Dépendance

L’accompagnement familial au centre des débats de l’Ocirp

La structure paritaire réunissant des organismes de prévoyance a organisé son cinquième débat annuel - Dans l’attente d’une réforme avant fin 2013, les initiatives privées envers les aidants et la prévention ont été mises en avant.

Le cinquième débat annuel Dépendance-autonomie de l’Ocirp, qui s’est déroulé le mardi 26 février, a mis l’accent sur l’accompagnement de la famille face au vieillissement. A cette occasion, Michèle Delaunay, ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’autonomie, est revenue sur l’annonce du président de la République d’une réforme de la dépendance.

Une future loi sur la dépendance.

En effet, un projet de loi portant sur la dépendance devrait voir le jour avant la fin de l'année 2013. A ce jour, aucun arbitrage n’a été opéré tant du point de vue du financement que des mesures prises. Selon la ministre, la loi monterait en charge en fonction des préoccupations budgétaires : « L’équilibre financier sera décidé au moment même de la loi, a-t-elle précisé. La réforme aura un coût et le président fera appel à la solidarité nationale et compte sur la responsabilité individuelle, notamment de la génération des babyboomers. »L’accent sera mis sur l’amélioration du maintien à domicile en utilisant notamment la domotique, le numérique et l’assistance. « Le président souhaite également rendre financièrement plus accessibles les maisons de retraite aux classes moyennes », a mis en avant Michèle Delaunay.

Les aidants, un rôle à reconnaître.

Les intervenants aux débats ont reconnu le rôle des aidants qui sont au nombre de 4 millions et qui doivent davantage être valorisés. « Et ce, afin qu’ils bénéficient de facilités », a admis la ministre, indiquant que le président a ainsi déjà entériné deux dispositions. L’une consiste à solidifier le congé spécifique de l’aidant et à aménager son temps de travail, l’autre vise à faire du répit un véritable droit en multipliant et en rendant accessibles d’un point de vue financier les accueils de jour etles accueils temporaires.

A ce sujet, Francesca Colombo, analyste principale des politiques de santé à l’OCDE, constate que la mise en place de congés spécifiques fonctionne bien dans les pays européens. De même, elle observe que l’aménagement du temps de travail a un effet positif pour diminuer le risque de départ de l’aidant de son travail. De son côté, Blanche Le Bihan, qui est notamment enseignant chercheur à l’Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique, remarque que se multiplient, en Europe, des prestations monétaires afin de laisser le libre choix à la famille. L'idée sous-jacente est que cette dernière est la plus à même d’évaluer les besoins de son proche à condition que la gamme de services proposés suive. Elles indiquent d’ailleurs que les prestations monétaires doivent être régulées.

Sur l’accompagnement des aidants, des acteurs ont expliqué leurs initiatives telles que des haltes-répits développées par Mutex et la Croix-Rouge permettant d’accueillir une demi-journée par semaine des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, des logements intergénérationnels soutenus par Reunica, un bilan pour évaluer les déficientes du proche d’un salarié par Malakoff Médéric, ou encore l’action contre la douleur mise en place par Apicil.

La prévention et les nouvelles technologies.

La nécessité de la prévention a été abordée par Luc Broussy, conseiller général et auteur du rapport sur l’adaptation de la société française au vieillissement démographique. « La connaissance des prochaines générations déjà confrontées à la dépendance d’un parent leur permettra d’être plus apte à entreprendre des actes de prévention tels que faire appel à un ergothérapeute pour son logement »,a-t-il exposé. Selon lui, l’adaptation se traduit par l’aménagement du logement, mais aussi des villes et des transports ainsi que l’utilisation des nouvelles technologies.

Des acteurs de la protection sociale ont fait état de leurs expériences en matière de prévention et ont mis l’accent sur l’importance d’intervenir tout au long de la vie, notamment auprès de personnes qui sont de plus en plus jeunes. C’est ainsi qu’Audiens réalise des bilans de prévention dans ses centres de santé, qu’AG2R-La Mondiale a pris l’exemple d’une prévention adaptée à l’exercice d’un métier (lutte contre la carie dentaire chez les boulangers), que Klésia vient de mettre en en place une fondation pour la prévention dans le secteur du transport et que le groupe Humanis a justifié des effets de la prévention en termes de modifications de comportement permettant, par exemple, de diminuer l’hospitalisation à la suite de chutes.

Une coordination des acteurs.

Par ailleurs, Luc Broussy a évoqué des formules pour rendre plus liquides les biens immobiliers, notamment pour la population qui dispose de faibles revenus tout en étant propriétaire. « On se rend compte que le cinquième risque n’est pas à la hauteur de ce que l’on pensait. Il faut des solutions complémentaires et, dans ce cadre, il y a un périmètre d’innovation pour bénéficier demain d’une vraie protection sociale complémentaire », souligne-t-il.

Selon Francesca Colombo, la population la plus à risque est la classe moyenne et il y a pour elle un champ d’actions à travers les produits financiers privés. A ce propos, le baromètre réalisé par Molitor Consult à l’occasion de cette journée témoigne du souhait des Français de se prémunir contre le risque dépendance, même si, pour l’heure, ils ne sont pas passés à l’acte (lire l'encadré). De plus, face aux foisonnements des acteurs, des intervenants ont plaidé pour un guichet unique, et donc pour une coordination de tous les acteurs.