CGP - Banquiers privés

Moins de directionnel dans les portefeuilles

Natixis Investment Managers vient de publier son baromètre Global Portfolio annuel
Les CGP doivent prendre garde à une remontée possible du risque
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L’Agefi Actifs. - Vous venez de publier le Global Portfolio Barometer du Portfolio Research & Consulting group de Natixis Investment Managers pour 2017, quels premiers enseignements peut-on en tirer ?

Julien Dauchez, Head of the Investment Consultants Team, Portfolio Research & Consulting chez Natixis IM. - Cette étude récurrente compile les données de porte­feuilles soumis pour analyse que les conseillers en gestion de patrimoine ou banquiers privés proposent à leurs clients, et ce partout dans le monde. Nous nous sommes concentrés cette année sur les portefeuilles de type équilibré, qui constituent généralement la catégorie la plus utilisée.

Contrairement aux années précédentes, pour cette édition du baromètre, ce sont les portefeuilles des conseillers américains et latino-­américains qui ont été le plus performants, avec une performance moyenne de 14% en 2017.

Comment cela s’explique-t-il ?

- Il y a plusieurs raisons à cette sur­performance. En premier lieu, les Américains restent, pour des raisons principalement culturelles, davantage portés sur les actifs risqués que les Européens. Or ces classes d’actifs ont particulièrement bien performé en 2017. L’évolution des actions explique, en moyenne, 80% de la performance des portefeuilles en 2017. Et, l’année passée, le S&P a enregistré, chaque mois pendant douze mois d’affilée, une performance positive – ce qui n’était jamais arrivé. Par ailleurs, pour les porte­feuilles américains, l’effet devise a été, dans la même période, déterminant dans la performance des porte­feuilles, la baisse du dollar par rapport à l’euro démultipliant la performance des actifs libellés en euros.

Avez-vous constaté une évolution dans la composition des portefeuilles ?

- Les portefeuilles type équilibré des conseillers aux Etats-Unis, comme au Royaume-Uni, présentent une allocation constituée de 60% d’actions et de 40% d’autres classes d’actifs – contre des répartitions plus équilibrées en Europe continentale.

Alors que, jusqu’à présent, ces autres actifs étaient presque exclusivement constitués d’obligations, l’année dernière, cette poche comprend davantage de fonds d’allocation ou de gestion alternative.

D’une manière plus générale, nous avons constaté une appétence plus grande pour les fonds de type long/short actions (c’est-à-dire qui se positionnent à l’achat comme à la vente sur les actions) ou des fonds utilisant des stratégies obligataires non directionnelles, et ce même chez les conseillers européens. Plus généralement, les stratégies alternatives liquides ont fait leur entrée dans les porte­feuilles, principalement au sein de la poche obligataire.

Les conseillers de toutes les zones s’ajustent-ils tous aussi rapidement dans le temps ?

- Nous constatons, en filigrane de cette étude, que la réactivité des conseillers anglo-saxons est plus grande que celle des conseillers européens. Les rotations, en termes de style de gestion pour les actions par exemple (value ou croissance), ont été beaucoup plus rapides. De la même manière, les banquiers privés sont parfois plus prompts à revoir leurs allocations que les conseillers en gestion de patrimoine, notamment français. Cette moindre réactivité parfois constatée chez les conseillers en gestion de patrimoine en France n’est qu’apparente. Elle est simplement due au fait que ces derniers recourent davantage à des fonds flexibles/patrimoniaux qui se chargent de l’allocation.

La correction observée sur les marchés début février aura-t‑elle des conséquences sur les portefeuilles ?

- Certainement, car la très faible volatilité des marchés observée en 2017 a, dans certains cas, masqué le risque réel des portefeuilles. Quelle que soit la zone géographique considérée, la composition d’un portefeuille de type prudent aujourd’hui aurait eu une étiquette « équilibré » en 2011. Autre constat, le porte­feuille avec le risque le plus élevé en 2017 était celui des conseillers en investissement financier britanniques (IFA), avec une volatilité de 3,8%, ce qui correspond au porte­feuille avec le risque le moins élevé en 2016. Les porte­feuilles des conseillers sont donc certainement, en réalité, plus risqués qu’ils ne le paraissent.