Les investisseurs veulent accélérer la féminisation des directions d'entreprises françaises

Laurence Marchal
Actuellement, les entreprises du SBF 120 affichent un taux moyen de 27 % de femmes aux plus hauts niveaux de direction mais ce taux reflète des situations disparates.

Créé en novembre 2020 par six sociétés de gestion, le Club 30 % France publie ce lundi son deuxième rapport annuel. L’occasion de faire un point d’étape sur les avancées de ce groupement, qui vise à promouvoir une meilleure diversité de genre au sein des équipes de direction des entreprises du SBF 120.

L’objectif le plus emblématique du club, qui représente désormais seize sociétés de gestion* et 6.000 milliards d’euros d’encours, est que les entreprises s’engagent à avoir 30 % de femmes dans les comités exécutifs d’ici à 2025. « Le parcours est semé d’embûches. Mais il y a des signes encourageants et des motifs d’espoir », a résumé Marie-Sybille Connan, présidente du Club 30 % France et par ailleurs analyste stewardship au sein d’Allianz Global Investors, interrogée par NewsManagers.

Actuellement, les entreprises du SBF 120 affichent un taux moyen de 27 % de femmes aux plus hauts niveaux de direction (chiffres du Medef à fin 2021). « Ce taux reflète des situations disparates », nuance Marie-Sybille Connan. Ainsi, selon elle, dix-sept entreprises ont déjà atteint 40 % et tirent le groupe vers le haut. Elle cite notamment Schneider, Legrand, Dassault et Bolloré. Mais cinquante-cinq entreprises ont encore moins de 30 % de femmes au comex et onze entreprises ont un taux de représentation de femmes au comex de moins de 15 %. De plus, dix-sept entreprises ne répondent pas à l’étude du MEDEF et on peut donc douter de leur ambition en la matière.

Le rapport du Club 30 % France note que la plupart des entreprises sont convaincues de l’intérêt de promouvoir la diversité dans leurs instances dirigeantes. Nombre d’entre elles mettent en place des plans d’actions et objectifs ciblés. Mais ces objectifs, leur périmètre (comité de direction, comité exécutif, top 100) et leur horizon temporel manquent d’homogénéité, déplorent les membres du club. « L’utilisation de certains périmètres pourrait permettre de cacher la réalité de la situation »,  estime Marie-Sybille Connan.

Dans ce contexte, difficile de dire si l’objectif des 30 % pourra être atteint d’ici à 2025, sachant que cela sera rendu obligataire d’ici à 2027, en vertu de la loi Rixain. Ce taux sera même porté à 40 % en 2030.

Dirigeantes : des modèles mais pas des totems

Pour Marie-Sybille Connan, cet objectif est un « aiguillon » mais certainement pas une fin en soi. En effet, la campagne menée par le Club 30 % France et ses désormais seize membres cherche à susciter une réflexion plus globale sur le sujet et à modifier les habitudes. « Notre préoccupation en tant qu’investisseur responsable est que les entreprises changent leurs pratiques de recrutement et de promotion afin qu’il y ait une plus grande égalité des chances professionnelles entre les hommes et les femmes », souligne Marie-Sybille Connan.

« Nous allons donc au-delà de l’objectif des 30 % de représentation au sein des instances dirigeantes. Bien sûr, c’est important, notamment parce que ces femmes jouent un rôle de modèle. Mais il faut s’assurer que ce ne sont pas que des femmes totem, mais qu’il y a une volonté d’équité dans l’ensemble et dans toutes les strates du groupe », martèle-t-elle.

Elle appelle notamment les entreprises à commencer à se constituer dès à présent un vivier de talents pour pouvoir répondre à la loi RIxain. « Ce serait dommage que cela se fasse par recrutement externe. Cela pourrait être néfaste pour la cohésion interne et cela risque de créer des tensions sur certains profils. L’idée est plutôt d’agrandir le gâteau », indique Marie-Sybille Connan.

Pour continuer à avancer sur le sujet en 2023, le Club 30 % France a décidé de mettre en place une coprésidence. Elle sera assurée cette année par Candriam aux côtés d’Allianz Global Investors. Le Club plaide aussi en faveur de la création du pilier Dirigeants du Club 30 %, le pendant « entreprises » du Club 30 % regroupant uniquement des investisseurs. Cela existe dans tous les autres pays où ce club a été créé. « Il est indispensable pour sensibiliser le milieu économique français à la diversité de genre », conclut Marie-Sybille Connan.

*Les membres du Club 30 % France sont : Allianz GI, Amplegest, Amundi AM, Axa IM, Candriam, Columbia Threadneedle, Comgest, Crédit Mutuel AM, Generali IP, Groupama AM, LBPAM, La Française AM, Legal & General, Mirova, Ostrum et Sycomore AM.