Family office/Covid-19

À l'heure du confinement

L'Agefi Actifs revient sur la façon dont l'univers de la gestion de patrimoine s'adapte à la crise
Le multi-family office MJ&Cie veut avant tout assurer une continuité dans ses services
Francois Mollat du Jourdin, président de MJ&Cie

Voilà trois semaines que la France tourne au ralenti. Hormis pour un noyau dur, dont les efforts remarquables permettent à notre société de continuer de tourner, confinement rime souvent avec télétravail. C’est le cas dans la plupart des sociétés de conseil et notamment des family offices. François Mollat du Jourdin, fondateur du multi-family office MJ&Cie qui n'échappe pas à cette réalité, est revenu sur la stratégie et les moyens mis en oeuvre par son établissement dans une crise exceptionnelle par son ampleur comme par les contraintes qu'elle imposent.

Dans un tel contexte, le fondateur du family office admet n'avoir qu'une préoccupation : accompagner ses clients et assurer autant que faire se peut l'ensemble des services sur lesquels il a bâti avec eux une relation. Très concrètement. « L’ensemble de nos collaborateurs (1) est passé en télétravail lundi 16 mars. Nous avions refondé notre infrastructure en 2019, ce qui nous a permis une bascule fluide, dans le respect de nos exigences de sécurité », indique le dirigeant. Car si le télétravail est relativement simple à mettre en place pour beaucoup de sociétés, la question de la confidentialité est plus complexe et évidemment clef dans ce secteur d’activité.

« Finalement, notre relation au jour le jour avec nos clients n’a pas trop changé. Nos agendas sont maintenus. Tout se passe désormais par visioconférence et la communication est fluide. Les difficultés surviennent plutôt lorsqu’un correspondant avec lequel nous devons échanger n’est pas opérationnel », explique François Mollat du Jourdin.

Pour l'heure, c'est à la gestion des priorité que s'attèle toute l'équipe.Tout d’abord, il s’agit de vérifier la faisabilité des opérations en cours. « Généralement cela dépend surtout des opérateurs que nous avons en face de nous. Certains cabinets d’avocats ou banques ont été très réactifs, d’autres beaucoup moins », note le fondateur du multi-family office. Ainsi, un refinancement, une opération sur un actif commercial et un rachat d’actifs par l’une des familles sont actuellement en cours. « Pour l’instant aucune opération n’a été annulée. Mais certaines seront peut-être repoussées, en fonction de l’évolution de la situation », nuance François Mollat du Jourdin.

Vérifications successorales. L’autre priorité, nécessaire mais plus macabre, est la vérification des dispositions successorales. Les family office s’occupant de familles entières, la situation des personnes âgées, beaucoup plus exposées aux risques du Covid-19, est évidemment préoccupante. « Cet aspect des dossiers est suivi de façon systématique. Mais nous avons eu un cas avéré -finalement clos sans drame- dans une de nos familles. Nous avons donc pris la précaution d’une vérification supplémentaire afin de nous assurer que toutes les dispositions nécessaires étaient bien en place », raconte le fondateur de MJ&Cie. Toujours côté gouvernance familiale, certaines opérations ayant trait au « schéma d’organisation familiale » tournent au ralenti. La difficulté pour la profession sera de faire face aux échéances calendaires quand une opération dépend, par exemple, de l’arrivée à un certain âge d’un membre de la famille (voir Agefi Actifs numéro 768).

Retour sur les marchés ? Au niveau financier, la seule question à laquelle sont confrontés l’ensemble des family officers est celle du retour sur les marchés. « Il y a pour l’instant très peu de panique chez nos clients. Ils sont plutôt demandeurs du bon timing de réinvestissement ! Nous prenons le pouls de la situation auprès des gérants d’actifs des familles, afin de présenter des scénarios argumentés et réfléchis », souligne le le fondateur du family office. Ce dernier préconise surtout de rester patient face à une situation encore trop incertaine. Selon lui, après des pertes de 25 à 35 % des marchés financiers un réinvestissement graduel dans des valeurs solides sera probablement une stratégie pertinente. « Certains gérants proposent aussi des investissements tactiques via des produits structurés. Nous étudions activement toutes ces propositions, conscients qu’il y aura des opportunités à saisir, mais sans se précipiter », insiste-t-il.

S’il se dit confiant pour sa propre activité qui ne faiblit, François Mollat du Jourdin précise qu’il est encore difficile de bien mesurer l’impact que cela pourra avoir dans les semaines et mois à venir. « Nous ne maîtrisons pas les tenants et aboutissants de cette crise. Nous sommes donc prudents sur ses conséquences. Une chose est sûre, elles seront lourdes d’un point de vue économique et financier », prévient celui qui espère que des leçons en seront tirées pour apporter des débuts de réponses aux grands enjeux écologiques et sociétaux de ce 21e siècle. 

(1) MJ&Cie compte 12 collaborateurs