Fintech

Nouvelle ère digitale en vue pour la gestion d’épargne

La distribution de l’assurance vie est concernée par l’arrivée de services de rupture. Sur la clientèle privée, l’accent est mis sur les partenariats avec les conseillers patrimoniaux
DR, Leonard de Tilly (FundShop), Laurent Girard (Yomoni) et Mathieu Hamel (Marie Quantier)

A la vague internet du début des années 2000 succède aujourd’hui le décollage du mouvement fintech constitué de sociétés technologiques à vocation financière qui portent l’ambition de proposer des outils de rupture dans des domaines très variés tels que le financement participatif, le paiement en ligne ou l’affacturage. La gestion de l’épargne est aussi particulièrement concernée par de nouveaux entrants qui misent sur la réduction des tarifs de gestion, l’automatisation du conseil financier et l’ergonomie soignée de leurs solutions.

Gestion indicielle et « robo-advisor ».

Sans surprise, certains d’entre eux mettent notamment l’accent sur la gestion indicielle pour couper dans les grilles tarifaires. C’est le cas notamment de Yomoni, une société de gestion sous mandat qui vient de se démarquer de ses concurrents en bouclant une levée de fonds de 3,5 millions d’euros auprès du Crédit Mutuel Arkéa et de la Financière de l’Echiquier. Selon Laurent Girard, le directeur des opérations de Yomoni, « l’innovation la plus importante porte sur la simplification de tous les processus liés à l’allocation d’actifs », dont la signature électronique et une tarification sans rétrocession. Yomoni propose un tarif de gestion de 1,6 % par an, incluant le mandat de gestion à hauteur de 0,7 %, les sous-jacents exchange traded funds (ETF) pour 0,3 % et 0,6 % au titre de la gestion du contrat d’assurance vie.

Pour automatiser le conseil financier, les fintechs recourent au robo-advisor, des solutions développées pour automatiser le profilage du risque client et le choix des fonds. La start-up FundShop s’est d’ailleurs spécialisée dans cette phase de construction et de gestion de portefeuille en assurance vie. « Nous avons choisi de ne pas distribuer nos propres contrats mais plutôt de travailler en complément des chaînes de distribution existantes qui ont déjà leur propres contrats », prévient Leonard de Tilly, son cofondateur.

Des recommandations personnalisées.

De son côté, la plate-forme Marie Quantier, enregistrée à l’Anacofi et agréée AMF, propose un service d’accompagnement des épargnants par un dispositif de recommandations notamment. Mathieu Hamel, son fondateur, explique que « l’outil correspond davantage à une gestion pilotée dont l’allocation est vérifiée par le client qu’à une gestion profilée ». Mais il précise qu’il ne s’agit pas d’une gestion sous mandat classique pour autant, « dans la mesure où notre client, qui demeure propriétaire de ses actifs, garde la faculté de modifier par lui-même son allocation ». Ce suivi des investissements réalisés auprès de courtiers en ligne partenaires est facturé 6 euros par mois.

Chez Advize, un site de souscription et de gestion de contrats d’assurance vie en ligne en partenariat avec Generali, Nicolas Marchandise, son président, explique effectuer « un travail équivalent » à celui d’un conseiller en investissement financier (CIF) dans les relations entretenues avec les épargnants. « Le soin apporté aux recommandations tant lors de la souscription que du suivi hebdomadaire est primordial pour nous car notre modèle repose sur la gestion libre, et non sur des mandats d’arbitrage », poursuit-il. Un choix gagnant si l’on en croit le responsable : « La part investie en unités de compte par nos clients atteint 60 % à 65 % avec une volatilité moitié moindre que les marchés. »

Quelle capacité à convaincre ?

La récente intrusion de ces start-up ne laisse pas indifférents les observateurs qui s’interrogent sur la viabilité du modèle. Surtout, ils attendent les premières preuves d’un succès qui reste à confirmer sur un secteur de la gestion d’épargne en ligne qui ne représente que 2 % de la collecte en assurance vie. Par exemple, si Yomoni est censée lancer son offre commerciale auprès du grand public à compter du 15 septembre 2015, la start-up est encore en attente d’un agrément en provenance de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Quant à Advize, le détail du nombre de contrats souscrits n’est pas communiqué alors même que le seuil des 18.000 contrats en deux ans était annoncé au moment du lancement du site, en juin 2012.

Des réserves sont émises quant à la capacité de ces start-up à convaincre les épargnants. Par exemple, Hervé Tisserand, le directeur général d’Altaprofits.com, a constaté « un faible intérêt » de ses clients pour la gestion indicielle « en dépit de l’argument de poids qui tient au niveau peu élevé des frais de gestion ». Il remet en cause également la réflexion commerciale qui viserait à opposer les trackers aux OPCVM : « Si les ETF sont plus généralement employés par les investisseurs institutionnels en raison de leur niveau de liquidité élevé, ils peuvent très bien ne pas être retenus par les outils d’allocation d’actifs si – à risque identique – les performances des OPCVM affichent des rendements supérieurs à l’indice retenu. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit à plusieurs reprises sur l’asset allocator d’Altaprofits.com. »

Indispensables réseaux de CGP.

Si la fintech est présentée comme un sérieux adversaire de la banque privée, il n’en reste pas moins que, parmi les start-up sollicitées, aucune n’entend se présenter sur le segment de la clientèle fortunée sans le soutien des conseillers en gestion de patrimoine (CGP). « Nous mettons en place des partenariats avec des distributeurs, des courtiers et des CGP via des plates-formes », confirme Leonard de Tilly. En pratique, l’application, qui est destinée aux particuliers moyennant un abonnement mensuel de 9 euros, peut également être intégrée à l’offre commerciale de ces acteurs avec des modèles à la carte. « La profondeur d’intégration et les options choisies sont flexibles, de même que le modèle économique, par abonnement, à l’utilisation ou en pourcentage sur les affaires réalisées », poursuit-il.

De son côté, Mathieu Hamel annonce avoir « un peu moins d’un millier de clients » et souhaite développer un partenariat avec une compagnie afin de pouvoir proposer un contrat sur sa plate-forme. Des accords sont également en place avec des CGP.

Une partie de ces conseillers dont l’allocation d’actifs n’est pas la spécialité pourrait aussi y trouver son compte. Du côté de Yomoni, « on entend d’abord éprouver l’offre dédiée aux primo-épargnants et aux épargnants moyens et modestes (1.000-100.000 euros), mais la version professionnelle n’est pas encore définitivement arrêtée », explique Laurent Girard. Un outil d’allocation d’actifs proposé en marque blanche ou sous la marque Yomoni – mais distribuée par les CGP – est à l’étude.

Profusion de services d’assistance.

Autre illustration des partenariats destinés en priorité aux CGP : Anthony Cros, responsable de Cros Investing, communique sur un outil d’allocation d’actifs développé en 2014 « en fonction de leurs contraintes, comme le nombre de contrats d’assurance vie souscrits, le nombre d’arbitrages, le nombre de lignes de fonds gérés sur le contrat ou les sociétés de gestion imposées ». Il annonce collaborer avec 25 cabinets de conseillers en gestion de patrimoine.