« Nous allons proposer Marie Quantier en marque blanche pour les CGP et les banques »

Par Jean-Loup Thiébaut
L’année 2020 va être chargée pour Jérôme Glodas, le fondateur de MyFunds Office. Développement d'un nouveau modèle d'affaires pour le robo advisor Marie Quantier, lancement de la première "Manco" française, ouverture d’un bureau à New-York… Le "third party marketer" veut changer de dimension.

Comment s’est passée l’acquisition du robo advisor Marie Quantier, tombé en liquidation judiciaire cet été, et qui semble éloigné de votre cœur de métier ?

Je suis un habitué des enchères judiciaires. Et je dois dire que nous avons fait une belle affaire en acquérant Marie Quantier. Nous avons déboursé moins de 100.000 euros, alors que la société avait été valorisée à 9 millions d’euros lors du dernier tour de table en février 2019, et à 2,5 millions d’euros par le tribunal de commerce. Nous n’étions que trois candidats à l’acquisition lors de la première audience : nous, une fintech et un conseiller en gestion de patrimoine (CGP). Cela m’a beaucoup surpris.

Certes, nous n’avons pas eu le droit à une due diligence avant d’enchérir. Personne ne savait donc ce qu’il allait acheter. Ça a surement fait peur à certains. Mais comme j’avais déjà racheté auparavant le logiciel MyFlow, et que Marie Quantier avait déjà un contrat avec Suravenir, cela m’a rassuré. Après le rachat, il n’y a eu aucune coopération avec l’équipe sortante, mais nous avons su récemment faire redémarrer le logiciel.

Je tiens par ailleurs à souligner que l’entreprise fut très bien gérée par son fondateur Matthieu Hamel, contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là. Elle ne perdait que 500.000 euros par an, ce qui est peu pour une start-up dans la fintech. Nous avons proposé à Mathieu de nous rejoindre en tant que consultant, mais il n’était pas prêt. Je n’ai plus de contact avec lui désormais.

Comment comptez-vous développer ce produit ?

Nous allons ouvrir son capital à des sociétés qui veulent travailler avec nous. La levée de fonds doit permettre de conserver l’avance technologique qu’avait prise Marie Quantier. Nous allons rouvrir l’accès public à l’outil dans les trois prochains mois.

Marie Quantier a une avance technologique indéniable que nous avons découverte uniquement après le rachat. Nous discutons désormais avec un chercheur en finance, qui a déterminé qu’il s’agissait du seul robo advisor doté d’une véritable intelligence artificielle. Nous allons continuer à investir pour maintenir son avance technologique, et allons prochainement recruter trois informaticiens pour poursuivre le développement de l’outil.

Cependant, nous nous posons des questions quant à l’opportunité de changer la marque. Beaucoup de monde connaissait ce nom, mais l’histoire n’est pas assez parlante. Nous allons faire travailler une société sur un nouveau nom.

Quels types d’investisseurs souhaitez-vous voir au capital de Marie Quantier ?

Nous recherchons une compagnie d’assurance-vie, des family offices, des fonds de private equity, peut-être une banque. Nous envisageons de travailler de manière plus étroite avec les futurs partenaires capitalistiques. Aujourd’hui, Marie Quantier est le seul robo advisor qui n’a pas de passif, et dont 100% du capital est libre. C’est donc la dernière chance pour les acteurs du milieu de prendre le train des robo advisors en marche.

J’ai également proposé aux anciens actionnaires individuels et au fonds de venture-capital OneRagTime de réinvestir dans la structure, car ils ont cru au projet. Nous sommes encore en discussion avec eux.

Et comment allez-vous développer commercialement Marie Quantier ?

Nous allons notamment proposer l’outil en marque blanche pour des CGP et des banques. Cela doit leur permettre de gérer des petits clients ou d’en attirer de nouveaux. Nous voyons l’outil comme une passerelle entre deux mondes. Ainsi, dès qu’un client de Marie Quantier atteindra un encours sous gestion important, nous lui proposerons de rencontrer un CGP de sa région, que nous connaissons, et dont nous apprécions le professionnalisme.

