Gestion passive

« Nous concevons et gérons des ETF patrimoniaux »

Guy Parent, responsable France de Vanguard dévoile la stratégie de développement du géant américain en Europe
Le spécialiste de la gestion passive veut mettre en avant des ETF à très larges indices pour conquérir la clientèle retail
Guy Parent - responsable France chez Vanguard

L’Agefi Actifs. - Comment se comporte votre activité en France et en Europe ?

Guy Parent. – Nos encours avoisinent les 7 milliards d’euros en France et les 170 milliards d’euros en Europe. La collecte 2019 en Europe atteignait les 18 milliards d’euros fin novembre. 

Historiquement, notre activité dans cette région était surtout orientée vers les institutionnels. Désormais, l’objectif de Vanguard est aussi de développer la clientèle retail. C’est l’une de nos priorités pour 2020.

 

Pourquoi vous tourner vers le retail ? Par le passé, la gestion passive en Europe intéressait uniquement les institutionnels. Mais la donne est en train de changer. Des acteurs comme les banques privées, les family offices et même certains CGP, s’intéressent de plus en plus aux ETF. Côté banque privée, c’est notamment la partie gestion sous mandat, qui n’a plus droit aux rétrocessions depuis MIFID II, qui regarde de près ce type de stratégies d’investissement.

En outre, l’environnement de taux faibles, voire négatifs change la donne. Plus les rendements sont bas, plus l’impact de frais de gestion élevés sur la performance est important et visible.

Enfin, la connaissance financière des particuliers s’améliore. Il existe cependant une grande disparité entre les différents pays européens. La France accuse un certain retard car elle a été biberonnée aux produits peu risqués comme les fonds en euros et les livrets réglementés.

 

Quels sont les autres freins à la percée des ETF sur le marché du retail français ? Le frein principal concerne le mécanisme des rétrocessions qui est encore très présent du côté des CGP. Or, il est impossible de mettre en place des rétrocessions sur des produits comme les ETF. C’est la raison pour laquelle les CGP les ont probablement largement ignorés jusqu’à présent. Cependant, les choses commencent à bouger, car la réglementation a incité certains d’entre eux à passer à des business model 100 % honoraires. Il est normal que les CGP aient une rémunération pour les services qu’ils apportent, mais le système de rétrocessions actuel est très imparfait.

L’autre problématique pour le « mass market », est que les réseaux bancaires français vendent leurs produits maison en priorité. Là encore, les choses changent car les particuliers réclament désormais des offres en architecture ouverte et surtout, les ETF sont accessibles à tout le monde.

 

Quels types de produits destinez-vous à la clientèle retail ? Pendant longtemps, les ETF ont été utilisés de manière tactique, voir spéculative. La philosophie de Vanguard est différente. Nous construisons des produits passifs de long terme qui peuvent servir de fonds de portefeuilles. Nous proposons donc des fonds et des ETF sur des indices très larges, diversifiés et peu volatiles, qui peuvent comporter plusieurs milliers de titres. D’une certaine manière, nous concevons et gérons des ETF patrimoniaux.

Au total, nous proposons actuellement une gamme de 31 fonds UCIT (actifs et passifs) et 25 ETF aux investisseurs français.

 

Vos ETF patrimoniaux sont-ils une alternative crédible aux fonds en euros ? C’est notre conviction. Nous gérons notamment des ETF obligataires dont la composante est très similaire aux obligations des actifs généraux des assureurs. Un actif général achète beaucoup d’obligations et les portes jusqu’à maturité. C’est aussi ce que fait un ETF obligataire.

Les difficultés actuelles des fonds en euros sont annonciatrices de changements importants dans les modes d’épargne y compris au sein des contrats d’assurance vie. Les premiers taux annoncés pour 2019 [1 % pour Swiss Life et Generali, ndlr] ont donné le ton. Ils vont probablement continuer à se rapprocher de la moyenne des taux obligataires.

 

Concrètement, comment comptez-vous conquérir le marché du retail ? Il faut que nos produits soient utilisables. Pour cela, nous travaillons à leur référencement auprès des assureurs.

Outre ce référencement, nous pensons que l’utilisation de ces produits en direct, depuis la mise en place de la « flat tax », a permis de redonner un vrai intérêt au compte-titres. Nous allons concentrer nos efforts sur les banquiers privés et les family offices puis sur les CGP.