«Nous examinons les opportunités de croissance»

Propos recueillis par Alexandre Garabedian, Franck Joselin et Réjane Reibaud
François Pauly, nouveau directeur général d’Edmond de Rothschild, donne ses pistes pour le redéploiement des 600 millions de francs suisses de capital excédentaire de la banque.
François Pauly, directeur général d'Edmond de Rothschild

La banque Edmond de Rothschild conduit un processus de simplification de sa structure depuis deux ans. Cette transformation est-elle terminée ?

La simplification de la structure était une nécessité, aussi bien pour les clients que pour la banque. Aujourd’hui, il est indispensable pour une banque privée d’avoir certaines fonctions centralisées. C’est notamment le cas pour les fonctions liées aux risques. Cela nous permet de n’avoir qu’une seule et unique ligne directrice dans notre gestion des risques. La banque peut aussi décider plus facilement et plus rapidement quelle utilisation elle fait de ses fonds propres.

De la même manière, les fonctions réglementaires ou de conformité regroupées nous permettent de faire travailler beaucoup plus facilement les équipes ensemble. Cela est utile, notamment parce que même avec une organisation plus simple qu’auparavant, nous sommes soumis à des réglementations différentes, en Suisse et en Europe, par exemple. Travailler avec des équipes centralisées nous simplifie la tâche. Pour la clientèle, une simplification de la structure ne pose pas de problème. Même avec cet effort de centralisation, nous avons conservé des relations commerciales proches. D’ailleurs, cette proximité des équipes commerciales fait partie de l’essence même des banques privées.

Quelle est votre feuille de route pour les années à venir ?

Nous sommes aujourd’hui dans la continuité des décisions qui ont été prises il y a maintenant plusieurs années. Nous continuons à travailler à la simplification de notre organisation, mais en réfléchissant toujours à des domaines ou des expertises que nous pourrions développer. Nous voulons par exemple nous renforcer sur des zones géographiques où nous pourrions être plus présents. C’est le cas de l’Europe du Sud, en Espagne, au Portugal ou en Italie. Notre croissance pourra être organique, ou par le biais d’acquisition en fonction des dossiers que nous examinons.

Nous voudrions aussi nous développer au Moyen-Orient ou en Asie. Sur ces zones, nous visons une clientèle locale qui serait intéressée par nos expertises sur le continent européen. Nous pouvons par exemple leur proposer des solutions en immobilier, en capital-investissement, ou encore en dette d’infrastructure européenne. Pour aller chercher cette clientèle, nous réfléchissons à renforcer nos équipes au sein de notre banque privée internationale depuis Luxembourg et Genève ou à renforcer localement notre présence, que ce soit par l’acquisition d’équipes ou en nouant des partenariats, comme celui que nous avons au Japon avec SMBC Nikko Securities ou Samsung Asset Management en Corée.

Quels sont vos objectifs de croissance et de quels moyens disposez-vous pour croître ?

Aujourd’hui, nos encours se montent à 170 milliards de francs suisses (155,4 milliards d’euros, NDLR). Nous avons comme objectif de doubler cette somme dans les années à venir. D’ici à trois ans, la croissance organique devrait nous permettre déjà d’atteindre 250 milliards de francs suisses. Par ailleurs, nous disposons de 600 millions de capital excédentaire que nous allons redéployer. Cela nous permet d’examiner les opportunités de croissance externe.

Nous avons déjà identifié des besoins de développement dans des expertises sur les actifs illiquides, comme l’immobilier logistique, sur lequel nous ne sommes pas très présents, ou sur le private equity, sur lequel nous pourrions renforcer nos équipes sur certaines géographies.

Quelle importance revêt l’informatisation des systèmes et la digitalisation ?

La crise sanitaire nous a fait accélérer sur ce point et nous avons développé des modes de travail à distance, aussi bien entre les collaborateurs qu’avec nos clients. En France, nous sommes la seule banque privée entièrement digitalisée. Il nous reste cependant encore beaucoup d’investissements à faire, même si nous sommes en train de bâtir une plate-forme informatique nous permettant l’utilisation d’applications (API) pour intégrer des services externes ou développés en interne. Dans les prochaines années, nous continuerons de travailler à une meilleure intégration de la plate-forme informatique pour tout le groupe.

Le Covid a-t-il changé le rapport que vous avez avec la clientèle ?

Si toutes les tâches de gestion bancaire traditionnelles doivent être digitalisées, cela ne sera jamais possible pour des tâches plus complexes. Les services de conseil à forte valeur ajoutée resteront toujours liés au contact avec des personnes physiques. Rien n’empêche cependant que ces contacts aient parfois lieu à distance.

Considérez-vous que les sociétés technologiques représentent un danger pour la banque privée ?

Les entreprises technologiques très puissantes qui voudraient se lancer dans la banque bénéficieraient d’atouts non négligeables face aux banques traditionnelles. Non seulement elles disposent de beaucoup d’informations sur leurs clients, mais elles pourraient séduire et inspirer confiance à une clientèle jeune. Cependant, il leur manque un aspect fondamental de ce qui fait la force des banques privées : la vue globale du patrimoine de leurs clients. C’est sur ce point que la banque privée a un rôle à jouer et peut vraiment se différencier.

De la même manière, l’essor des « robo-advisors » est-il un risque ?

Il est toujours possible de répliquer les algorithmes de robo-advisors dans des fonds et de les distribuer aux clients. Mais ce n’est pas notre modèle. Les robo-advisors n’intègrent pas dans leurs algorithmes suffisamment d’informations pour prendre en compte la totalité des problématiques des clients.

Des banques privées ont annoncé récemment permettre à leurs clients d’investir en crypto-actifs. Allez-vous le faire ?

Nous n’avons pas l’intention de développer ces offres. D’ailleurs, peu de banques mettent réellement en pratique les annonces qu’elles ont pu faire dans ce domaine.

En revanche, il faut que nous soyons attentifs à l’utilisation de la technologie blockchain. En premier lieu, les monnaies digitales de banques centrales, si elles étaient mises en place à grande échelle, pourraient porter préjudice aux banques commerciales en supprimant leur rôle d’intermédiaire. Par ailleurs, certaines technologies blockchain comme les jetons non fongibles (NFT) pourraient être utilisées pour titriser certains actifs comme l’immobilier.