Le défi sera de créer un marché au sens de l’offre et de la demande

DR, Jean-Manuel Kupiec, directeur général adjoint, Ocirp

L’Agefi Actifs. - Un peu plus d’un an après le lancement officiel de la Silver économie, quel est l’état d’avancé de la filière ?

Jean-Manuel Kupiec. - Après la réunion officielle de décembre 2013, les fonds on été appelés en ce début d’année. Le processus suit son cours. Nous sommes sur une économie du futur, un secteur industriel avec une courbe de vie assez longue dont la montée en puissance se fera progressivement, ce qui n’apparaît pas toujours dans les discours des pouvoirs publics. En effet, l’ensemble des prestations et services liés à la Silver économie vise des particuliers qui ont entre 50 et 55 ans aujourd’hui et qui seront des utilisateurs potentiels dans 20 ou 30 ans. Ces personnes rentreront plus facilement sur le marché que la génération actuelle des retraités dont certains sont déjà en situation de perte d’autonomie.

Quels sont les défis à relever sur ce marché ?

- Tout d’abord, il conviendra de trouver des entreprises susceptibles de se développer sur ce secteur d’activité qui compte beaucoup de petites structures aux côtés de grands groupes. Les projets, en termes de développement de nouveaux produits ou services, ne sont pas pour l’heure aussi nombreux qu’escompté.

Un sujet important concerne aussi le financement. En domotique, par exemple, celui-ci est réalisé par la Sécurité sociale et les assurances complémentaires publiques ou privées avec des aides des Conseils généraux ou des caisses de retraite. Cette forme de subvention déforme l’économie de la filière car nous n’évoluons pas sur un marché au sens de l’offre et de la demande. Par exemple, les chemins lumineux, les capteurs, les robots ou même les alertes sur les réfrigérateurs restent encore des produits trop chers. Or, si nous n’arrivons pas à créer un marché pur, je ne vois pas comment les assureurs, dont le principal métier consiste à solvabiliser la demande, pourront se développer. La Place ne pourra pas faire l’économie de cette réflexion.

Un autre point doit par ailleurs être souligné relatif à la labellisation des produits. Ces derniers sont nombreux sur le marché et parfois importés sans grand contrôle. En tant qu’assureurs, nous avons aussi besoin de produits au minimum encadrés.

Un mot enfin sur la télémédecine. Après une décennie d’existence, celle-ci continue de stagner sur un mode expérimental. Si nous avions dépassé ce stade, nous aurions pu créer un vecteur de croissance important. Bien sûr, les applications existantes dans le secteur fonctionnent à partir de la captation des données, ce qui renvoie aux questions sur le « Big Data » et, dans le sillage, aux réticences du corps médical sur le partage des données. Cela pose aussi des questions sur la rémunération des opérateurs et les liens avec les laboratoires. Mais quel dommage que le dossier n’avance pas.

Certains pays sont-ils plus en avance ?

- Le Japon, pour citer l’exemple le plus significatif, est très en avance sur les technologies appliquées au vieil âge. L’archipel est le pays du robot à la fois à usage industriel et domestique. La population vit avec des webcams, les malades sont surveillés dans leur lit au sein des Ehpad. En France, la barrière psychologique freine ce type de processus. Nous restons attachés au respect de la vie privée, à la confidentialité et au secret médical.

Les Japonais sont les premiers en termes d’espérance de vie dans les pays de l’OCDE, le deuxième étant la France, mais ils ont une population âgée beaucoup plus importante que la nôtre. Le Japon a su prendre des mesures efficaces, facilitées par le regard différent porté sur la vieillesse. Chez eux, comme dans tous les pays asiatiques mais aussi en Afrique, le vieil âge est synonyme de sagesse, ce qui n’est pas du tout le cas en Europe. Au Japon, par exemple, les automobilistes disposent d’un autocollant sur lequel il est inscrit « Conducteur de plus de 80 ans ». Peut-on transposer ce type de pratique chez nous sans risquer d’être accusé de discrimination ? Notre société est versée dans le jeunisme tandis qu’au Japon, la vieillesse est acceptée. Cette vision différente est un obstacle supplémentaire qu’il ne faut pas négliger pour le plein développement de la filière de la Silver économie en France.

Comment flécher l’épargne des ménages vers les start-up de la Silver économie ?

- Des fonds dédiés à la Silver économie apparaîtront dans les prochaines années. Mais ils ne seront pas les seuls vecteurs. Le viager intermédié, qui ne fonctionne pas encore de manière optimale aujourd’hui, a toutes les chances de se développer. Le fait de rendre partiellement liquide un bien immobilier via un établissement bancaire permettrait de solvabiliser beaucoup de dispositifs. Pour terminer, je précise qu’il existe le fonds SISA dédié à la Silver économie dans lequel l’Ocirp a investi 10 millions d’euros.