Nordea est à son tour soupçonnée de blanchiment d’argent

La banque suédoise aurait fait transiter près de 700 millions d’euros de transactions suspectes d’après une enquête de la télévision finlandaise.
Bloomberg

L’Agefi Quotidien. - Après Danske et Swedbank, Nordea se trouve en butte à des accusations de blanchiment. Une enquête de la chaîne finlandaise Yle et du journal danois Berlingske publiée lundi a révélé un système de fraude à grande échelle ayant fait transiter par la banque suédoise près de 700 millions d’euros de fonds suspects entre 2005 et 2017. Ces fonds sont en majeure partie issus des opérations de Nordea dans les pays baltes en Estonie, au Danemark et en Finlande et certains sont liés à la mort de l’avocat Sergei Magnitsky en Russie. Les documents divulgués, qui proviennent pour la plupart de la banque lituanienne Ukio Bankas, fermée par les autorités en 2013 et dont l’actionnaire majoritaire était l’homme d’affaire russe Vladimir Romanov, montrent aussi un usage systématique de sociétés écrans destinées à l’évasion fiscale des clients de la première banque scandinave. Ces révélations s’inscrivent dans le cadre d'une enquête globale de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), nommée Troika Laundromat, qui a permis d’identifier 76 comptes créés par des employés d’une banque privée d’investissement russe pour faire circuler 7,7 milliards d’euros appartenant à des hommes d’affaires russes proches du Kremlin.

Le titre Nordea a perdu lundi jusqu’à 7% à la Bourse d’Helsinki pour clôturer en baisse de 4,03% à 7,67 euros, les investisseurs semblant rassurés par le fait que les montants concernés sont plus faibles que ceux du scandale Danske. Refusant tout commentaire spécifique, Julie Galbo, directrice de la gestion des risques de Nordea, a expliqué au journal Berlingske « que des choses étaient arrivées qui n’auraient pas dû arriver ».

Nordea, établie depuis octobre en Finlande, a déjà été sanctionnée par les autorités suédoises pour non-respect des règles de conformité antiblanchiment. L’investisseur Bill Browder, fondateur du fonds Hermitage Capital Management, a, par ailleurs, porté plainte au pénal en octobre devant plusieurs autorités judiciaires nordiques contre Nordea qu’il accuse de fraude. La justice et la police finlandaises doivent encore se prononcer sur l’ouverture ou non d’une enquête tandis que la justice danoise mène dores et déjà une investigation. Tout porte en tout cas à croire que les grandes banques scandinaves et leurs filiales baltes ont été au centre d’un système permettant le transfert de fonds russes douteux vers l’Europe de l’Ouest. « J’ai peur que ce ne soit que la partie émergée de l’iceberg », souligne ainsi Bill Browder, dans un mail à Bloomberg.