Les fintech ont joué un rôle clé durant la crise

Pauline Armandet
Ces start-up ont participé à la résilience globale du système financier français durant la crise, a estimé hier le secrétaire d’État au Numérique lors du Forum Fintech organisé par l’AMF et l’ACPR.

« Les fintechs ne sont plus un monde à part dans la sphère financière », a déclaré hier François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France (BdF) et président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), lors du Forum Fintech organisé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’ACPR.

Existant depuis 2016, le forum de cette année a pris une tournure particulière. Ses intervenants se sont notamment interrogés sur le rôle des fintech durant la pandémie, à la fois en tant qu'acteurs bouleversés par la crise mais également comme soutien au secteur financier. « Les nouvelles technologies sont utiles pour enrichir les méthodes de prévention et de gestion des crises, mais aussi pour optimiser le métier de superviseur », considère François Villeroy de Gallau.

Pour Cédric O, secrétaire d’État au Numérique, les fintech ont accompagné au mieux le secteur financier durant la crise, citant à cet égard October ou encore Qonto. « Les start-up ont participé de cette résilience globale du système financier français », se félicite-t-il. La crise a par ailleurs permis à certains acteurs du numérique de confirmer leur modèle, comme le montrent les capitalisations boursières colossales d’Apple (plus de 2.000 milliards de dollars) ou de Microsoft. L’émergence de ces géants du numérique est «un challenge» pour les régulateurs et l’ensemble du système économique français, estime le secrétaire d’Etat.

« La France doit être à l’avant-garde de la révolution numérique », déclare Cédric O. Pour lui, le secteur français reste dynamique, rappelant les 700 millions d’euros levés en 2019, dont certaines levées records d'acteurs français à l'instar de celles de Shift Technology, Lydia ou encore Qonto. « La reprise dépendra de solutions innovantes que nous continuons d’inventer. Ce développement est un impératif de concurrence et de souveraineté. Nous avons le devoir d’innover et de réguler », indique-t-il, ajoutant que « l’innovation a besoin de la régulation. Il faut, à un moment, réguler car c’est une question de confiance. » Considérant que le dialogue n’est pas toujours évident entre régulateurs et innovateurs, ce dernier appelle néanmoins à trouver une « ligne de crête » entre ces deux mondes.

Le forum a également permis de faire le point sur le secteur des paiements, bouleversé par le digital. « Nos concitoyens utilisent de moins en moins d’espèces, donc de moins en moins de monnaie centrale, et de plus en plus de paiements sans contact », précise Villeroy de Galhau. L’écosystème européen est par ailleurs devenu dépendant d’acteurs non européens, amenant la BdF à la création d’une stratégie européenne des paiements.
Défier les cryptoactifs

Face à l’émergence des cryptoactifs, d'une part le gouverneur de la BdF a insisté sur la création d’une régulation européenne des « stable coins », saluant les dernières propositions législatives de la Commission européenne en ce sens. D’autre part, de nombreuses banques centrales, à l’instar de la BdF, lancent des expérimentations au sujet d'une monnaie digitale de banque centrale (MDBC) : d’ici mi 2021, l’Eurosystème devrait décider s’il lance un projet d’euro digital. Un lien entre le projet European payments initiative (EPI) et le projet de MDBC devrait par ailleurs être établi, estime le gouverneur de la BdF. « Perdre la main sur la monnaie c’est le début de la fin de la souveraineté. L’initiative EPI est indispensable », a déclaré Cédric O, lors du forum.