Dans 10 ans, les robo advisors prendront beaucoup plus de place qu’aujourd’hui dans la gestion. Il suffit de regarder ce qui se passe aux Etats-Unis. Mais pour l’instant, je ne pense pas que nous serons rentables avant 5-6 ans.

L’outil continuera de fonctionner à 100% en ETF ?

Bien sûr, l’allocation restera entièrement en ETF. Si nous n’y intégrons aucun fonds distribué par MyFunds, nous privilégierons tout de même des ETF de DWS, un de nos partenaires. Nous réfléchissons également à la mise en place d’un contrat vert, entièrement en ETF. Nous discutons avec Lyxor sur la méthodologie, et nous devons d’abord nous assurer que cette approche soit réalisable en termes d’allocation et de performance.

Vous planchez également sur la création de la première "manco" française ? 

En effet, MyFunds s’est allié avec Jérôme Coirier, le fondateur de BeeAM et Cindy Elalouf de CID consulting, pour créer la première management company (manco) en France. Nous disposons Cindy et moi-même de chacun 20% du capital, et Jérôme en est l’actionnaire principal. Nous avons rencontré plusieurs fois l’AMF pour obtenir notre agrément, et avons été appuyés dans notre démarche par l’AFG et son président Eric Pinon. Celui-ci croit au potentiel de la manco à la française, et s’attend à la création d’autres structures à l’avenir.

Nous devons notamment demander au régulateur de reconnaître le concept de management company, telle qu’il existe au Luxembourg. Nous sommes pour l’instant limités en France, car le gérant délégataire doit être autant spécialisé que le gérant du fonds. Au Luxembourg, il s’assure simplement de l’adéquation du style de gestion.

Nous sommes près de boucler une levée de 1,5 million d’euros auprès de trois investisseurs. Nous avons besoin de ces fonds pour recruter 12 personnes, et s’installer dans de larges locaux à Saint-Ouen.

Comment pensez-vous vous démarquer face aux puissantes Places du Luxembourg et d’Irlande ?

Contrairement aux prime brokers américains, les manco européennes, que ce soit au Luxembourg ou en Irlande, ne proposent pas de service de distribution. Notre structure, qui s’appellera « manco.Paris », proposera, outre ses services de gestion administrative de fonds, une offre minimum de distribution des produits. Nous organiserons, pour l’ensemble des clients, des « MyFunds Days », qui réuniront une cinquantaine d’investisseurs afin qu’ils puissent rencontrer ces sociétés de gestion, à l’instar des « Emerging Manager Days ». Les clients pourront ensuite, s’ils le souhaitent, signer un partenariat de distribution plus poussé avec MyFunds Office.

Nous souhaitons également aller beaucoup plus loin sur le contrôle des risques que les manco luxembourgeoises, dont le process est plus industriel. Nous allons nous adresser à des sociétés de gestion étrangères qui veulent s’implanter en Europe, mais aussi aux petites sociétés de gestion françaises qui veulent externaliser leur middle-back office.

Sur votre activité historique de TPM, quels changements à venir pour l’année ?

Nous avons ouvert un bureau à New-York, pour couvrir une clientèle institutionnelle. Nous souhaitons proposer des gestions européennes, notamment des stock-pickers basés en Europe, et/ou de la gestion quantitative. Nous ne viserons que des appels d’offres institutionnels, car distribuer des fonds aux USA serait trop compliqué.

Nous avons besoin au minimum de deux partenaires à représenter pour entrer dans nos frais. Chaque partenariat coûte 120.000 dollars, qui sont partagés entre un vendeur, un avocat, et des coûts de marketing.

Sur un tout autre sujet, nous réfléchissons également à compenser le bilan carbone pour chaque rendez-vous client. Nous compenserons deux à trois fonds nos émissions en plantant des arbres. Pour ce faire, une société est en train de réaliser un audit du bilan carbone de MyFunds Office. L’idée nous est venue de Tobam, un de nos partenaires que nous distribuons, qui compense 300% de ses émissions carbones. Nous avons simplement voulu l’adapter à une activité commerciale.