Jean-Pierre Grimaud, directeur général d'OFI AM

«Nous suivons de très près les développements de la gestion pilotée en France»

Propos recueillis par Réjane Reibaud
Développements sur la clientèle individuelle intermédiée, sur l'ESG et en Asie, Jean-Pierre Grimaud, directeur général du groupe OFI revient sur les dernières actualités de la filiale des mutuelles Macif et Matmut.
Jean-Pierre Grimaud, directeur général d'OFI AM

Comment se passe l’activité pour OFI Asset Management depuis le début de l’année ?

Très bien ! Nous espérons désormais que le second semestre sera aussi bon que le premier car nous avons eu un superbe début d’année. Nous avons été aidés par des marchés actions qui font globalement du +15% ou +20% depuis le début de l’année. Les taux n’augmentent pas vraiment, au grand dam des assureurs. Mais si nous pouvions avoir une fin d’année aussi bonne qu’au premier semestre, cela serait vraiment bien. Au premier semestre, nous avons collecté près de cinq milliards d’euros dont trois milliards sur la clientèle tiers (en dehors des actionnaires Macif et Matmut, ndlr) qui inclut 500 millions sur la clientèle individuelle intermédiée. Nos encours sur la clientèle individuelle ont progressé de plus de 20% pour atteindre quatre milliards. Nous gérions au global, à fin juillet, 74 milliards d’euros contre 66 milliards fin 2020.

Est-ce à dire que votre stratégie sur la clientèle intermédiée porte ses fruits ?

Les distributeurs ont été « douchés » par la réglementation sur le devoir de conseil. Le fait de pouvoir confier leur gestion à une société dont c’est le métier, comme OFI Asset Management, les rassure. Un de nos grand succès est d’avoir pu allouer les actifs de l’épargne vers des mandats de gestion ou de la gestion pilotée, conformément à ce que nous avons décidé dans notre plan stratégique de développement à horizon 2023. Et cela continue. Il faut comprendre que les gens sont perdus quand ils ont à choisir entre 800 UC (unités de compte) dans leurs contrats d’assurance vie. La gestion pilotée est une des solutions pour eux surtout dans un contexte où une grande partie de l’épargne excédentaire liée à la crise de la Covid-19 s’est localisée dans des livrets réglementaires ou des dépôts bancaires qui ne rapportent rien, ou pas grand-chose. Contrairement à ce que certains disent, je ne pense pas que cette épargne sera utilisée dans sa totalité pour la consommation. Cela peut avoir l’air incantatoire, mais il y a de fortes chances pour que l’épargne reste à des niveaux très élevés. Et, en tant qu’acteur du financement de l’économie, nous avons à la fois une responsabilité et le moyen d’agir pour que cette épargne s’oriente vers des véhicules de long terme, qui financent l’économie réelle et qui soient plus rémunérateurs pour les épargnants. Nous suivons donc de très près les développements de la gestion pilotée en France.

De quelle manière ?

L’enjeu pour nous est d’être en charge des gestions pilotées et de se voir confier des mandats sur les poches UC des contrats d’assurance vie ou d’épargne retraite. Nous avons gagné récemment un appel d’offres dans ce sens avec une compagnie d’assurance dont je ne peux dévoiler le nom. Et nous avons réussi à nous faire référencer chez de nombreuses autres, et ce ne sont pas seulement des contrats commercialisés par nos actionnaires comme celui de Mutavie (Macif). Nous avons aussi été référencés chez Generali, Cardif (pour le contrat distribué par Matmut) la MIF, Ageas ou encore Apicil. Nous travaillons en architecture ouverte dans cette gestion pilotée et les fonds OFI ne doivent représenter à chaque fois qu’un ratio maximum de 25 ou 30% des contrats. Un des autres enjeux est d’être aussi présent sur les comptes titres ou les PEA en gestion pilotée. À ce titre, nous travaillons avec Alpheys pour les CGP (Conseillers en Gestion de Patrimoine) qui ouvrent un compte au travers de cette structure. Nous pouvons être compétitifs par rapport à une banque privée sur ce type de conseil en travaillant aussi sur l’accessibilité de ce service par rapport aux encours concernés.

Le PER semble aussi rencontrer un certain succès. Quelles répercussions pour vous ?

