L’Europe de la finance

C'aura été une défaite. Avant même que les résultats des élections européennes ne soient connus, on pressentait que ces échéances ne seraient une victoire pour personne. Donc une défaite pour tout le monde. Les idéaux, les moyens et les ambitions poursuivies et même l’intérêt de nos concitoyens pour leur Vieux Continent - en dépit d’un plus grand intérêt - sont trop dissemblables pour que quiconque puisse revendiquer un succès. Il faut regretter que depuis des mois, la politique ne se résume plus qu’à une succession d’images. Les larmes d’une première ministre britannique parce qu’elle n’a pas su mener à son terme de façon ordonnée le choix de son peuple de quitter l’Europe ; le pilonnage d’un Américain à Paris ou d’un Russe à Moscou dont l’objectif commun est de faire sauter l’institution bruxelloise ; ou encore le sourire d’un vice-président du Conseil italien rassembleur temporaire de populistes et nationalistes européens de tout poil. Il y a fort à parier qu’au final tout cela a plus de poids que des discours convenus et pro-européens...
 Et si dans ce panorama peu flatteur le monde de la finance envoyait un message d’une autre nature ? Jusque-là décrié, dénoncé même, il apporterait au contraire sa pierre à l’édifice du mieux vivre. De façon très concrète, les prix des Coupoles de l’Innovation qui sont célébrés dans ce numéro démontrent que l’on peut sortir des images toutes faites. La finance a ses modes. La gestion thématique en est une, mais elle peut durer compte tenu de sa lisibilité. Surtout, elle ne se limite pas à des univers purement financiers. Les thèmes par définition doivent être pérennes et représenter des univers d’investissement avec une profondeur certaine. Or, ils s’ouvrent désormais jusqu’au monde médical, pour s’intéresser aux problématiques en lien avec la recherche ou le traitement du cancer par exemple. Tout aussi noble, le monde de l’éducation constitue également un périmètre investissable au sens propre comme au sens figuré, et potentiellement prometteur. Dans le vaste champ du social dans lequel un nombre croissant de sociétés de gestion plongent, il y a également beaucoup à attendre et à faire, tandis que le développement durable, tout en suivant les tendances actuelles en s’intéressant à l’empreinte carbone des investissements ou la protection du climat, ne semble plus être un sujet mais une évidence. D’où la présence croissante de critères extra-financiers dans les process de gestion.
 Au final, l’humain semble revenir au cœur des préoccupations. A croire que l’industrie financière a su percevoir des attentes, et qu’elle tente d’y répondre dans des domaines essentiels tels que l’éducation, la santé ou l’environnement. L’institution européenne
y gagnerait si elle savait, dans le social, se mettre aussi en avant. Et si la finance pouvait l’inspirer ?