Retraite

La vie rêvée des retraités français au Portugal

Depuis janvier 2013, des milliers de Français choisissent la destination lusitanienne pour profiter au mieux de leur retraite
Aux nombreux arguments liés à la qualité et au coût de la vie s’ajoute désormais l’exonération fiscale de dix ans sur les pensions
DR, José Duarte, expert-comptable, Effigest

Un congrès sur la Silver économie organisé à Porto le 22 mai, ainsi qu’un Forum de l’investissement et de l’immobilier français au Portugal les 22 et 23 juin, ou encore un Salon de l’immobilier et du tourisme portugais à Paris Porte de Versailles du 5 au 7 juin (1)…, s’il fallait des indices de l’intérêt que nos compatriotes en fin de carrière portent envers la pointe du sud de l’Europe, voilà qui suffirait.

Force d’attraction.

Il existe un argument fiscal puissant, comme nous allons le préciser, mais ce n’est pas tout. Le Portugal cumule un climat agréable, une large façade maritime, un patrimoine riche, un peuple accueillant et francophile. Et ses atouts d’élection se complètent de l’appartenance à l’Union européenne et d’une proximité dans la desserte, d’un coût de la vie de l’ordre de 30 % inférieur à celui de la France, d’un système de santé performant et d’un foncier accessible. De quoi faire rêver plus d’un candidat au départ.

Il est difficile cependant de les quantifier, la liberté d’établissement entre membres de l’Union n’offrant pas de vision statistique. On évoque le chiffre de 30.000 Français installés sur place, mais incluant des binationaux, quelque 5.600 retraités étant censés avoir franchi le pas en 2014. Une chose est certaine, l’engouement existe, comme auparavant pour le Maroc, et sans tomber dans les destinations fortunées de la Suisse, de Monaco ou du Royaume-Uni ou les mirages lointains de l’Ile Maurice, de la Thaïlande ou des Bahamas. Le résultat est là : d’après l’étude mondiale « Future of retirement » de HSBC parue fin avril, 16 % des Français interrogés envisagent de déménager à l’étranger au terme de leur vie active, parmi lesquels 20 % choisiraient le Portugal ou la Thaïlande et 16 % l’Espagne.

Statut de résident non habituel.

Les attraits variés du pays sont incitatifs en eux-mêmes, de Lisbonne à Porto en passant, au sud, par l’Algarve, mais au-delà, comment ne pas percevoir le contre-effet du « ras-le-bol fiscal » à la française. Car le déclic est bien là, celui provoqué par le statut de « résident non habituel » (RNH) simplifié au Portugal par une circulaire du 3 août 2012 – entrée en vigueur début 2013 –, l’inscription en tant que tel dépendant désormais de la seule déclaration du contribuable attestant qu’il n’a pas été résident fiscal portugais au cours des cinq dernières années. Dès lors, les personnes souhaitant s’établir sur place peuvent s’enregistrer auprès du bureau local du service des impôts avec les avantages induits.

Et quels avantages ! La convention fiscale franco-portugaise conclue en 1971 attribue le droit exclusif d’imposer les pensions privées à l’Etat de résidence. Or, le Code fiscal portugais prévoit tout simplement une exonération d’impôt sur le revenu pendant dix ans pour les RNH dès lors qu’ils justifient avoir séjourné plus de 183 jours, consécutifs ou non.

Précautions à prendre.

« Ce n’est pas forcément facile de franchir le pas en toute sécurité juridique et fiscale, tient néanmoins à souligner Xavier Rohmer, avocat associé d’August & Debouzy. Afin d’être en règle avec le fisc français, une analyse précise du patrimoine et de la situation d’un couple en partance est impérative. » « Le travail de préparation est essentiel », confirme José Duarte, expert-comptable d’origine portugaise du cabinet Effigest, qui a constaté lui aussi l’engouement pour la destination depuis deux ans. Présent à Paris, Londres et Porto, il recommande avant tout de « prendre les bonnes dispositions avant le départ, chaque situation étant particulière. Il peut être judicieux par exemple de vendre la résidence principale en France avant de s’installer au Portugal, pour bénéficier de l’exonération de la plus-value  ».

Parmi les autres points de vigilance, les deux conseillers préconisent de tout transférer vers le pays d’accueil, surtout si des liens familiaux subsistent en France, afin de faire place nette par rapport à l’administration fiscale. L’harmonisation européenne en termes de droits de succession simplifiant les choses à partir d’août 2015, il est à noter que le Portugal les a abrogés en ligne directe et ne connaît pas l’ISF, mais la France taxera évidemment les biens français, le cas échéant.

Adaptation des professionnels.

Pour faire face aux multiples aspects de cette délocalisation, de nombreux professionnels se mettent au goût du jour. Dans l’immobilier, bien sûr, avec par exemple la présence à Paris de « Maison au Portugal ».

Dans le domaine de la protection sociale et de la santé aussi. A ce titre, les retraités bénéficieront toujours de la Sécurité sociale française, mais l’éloignement justifiera l’accès à l’onéreux système de santé privé lusitanien, d’où le recours impératif à une assurance privée. MDS, important courtier d’assurances au Portugal, est ainsi en train de lancer « Assurances au Portugal ». « Il s’agit d’une plate-forme destinée à couvrir tous les problèmes d’assurances des entreprises et des particuliers français qui s’installent, avec un groupe de conseillers bilingues, précise Jacqueline Legrand, CEO de MDS Portugal. Et pour la santé, notre offre bâtie avec MGEN permet de répondre à l’ensemble des besoins des retraités sans limite d’âge et sans questionnaire médical. »

Quelques exemples, parmi d’autres, afin de répondre à l’appel insistant de la Lusitanie.

 

(1) Le forum est organisé par la Chambre de commerce et d’industrie luso-française (www.ccilf.pt) et le salon parisien par la Chambre de commerce et d’industrie franco-portugaise avec une réplique à Lyon du 3 au 5 juillet (http://sipp.ccifp.fr).