Les classements ESG des banques rivalisent d’incohérence

Bertrand de Meyer
Ces palmarès peuvent changer significativement. Construits à partir de méthodes différentes, ils participent au flou sur les engagements ESG des banques.
(Pixabay)

On est loin de la clarté. Intesa Sanpaolo avait de quoi se réjouir de ses classements sur la question de la durabilité lors de la présentation de ses résultats du troisième trimestre, mais tous les groupes ne peuvent pas en faire autant. Car si les cinq classements choisis par la première banque italienne sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) la placent systématiquement dans le top quatre des meilleurs élèves, c’est surtout l’incohérence qui frappe à la lecture des classements.

Suivre la position de Santander est par exemple difficile. La banque espagnole se classe troisième selon les indices du Bloomberg ESG Disclosure Score et du S&P Global. Elle redescend en milieu de tableau avec le Climate Change Score 2020 du Carbon Disclosure Project, dans les dernières places du Sustainalytics Score et même à la dernière place du MSCI ESG Score sur les dix-sept renseignées dans la présentation d'Intesa. Autre exemple, Nordea navigue dans les dernière places de quatre classements avant de grimper sur le podium du Sustainalytics Score.

Ces incohérences s’expliquent par des différences de méthodes. La plus symbolique d’entre elles réside dans la recherche des données. L’indice du Carbon Disclosure Project, une ONG à but non lucratif, se construit à partir d’un questionnaire que sollicitent les entreprises, nommé «Système de réponse en ligne» (ORS). Au contraire, «les notations ESG de MSCI ne consistent pas à marteler les entreprises pour obtenir toutes leurs données. Il ne s'agit pas non plus de leur demander leur avis. Nous recueillons les données les plus pertinentes et les plus accessibles au public», affirme le fournisseur d’outils et de services aux investisseurs américain.

Surtout, les indices ne sont pas construits selon les mêmes calculs et les éléments pris en compte dans ces calculs varient. Certains se concentrent ainsi sur l’exposition du groupe spécifique au secteur, comme le MSCI, quand d’autres se veulent plus complets, à l’image du ESG Risk Rating de Sustainalytics qui tient compte «de la gouvernance d’entreprise, des questions ESG importantes et les questions ESG idiosyncratiques» à travers la gestion et l’exposition.

Pafois accusées de greenwashing par certaines ONG, ou sommées de rendre compte d’engagements plus clairs, les banques ont de quoi donner le tournis aux investisseurs qui utilisent ces outils.