La Société Générale mène tambour battant sa fusion avec le Crédit du Nord

Aurélie Abadie
La banque continue à déployer la fusion de ses réseaux. En officialisant la gouvernance de sa nouvelle banque de détail, elle envoie un message de stabilité.
(RK.)

La Société Générale vit une période de transformation historique. Après avoir choisi un nouveau directeur général pour succéder à Frédéric Oudéa en mai prochain, elle doit veiller à la conduite du chantier de la fusion de ses réseaux Société Générale et Crédit du Nord. Ce projet baptisé « Vision 2025 » est piloté par le directeur général adjoint en charge des réseaux Sébastien Proto, par ailleurs candidat éconduit à la succession de Frédéric Oudéa.

Certains s’inquiètent ainsi du devenir de la fusion si son chef d’orchestre venait à quitter la banque pour satisfaire ailleurs ses ambitions. « Sébastien Proto pilote le projet depuis le début, nous n’avons jamais vu Frédéric Oudéa. Nous avons appris à dialoguer avec lui et nous avons trouvé un mode de fonctionnement », raconte Frédéric Guyonnet, délégué syndical au SNB. La fusion prendra effet juridiquement au 1er janvier 2023, mais les chantiers qui restent à mener sur les plans informatiques et RH sont cruciaux pour la naissance de la nouvelle banque de détail. Bien qu’il soit jugé « peu probable avant l’achèvement de la migration informatique en mai », un hypothétique départ pourrait donc sérieusement enrayer la bonne conduite du projet. Dans un tel contexte, « il est important d’afficher de la stabilité pour rassurer les équipes », souligne Frédéric Guyonnet.

Une gouvernance «équilibrée»

Le communiqué envoyé par la Société Générale ce mardi 4 octobre, quelques jours après l’annonce du choix de Slawomir Krupa à la direction générale, envoie un message clair. « Il est temps de clarifier les rôles » à quelques mois de la fusion effective, explique la banque à L’Agefi. Actuellement directrice de la banque de détail de la Société Générale, Marie-Christine Ducholet prend la tête de la nouvelle banque de détail du groupe, dont la marque « SG » a été dévoilée au printemps dernier. La banque prend bien soin de mentionner qu’elle sera directement rattachée à Sébastien Proto. « Il est toujours aux manettes et a réaffirmé lundi son engagement », indique une source proche.

Jean-Louis Klein, directeur général du Crédit du Nord, va quant à lui rejoindre le pilotage du projet au niveau du groupe aux côtés de Sébastien Proto. A ceux qui dépeignent la fusion comme une absorption de la filiale par la maison mère, la banque répond qu’elle « a veillé aux équilibres dans la gouvernance avec deux directeurs adjoints, issus du Crédit du Nord et de Boursorama ». Yann de Nanteuil, actuel directeur général délégué du Crédit du Nord, et Aurore Gaspar Colson, directrice adjointe de la banque de détail en France, épauleront Marie-Christine Ducholet.

Un chantier RH titanesque

Au-delà des questions de gouvernance, la fusion reste un projet titanesque en matière de conduite du changement. Si le départ annoncé de la directrice des ressources humaines du groupe Caroline Guillaumin, dans le sillage de celui de Frédéric Oudéa, « n’enraye pas la machine » selon une source syndicale, l’organisation des services doit être revue de fond en comble pour être calée sur celles des autres groupes bancaires : 11 pôles régionaux, chacun disposant d’une direction des ressources humaines propre. « Il faut mener de front ce chantier avec l’accompagnement des salariés », relève Frédéric Guyonnet.

Le projet de fusion doit générer des économies de coûts de l’ordre de 450 millions d'euros par an dès 2025, en réduisant notamment de 30% le nombre d’agences. Cela se fera en trois vagues. Dès 2023, ce seront 157 agences qui seront regroupées, entraînant des suppressions de postes et des mobilités géographiques et fonctionnelles pour les salariés. La Société Générale a toujours indiqué que cette transformation se ferait « sans départ contraint ». Tandis que le recueil des souhaits des salariés concernés a débuté avant l’été, « la mobilité est déjà à l’œuvre », constate Frédéric Guyonnet. « Dans certaines régions, comme dans le Nord, il y a eu des démissions et plus de départs qu’anticipés. La Société Générale doit recruter et va chasser chez les Banques Populaires ou le Crédit Mutuel ». La banque indique « avoir anticipé un volume d’embauches toujours significatif sur la période ». « Comme le marché de l’emploi est tendu, il n’est pas illogique de voir le turn over augmenter, il a retrouvé le niveau d’avant-crise en 2019, mais il reste globalement peu élevé. »

Les NAO 2023, qui ont débuté dans un contexte de fortes tensions autour du pouvoir d’achat, ravivent aussi les tensions sur les différences salariales entre les deux réseaux. Les salariés du Crédit du Nord ont actuellement un régime de participation et d’intéressement beaucoup plus avantageux que celui des salariés de la Société Générale. L’accord signé par les organisations syndicales représentatives sur l’harmonisation des statuts leur accorde donc une prime visant à compenser le manque à gagner. Mais certains s’estiment encore perdants au vu des nombreuses primes qu’ils touchaient localement. Une intersyndicale FO-Unsa appelle ainsi à la grève vendredi prochain au sein de la banque Rhône-Alpes.

«Il n’y a pas eu d’augmentation collective pendant 10 ans à la Société Générale, ni de distribution de prime exceptionnelle sur le pouvoir d’achat (prime Macron). Nous n’avons pas envie d’être placés au même régime sec », explique une déléguée syndicale FO. « Pour le moment, la direction nous propose une nouvelle année blanche en termes d’augmentation collective. Elle ne propose pas d’augmentation générale avant 2024, seulement une prime de partage de la valeur. Dans un contexte de fusion majeure à mener, cela peut générer du désengagement », avertit Philippe Fournil, délégué syndical CGT de la Société Générale.