« A l’étranger, des start-up dédiées à la banque privée en ligne connaissent des progressions impressionnantes »

Sylvain Fagnent et Stephen Périn, consultants pour Octo Technology, s’intéressent à l’éclosion des « FinTechs », ces start-up spécialisées dans les services bancaires et financiers qui s’invitent dans le panorama bancaire français. Pour l’Agefi Actifs, ils expliquent en quoi elles peuvent avoir une incidence sur le modèle de la gestion privée.
Stephen Périn et Sylvain Fagnent, consultants, Octo Technology

 

Vous considérez que le modèle des Financial Technology company (FinTechs) a vocation à s’imposer dans certains secteurs. Qu’en est-il ?

Les FinTechs répondent avec excellence à un besoin de services financiers non couverts de manière satisfaisante par les banques traditionnelles.

Les modèles économiques ne sont pas encore arrêtés. Soit elles viendront concurrencer les banques sur un service précis, soit elles apporteront un service complémentaire qui pourra se solder par un partenariat avec un institutionnel.

Certains de ces acteurs parmi les plus réactifs s’intéressent actuellement à ces sociétés par l’intermédiaire d’incubateurs ou de partenariats.

 

La banque privée est-elle concernée ?

L’optimisation de la gestion financière des portefeuilles est en première ligne. Des conseillers « robotisés », « robot advisors », tels que présentés par la société américaine Wealthfront, un service d’investissement en ligne automatisé, est capable d’optimiser les performances des portefeuilles par l’intermédiaire d’un algorithme propriétaire.

Ce type de structure va permettre de couvrir plus largement un panel de clients un peu moins fortunés mais tout aussi intéressés par du conseil de qualité sur la gestion de leur patrimoine.

Pour une clientèle très fortunée, les « robots advisors » peuvent assurer la gestion des tâches automatisables, en laissant aux banquiers privés la possibilité de se concentrer sur les cas ou les produits plus complexes. 

En conséquence, ces conseillers vont devoir progresser pour être en mesure de gérer ces cas de figure.

Autre constat, les plateformes comme Wealthfront, Betterment, FuturAdvisor ou encore Personal Capital ont connu ces derniers temps des progressions impressionnantes, certaines ayant dépassé le milliard de dollars sous gestion.

C’est une goutte d’eau au regard des montants globaux sous gestion pour les acteurs traditionnels, mais la tendance est très forte et un déploiement plus massif de ce type de plateformes est clairement à envisager à court terme.

 

Pourquoi ces sociétés privilégient-elles le front-office ?

Les FinTechs préfèrent se positionner sur ces activités car elles peuvent offrir un service à valeur ajoutée visible et monétisable, en s'adossant à des acteurs leur apportant une licence bancaire.

A contrario, le back office n’est pas une activité très rentable, bien qu’indispensable, par ailleurs très réglementée, et nécessitant, de ce fait une licence bancaire, onéreuse et longue à obtenir.

Néanmoins, pour des raisons de qualité de service, et dans un second temps, certains acteurs ont parfois fait le choix de réécriture de composants techniques ou back office, comme par exemple Simple avec son système de traitement des transactions.

 

Quel est leur modèle d’organisation ?

La plupart s’appuie sur un petit nombre d’employés. Les plus importantes, dont, par exemple, Lending Club, une société américaine de finance participative basée à San Francisco, emploient entre 200 et 300 salariés. À l’autre extrémité, Fidor Bank, une banque allemande en ligne qui utilise ses clients et les médias sociaux pour assurer sa promotion, fonctionne au quotidien avec seulement une trentaine  de personnes.

Toutes s’appuient sur des technologies algorithmiques qui automatisent des processus totalement réinventés et qui valorisent les données.

 

Dans quel domaine de la banque peuvent-elles s’imposer ?

Ces structures ont suffisamment de potentiels pour s’imposer dans de nombreux domaines.

Selon nous, le segment des services financiers à destination des TPE/PME est clairement l’endroit où les banques ne savent pas répondre correctement aux attentes de financement.

 

Selon vous, les Fintechs s’imposent davantage à l’étranger qu’en France. Quelle en est la raison ?

En France, le secteur bancaire demeure protégé par la réglementation mais aussi par l’importante mise de départ qui est nécessaire à la création d’une activité bancaire, et un écosystème d’investisseurs en capital encore moins développé qu'aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

Dans leur ensemble, les banquiers français estiment que ces nouveaux acteurs n’ont pas atteint une notoriété suffisante pour susciter un engouement massif.

En revanche sur les paiements, certains considèrent que les FinTech ont une chance de s’imposer avec des modèles comme Square par exemple. Cette société a proposé une offre à destination des TPE qui n’étaient pas équipées de terminaux de paiement en raison de leur coût trop élevé.

À l'étranger, un intérêt certain existe en Espagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis en raison notamment de l’impact de la crise financière davantage marquées qu’en France.

 

Sylvain Fagnent et Stephen Périn sont les auteurs du livre blanc « Banque digitale : les Fintech cannibalisent la banque ». Ce document est en téléchargement ici.