À l’AFG (Association française de la gestion financière), dont je suis membre du Comité stratégique, nous ne pouvons que nous féliciter des décisions du gouvernement d’avoir ouvert les possibilités de sortie en capital sur ces produits d’épargne retraite. C’est un des facteurs qui explique le succès actuel du PER. Dans ce produit, le rôle des sociétés de gestion est fondamental puisque la loi Pacte prévoit l’application par défaut d’une gestion pilotée. C’était un besoin fondamental car en matière d’épargne retraite, les Français sont confrontés à un programme d’investissements qui peut parfois être très long. À la fin, il y a un risque de déception comme nous l’avons vu avec les Perco où pendant longtemps une part significative des encours étaient placés sur des fonds monétaires. Pour éviter cet écueil, nous pensons que le recours à un gérant est indispensable. Deux assureurs ont confié à OFI Asset Management leur offre de gestion sous mandat dans les PER. L’enjeu aussi est de pouvoir introduire dans cette gestion pilotée des actifs non cotés et de l’immobilier afin de renforcer les performances de long terme.

Quid du développement sur la clientèle institutionnelle qui est votre clientèle historique ?

Nous continuons à nous développer sur ce segment et à remporter des appels d’offres. Mais la croissance des encours n’est pas dans la même dynamique que pour la clientèle individuelle intermédiée. Vous constatez comme moi depuis quelques années que les assureurs ont à cœur de commercialiser davantage d’UC que de fonds en euros. Il y a donc un transfert des mandats de gestion confiés aux gestionnaires du fonds en euros vers les UC. Le marché institutionnel ne disparaît pas mais la masse de gestion confiée est structurellement en décroissance car les institutions organisent l’utilisation de leur bilan différemment. Si nous ne voulons pas voir nos actifs fondre, il nous faut absolument montrer à la clientèle individuelle intermédiée ce que nous savons faire.

Sur un tout autre sujet, Alain Pitous a quitté le Groupe OFI récemment alors qu’il avait pour « mission » de développer l’ISR. Était-ce en raison d’un désaccord ?

Alain était effectivement sur une mission d’organisation et de coordination des process pour accélérer la diffusion des bonnes pratiques en matière de Finance Responsable sur l’ensemble de la chaine. Ces travaux se sont achevés fin 2020 et nous voulions passer à une étape supérieure de développement. Depuis, nous avons recruté Luisa Florez, anciennement à La Banque Postale AM, en qualité de directrice des recherches en Finance Responsable. Elle a pour mission d’organiser et de diriger l’ensemble des équipes d’ingénierie financière, de recherche ESG, de recherche crédit et d’analyse OPC, afin de renforcer la transversalité à tous les niveaux pour faciliter la prise en compte des enjeux environnementaux, sociétaux et de gouvernance dans les gestions. Nous pensons en effet que l’analyse extra-financière va se généraliser et nous voulons travailler sur la normalisation des données, rapprocher l’ensemble des pôles d’analyse sous la direction de Luisa. Par exemple, nous réfléchissons à une méthode commune dans l’analyse crédit pour faire en sorte que les critères extra-financiers soient inclusifs.

Vous avez par ailleurs décidé d’une implantation en Asie avec Degroof Petercam. Pourquoi ce choix et quels sont vos objectifs dans la région ?

Cette installation part d’une conviction partagée : le marché chinois va poursuivre sa croissance et s’ouvrir progressivement aux investisseurs étrangers. Nous voulons être en capacité de développer une offre en la matière pour nos clients.

Concernant le choix de partenariat avec Degroof Petercam, nous nous connaissons depuis longtemps et nous partageons les mêmes convictions en matière de vision des enjeux ESG, de gestion et de culture partenariale. Nous pensions que s’allier en Asie avait beaucoup de sens. Nos actionnaires nous ont soutenu tout au long des discussions malgré les confinements. De notre côté, cela fait longtemps que nous bénéficions d’une licence QFI sur les actions chinoises « A » et que nous avons développé des relations avec des institutionnels à Hong Kong. Notre objectif est d’y établir une équipe d’une quinzaine de personnes rapidement, pilotée par Jean-Marie Mercadal et qui sera dotée de 4 gérants émergents et d’une équipe de 8 analystes. Nous sommes toujours à ce stade dans l’attente de l’agrément du régulateur.

Concernant l’actualité de vos actionnaires, la Macif a annoncé le rachat d’Aviva France. Pensez-vous que cela débouchera sur une fusion entre OFI et Aviva Investors ?

C’est avant tout une décision actionnariale.