Milleis Banque pilote ses pertes

Amélie Laurin
En pleine réorganisation, la banque patrimoniale détenue par le fonds AnaCap préserve sa solvabilité grâce à des gains prudentiels et de trésorerie.

Si elle affiche son appétit pour des acquisitions, à l’heure où plusieurs fonds de commerce sont en vente, dont une partie de HSBC France, Milleis Banque doit encore faire ses preuves dans le marché de la clientèle patrimoniale. Rachetée en 2017 par le fonds britannique AnaCap, l’ex-Barclays France a entamé une profonde restructuration… tout en restant déficitaire pour le moment. L’an dernier, la banque a perdu 99 millions d’euros, après un trou de 95 millions en 2018, révèlent ses comptes annuels publiés fin juin au Balo. La moitié des pertes 2019, soit 49 millions d’euros, est liée au coût d’une rupture conventionnelle collective (RCC), qui a engendré la suppression de 343 postes, un tiers des effectifs.

L’exercice 2020 ne signera pas encore le retour à l’équilibre, mais «Milleis est très solide et nous ne sommes pas en stress», assure Nicolas Hubert, le directeur général de la banque. «Nous avons baissé nos charges courantes de 30% depuis 2017 et nous ne perdons plus de clients en net, poursuit-il. Nous sommes revenus à une attrition brute quasi normale de notre clientèle, passant de 25% en 2018 à 10% cette année, contre 7% en moyenne dans les banques privées. Nous avons aussi noué des partenariats commerciaux avec de belles maisons de la Place et notre ratio 'core Tier 1' (de fonds propres durs, NDLR) est l’un des plus élevés en France.»

Grâce à des arbitrages prudentiels, Milleis a en effet amélioré sa solvabilité, qui atteint désormais 20% contre 15% fin 2019. L’an dernier, le niveau de solvabilité est resté quasi stable, malgré des pertes en fin d’exercice, sous l’effet conjugué de plusieurs éléments exceptionnels. AnaCap a d’abord injecté 39 millions d’euros de capitaux frais en janvier 2019. La consolidation des comptes au sein d'une holding faîtière, rebaptisée Compagnie Financière Holding Mixte Milleis, a ensuite permis de majorer les fonds propres de 10%. «Cette clarification prudentielle nous a permis de gagner deux points de pourcentage de ratio de solvabilité», explique Frédéric Goupy, le directeur financier de Milleis.

Dernier élément, une partie des 33 millions d’euros gagnés grâce à la gestion de trésorerie de Milleis ont été «comptabilisés directement en capitaux propres pour 12 millions d’euros», précisent les comptes consolidés de la compagnie financière. «Notre taille nous permet d’être très agiles pour placer nos excédents de liquidités dans des obligations sécurisées, principalement des titres d’Etat de la zone euro», précise Nicolas Hubert. La banque a ainsi acheté pour 350 millions d’euros d’OAT (obligations assimilables au Trésor) début 2019 avant d’en revendre pour 500 millions d’euros en septembre, et de réinvestir partiellement en décembre, révèlent ses comptes.

Pas de recapitalisation en vue

Malgré des ratios au beau fixe, Milleis a vu ses capitaux propres consolidés fondre de 436 millions d’euros début 2018, quelques mois après son rachat, à 294 millions d’euros fin 2019, sous l’effet des pertes cumulées. Dans les prochains mois, «aucune augmentation de capital n’est prévue et nous pouvons nous défaire de notre portefeuille d’investissement à tout moment, si besoin», avance le directeur général.

Milleis commence aussi à tourner la page du passé. Cette année, «nous tirerons une partie des fruits de nos mesures de baisse des coûts, grâce à notre RCC, qui s’est terminée le 31 mars, et à notre déménagement réalisé le 11 mai, ajoute Nicolas Hubert.  Nous atteindrons environ 40% des économies annuelles prévues, avec un effet plein sur les comptes de 2021.» Après avoir pris du retard, la bascule informatique prévue l'an prochain engendrera toutefois une nouvelle charge exceptionnelle dès 2020.
Baisse des commissions

Si les coûts de transformation vont continuer de peser, l’activité courante pourrait se stabiliser. «Nous n’avons pas subi de sorties de capitaux de la part de nos clients malgré le coronavirus, mais uniquement l’impact de la baisse des marchés financiers sur la valeur de certains encours», assure Nicolas Hubert. «Le Covid-19 a eu peu d’impact, confirme un bon connaisseur de l'établissement. Le confinement ne s’est pas traduit par une hausse des dépôts à vue car Milleis n’est généralement pas la banque principale de ses clients, et son petit portefeuille de prêts l’immunise contre une hausse des impayés liée à la crise économique.»

L’an dernier, le produit net bancaire avait continué à reculer, une fois retranchés les gains de trésorerie exceptionnels. Sous l’effet des taux bas, les revenus d’intérêts se sont tassés, à 19 millions d’euros. Les commissions, elles, ont chuté de 19%, à 55 millions d’euros. «La baisse résulte de l’attrition de la clientèle en 2018 et d’un effet périmètre lié à la cession de nos fonds à CM CIC Asset Management», indique le directeur financier. Cette année, la baisse devrait se poursuivre, mais «nous sommes quasiment au budget fixé par AnaCap du côté des revenus et les charges courantes sont inférieures à ce qui était prévu», relativise Nicolas Hubert.