, il y a tout l’enjeu des data qui est un enjeu stratégique et de souveraineté », s’inquiète-t-il. Il a aussi regretté que les agences de notation ne soient pas davantage réglementées et encadrées, alors même que depuis la crise financière et les différentes réglementations bancaires donnant une grande importance à la notation crédit, rien n'a vraiment été fait en Europe pour encadrer ce secteur.