Les difficultés de Credit Suisse attisent les rumeurs sur son avenir

Aurélie Abadie
La banque zurichoise a émis, mercredi, un nouvel avertissement sur résultat, avant de faire l’objet d’une rumeur de rachat par l’américain State Street.

Credit Suisse peine à sortir de l’ornière. L’ex-fleuron de la banque privée, devenu le mouton noir de la finance européenne, a averti par un communiqué publié mercredi matin qu’il serait à nouveau en perte au second trimestre 2022. En cause : les difficultés rencontrées par sa banque d’investissement aux mois d’avril et de mai, les conditions macroéconomiques marquées par la guerre en Ukraine et le resserrement des politiques monétaires ayant accru l’aversion au risque de sa clientèle et ralenti son activité, particulièrement dans la région Asie-Pacifique.

Il s’agit du troisième avertissement sur résultat émis par Credit Suisse depuis le début de l’année 2022, et du sixième au cours des sept trimestres écoulés. Au premier trimestre, Credit Suisse avait enregistré une perte nette de 273 millions de francs suisses sous le poids d’une provision de 700 millions destinée en grande partie à couvrir des litiges.

L’action Credit Suisse, qui perdait plus de 7% après cette annonce mercredi matin, a repris des couleurs en milieu d’après-midi, dopée par une rumeur de reprise «amicale» par l’américain State Street relayée par le blog financier Inside Paradeplatz. Les analystes se sont aussitôt montrés sceptiques sur cette hypothèse, jugeant qu’un rapprochement entre la banque dépositaire américaine et la banque zurichoise fait peu de sens sur le plan industriel et pourrait se heurter à des obstacles réglementaires. Contactée par L’Agefi, Credit Suisse s’est «refusée à commenter une rumeur de marché». State Street s’est également refusé à commenter, indiquant dans une déclaration que le groupe était «concentré sur son acquisition de l’activité de services aux investisseurs de Brown Brothers Harriman».

Une série de scandales et d’erreurs de gestion

L’avenir de Credit Suisse, empêtrée dans de multiples scandales, suscite des interrogations. Dans une note, les analystes de JPMorgan pointent les faiblesses structurelles de sa banque d’investissement, dues à un «manque de diversification» qui s’avère pénalisant dans un contexte de retournement sur les marchés de crédit. Un handicap vis-à-vis de ses pairs UBS et Julius Baer, estiment-ils. La gestion des risques de la banque zurichoise est surtout remise en question depuis qu’elle s’est brûlé les ailes dans les affaires Archegos et Greensill. La première lui a coûté 5,5 milliards de dollars, tandis que les litiges liés à la deuxième pourraient encore la poursuivre pendant cinq ans, a-t-elle prévenu il y a deux mois.

Les efforts du directeur général, Thomas Gottstein, qui a pris les rênes de la banque il y a deux ans, peinent à convaincre les investisseurs et les actionnaires. Lors de la dernière assemblée générale, ces derniers n’ont pas caché leur défiance en votant contre une résolution déchargeant le management de ses responsabilités pour les litiges ayant affecté la banque en 2020.

En novembre dernier, Credit Suisse a annoncé un plan de réduction des coûts compris entre 1 milliard et 1,5 milliard de francs suisses d’ici à 2024. La banque souhaite l’accélérer, «dans le but de maximiser les économies à partir de 2023», a-t-elle précisé dans un communiqué, soulignant que «2022 serait une année de transition». Elle dévoilera davantage de détails sur son plan lors de son prochain événement dédié aux investisseurs, le 28 juin.