La Société Générale Private Banking digitalise sa relation avec ses clients patrimoniaux

En déployant deux outils, l’un sur l’ingénierie patrimoniale, l’autre sur l’allocation d’actifs, elle encourage leur autonomisation partielle.
(RK.)

La clientèle patrimoniale est à la mode. Louvre Banque Privée avait annoncé en mai se développer sur ce segment en amenant ses services aux clients de La Banque Postale dans des agences physiques. Société Générale Private Banking (SGPB) a choisi une approche radicalement différente, celle de la digitalisation de la relation. En proposant un premier niveau de services et en autonomisant progressivement cette clientèle – 40.000 personnes dont les actifs financiers sont inférieurs à 2 millions d’euros – elle entend dégager du temps pour ses conseillers. «Nos experts peuvent mieux accompagner la famille sur des sujets à dimension moins financière, comme la philanthropie, le vin, l’art, le financement de projets..., indique Mathieu Védrenne, directeur de SGPB. Le digital peut structurer de façon assez aisée des propositions de valeur performantes : arbitrer sur des OPCVM n’est pas d’une complexité folle.»

L’arbitrage numériquement assisté

Deux solutions épaulent le banquier et l’ingénieur patrimonial. Coach Financier, lancé début 2022, se présente sous la forme d’un tableau de bord destiné aux clients en gestion libre regroupant leurs avoirs en assurance vie détenus au sein des quatre contrats éligibles du partenaire de SGPB Sogecap (TerCap, Eben, Sequoia et Société Générale gestion vie privée). Guidé par des pictogrammes météo, le client connaît en temps réel la position de la banque sur telle classe d’actifs. Chaque trimestre - sauf événement de marché majeur – des arbitrages sont proposés par les gérants et diffusés en fonction du profil client établi par le logiciel. Celui-ci peut alors choisir de les suivre en accédant au carnet d’ordre et en validant l’opération de façon instantanée. Côté banque, ne pas appeler chaque client individuellement représente un gain de temps considérable. Au lendemain de l’invasion ukrainienne, ce sont 60.000 push qui ont été diffusés pour détailler la nouvelle position de SGPB.

Coach Financier est en réalité une version allégée de Synoé, qui propose un parcours identique mais un univers d’investissement bien plus large en architecture ouverte intégrant 15 partenariats avec des sociétés de gestion, une plateforme d’expert et des conseils plus fréquents. En contrepartie d’un mandat de gestion conseil, et donc de commissions de gestion intellectuelle.

«Coach Financier est un marchepied pour d’autres prestations», argue Emilie Chauvet, directrice du marketing et des solutions clients. En habituant ses clients à sa solution entrée de gamme, SGPB espère les faire progressivement évoluer de la gestion libre à la gestion conseil, puis de la gestion conseil à la délégation de gestion. 50% à 70% des clients de la banque privée étant en gestion libre, le marchepied a tout l’air d’un escabeau.

Un diagnostic patrimonial automatisé

Le deuxième outil doit être déployé dans les prochaines semaines. Kwiper, du nom de la start-up née en interne, se présente comme un outil de diagnostic patrimonial. Il complète la solution «Mon Patrimoine» chargée d’agréger les actifs détenus au sein de la Société Général mais aussi d’autres établissements pour établir un profil de risque global. Kwiper, à partir des données sur la situation personnelle, familiale, le patrimoine, le revenu et les dépenses, produit des éléments en fonction des « objectifs » client : répartition des actifs en cas de succession, impact de la clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance vie, préparation de la retraite... Le banquier s’approprie ensuite le diagnostic pour émettre ses préconisations.

Si Kwiper s’est filialisée et commence à avoir des clients à l’extérieur – dont des experts comptables ou des CGPI - Société Générale en conserve l’intégralité du capital. Avec un déploiement en marque blanche, la généralisation de la solution peut-elle desservir SGPB ? «L’arrivée des robo-advisors n’a pas disrupté le marché», répond Mathieu Védrenne.

Une solution non pertinente pour les très grands patrimoines

Cette numérisation de la relation s’adresse aux clients de la gestion privée et de fortune, mais Mathieu Védrenne concède qu’elle est inapplicable aux très grands patrimoines pour qui «les solutions digitales ont moins de sens»«Nous avons choisi une approche de poupée russes dans la digitalisation : après l’agrégation du patrimoine, des actifs financiers, nous ajoutons maintenant la brique ingénierie patrimoniale, et nous continuerons à enrichir progressivement ces solutions», appuie Mathieu Védrenne. A terme, le Coach Financier devrait adresser également la gestion sous mandat.