Les paris sont lancés sur une boucle prix-salaires en zone euro

Fabrice Anselmi
Les salaires deviennent un point clé pour évaluer l’ampleur et la durée du choc d’inflation.

Dans le débat sur l’inflation en zone euro, les économistes notent un effet matières premières, pour quatre points, et un effet salaires, pour deux points. L’enclenchement ou non d’une boucle prix-salaires, comme aux Etats-Unis, où elle a soutenu au moins trois points d’inflation, est un élément clé pour évaluer l’ampleur du choc, a rappelé la Banque centrale européenne (BCE).

La hausse des salaires dépend des équilibres sur le marché du travail. «Par rapport aux Etats-Unis, où les pénuries atteignent des niveaux historiques (1,7 offre par chômeur) et le chômage 3,8%, la zone euro a un déséquilibre démographique supérieur, mais aussi un taux de chômage historiquement bas (6,8%), qui explique les difficultés des entreprises à embaucher, analyse Stéphane Deo, directeur stratégie marchés chez Ostrum AM. Trois facteurs influencent la formation des salaires : le niveau de chômage reflété dans la courbe de Phillips, qui nous explique comment le pouvoir de négociation employé-employeur se déforme ; le niveau d’inflation, qui nous raconte une idée sur les anticipations des négociateurs ; le niveau de marge des entreprises, qui nous dit si elles ont la capacité d’augmenter les salaires.»

L’économiste a élaboré à partir de ces facteurs un modèle qui, sachant que les salaires réagissent avec six mois de retard sur l’inflation et le chômage, explique plus de 70% de la variation des salaires en zone euro sur 1997-2019. «Pour le futur, on arrive à la conclusion que les salaires dépasseraient une hausse annuelle de 4% fin 2022. Tous les modèles de prévisions ne sont pas parfaits et celui-ci peut, en utilisant des variables inflation-chômage extrêmes, surajuster dans ces cas s’il y a des variations non linéaires. Mais le risque à la hausse est assez clair, comme l’indiquent les ‘faucons’ de la BCE, et le mouvement serait très largement suffisant pour être disruptif à bien des égards», conclut Stéphane Deo.

Les négociations salariales pour 2022 se sont surtout résumées à un rattrapage post-2020/2021. Mais «une inflation bien supérieure (7,1% au lieu de 5,1% en moyenne cette année dans le pire scénario de la BCE) pourrait amener les entreprises à accorder davantage de hausses pour 2023, avec un effet de ‘second tour’ sur l’inflation sous-jacente et potentiellement, du fait d’une compression des marges et de la demande, un effet de ‘troisième tour’ désinflationniste pour la suite», remarque Evelyn Herrmann, économiste zone euro de Bank of America.