Etude

Les effets d’une finance plus responsable

La crise a mis en évidence la nécessité de réformer le secteur financier Dans son étude, Danielle Kaisergruber pose les bases d’une finance plus saine.

Les leçons de la crise bien intégrées, la sphère financière va-t-elle enfin opter pour un comportement plus responsable ? Dans son étude remise à la Commission européenne en juin 2009 (1) et réalisée en association avec les fédérations du Vieux Continent et les instances nationales des professions bancaires et d’assurance des pays de l’Union, Danielle Kaisergruber, directrice de DKRC, cabinet d’études et conseil auprès des entreprises, soulevait un certain nombre de problématiques. Le secteur instaurera-t-il une organisation qui conjurera les erreurs du passé ? Réussira-t-il à restaurer la confiance des clients ? Comment les gouvernements mettront-ils en place des instruments de supervision ? Trouveront-ils un accord international ou agiront-ils au niveau de chaque Etat ?

A priori, les acteurs s’orientent vers une finance plus consciencieuse. Leur discours tout du moins va dans ce sens. Mais la réforme du système n’a rien d’évident et les interrogations demeurent quant aux chemins qu’emprunteront demain banquiers et assureurs.

Bien qu’une rationalisation des effectifs soit attendue dans un avenir proche quelles que soient les résolutions adoptées, « le capital humain apparaît comme une clé dans la réorganisation du secteur », souligne l’étude. Les directions de ressources humaines ont pleinement un rôle à jouer.

Trois scénarios…

Lequel de ces trois scénarios l’emportera ? Celui de « la finance durable », vers moins de profits à court terme et une régulation plus forte, celui du « laissez-faire », poursuivre les orientations passées, ou bien celui de « l’actionnariat public », la nationalisation pure et simple des établissements financiers ? Evidemment, le secteur n’optera pas de manière stricte pour l’une ou l’autre de ces propositions mais pour un mix de ces dernières, considérant la troisième hypothèse davantage comme une étape de transition.

Ce qui compte, c’est de savoir si la philosophie que l’on voit émerger, à savoir une finance plus saine, va d’une part se concrétiser et, d’autre part, se poursuivre dans le temps. Car opter pour la formule « finance durable » implique l’abandon, par les banques surtout mais par les assureurs aussi, d’une partie de leurs activités fortement rémunératrices. « Il y a eu des changements et il y en aura incontestablement », note Danielle Kaisergruber.

… aux répercussions inégales.

Le rapport précise les différents remaniements que l’adoption d’un modèle de développement basé sur des stratégies d’investissement à long terme - le scénario numéro 1 - exigerait. De nouvelles compétences pour de nouveaux métiers, mais aussi un niveau de qualifications des collaborateurs plus élevé pour un domaine d’activité potentiellement moins attractif. Cette position suppose un renforcement des fonctions de contrôle et de gestion des risques, et des professionnels de la vente et du marketing orientés vers la qualité de la relation client et le conseil. Cela réclame de retenir les seniors et de mettre à jour leurs compétences, de favoriser la formation continue et les évolutions de carrières pour diminuer les démissions.

De même, il faudrait retrouver au niveau de l’enseignement supérieur les notions prudentielles et de régulation. « C’est un secteur où les entreprises, les organisations professionnelles et les universités entretiennent un lien fort, ils trouveront les moyens de travailler ensemble », explique Danielle Kaisergruber.

La situation actuelle reste éloignée de cette vision et repose sur la distribution de produits standardisés par les canaux internet, téléphone, marketing direct secondés par des centres d’appel dans lesquels les vendeurs ne disposent ni des compétences ni du temps nécessaire pour conseiller leurs clients. En témoignent les exemples britanniques du distributeur Tesco et de l’industriel Virgin qui viennent d’obtenir une licence bancaire : la commercialisation de l’offre financière commence à ressembler à la diffusion des produits de grande consommation.

La vente et le marketing sont d’ailleurs deux domaines où l’on recrute des profils non financiers.

(1) Skills scenarios for the Financial Services Sector in the European Union.