Conseillers en gestion de patrimoine

La profession persiste et signe pour les rétrocessions

L’AMF a publié les données annuelles d’activité des CGP en 2018
Seuls 5 % pouvaient se déclarer indépendants au sens de la directive MIF 2

Le choix a été rapide. La directive MIF 2 entrée en vigueur au début de l’année 2018 a imposé aux conseillers financiers qui voulaient rester indépendants de renoncer aux rétrocessions et de se financer uniquement par des honoraires. Le premier bilan de l’Autorité des marchés financiers (AMF) après l’application de cette mesure se révèle donc particulièrement révélateur de la manière dont la profession a choisi de se structurer. Et force est de constater que la plupart des professionnels a décidé de ne rien changer : les CGP recourent toujours, pour leur très grande majorité, aux rétrocessions pour se rémunérer.

 

Les honoraires restent marginaux. Dans un document publié au début du mois, l'AMF relève que la rémunération des conseillers en gestion de patrimoine questionnés est toujours constituée à 58 % par des rétrocessions de droits d’entrée sur les OPCVM et à 30 % par des rétrocessions de frais de gestion annuels. Si le solde, soit 12 % de leur rémunération, correspond à des honoraires, le bilan de l’AMF souligne que seuls 5 % des CGP (200 sociétés) déclarent ne pas toucher de rétrocessions et peuvent donc se déclarer indépendants au sens de MIF 2. Les 95 % restants ne sont donc plus « indépendants » selon la nouvelle directive.

Certes, les données datent d’il y a un an, mais « la situation reste comparable en 2019, il n’y a pas eu de grands mouvements vers des rémunérations uniquement composées d’honoraires ces derniers mois », reconnaît un responsable d’une association professionnelle. « Mais, qu’ils soient indépendants ou pas, les CIF sont tout de même tenus à une exigence de très grande transparence. Et tous la respectent », tient-il à souligner.

 

Un marché toujours en croissance. Cette perte d’indépendance – au sens de la loi – constitue-t-elle un problème pour l’activité des CIF ? Pas réellement, toujours à en croire les données compilées par l’AMF. Au total, les CIF totalisaient 46 milliards d’euros d’actifs conseillés en 2018, en hausse de 7 % par rapport aux 43 milliards d’euros de 2017, pour une collecte de 9,8 milliards d’euros (contre 7,9 milliards d’euros l’année précédente). Sur la base de ces chiffres, l’AMF conclut que les rétrocessions de droits d’entrées s’élevaient à 3 % en moyenne, et celles sur les frais de gestion à 0,32 %. Pour rappel, toujours selon l’institution, ils s’élevaient à 4 % et 0,34 % en 2017.

En ligne avec la progression de leurs actifs, leur chiffre d’affaires global a progressé de 7,7 % par rapport à 2017, passant de 2,6 milliards d’euros à 2,8 milliards d’euros. A noter que la proportion de leur chiffre d’affaires provenant du conseil en investissement financier par rapport à leur chiffre d’affaires global (c’est-à-dire hors immobilier, assurance non-vie, prévoyance…) a, pour sa part diminué, passant de 27 % en 2017 (soit 718 millions d’euros) à 24 % en 2018 (669 millions d’euros). Cela peut être dû au fait que les CIF aient pu privilégier d’autres activités, comme l’immobilier ou la prévoyance, mais cette baisse est, selon l’AMF, surtout à imputer au fait que les conseillers en haut de bilan, imputant traditionnellement la totalité de leur chiffre d’affaires au conseil, ont décidé de sortir du statut CIF.

 

Une polarisation des acteurs. Enfin, ce changement concernant l’indépendance a-t-il découragé des vocations ? Encore une fois, la réponse est non. Le nombre de conseillers en investissement financiers continue de progresser, même si ce n’est que très légèrement. Ils sont passés de 6.768 personnes en 2017 à 7.035 en 2018. Le nombre de structures reste quant à lui quasiment stable au fil du temps, aux environs de 4.700.

Cette stabilité pourrait surprendre, les observateurs prédisant depuis plusieurs années une inéluctable concentration du secteur. En réalité, la gestion de patrimoine apparaît déjà polarisée depuis plusieurs années, avec, d’un côté, quelques grands acteurs, et de l’autre une multitude de structures de taille plus réduite.  Ainsi, les 50 premiers CIF captent 47 % du chiffre d’affaires du secteur (toutes activités confondues) et 51 % du chiffre d’affaires plus particulièrement lié au conseil. Alors, certes, il n’y a pas d’envolée du nombre de transaction de cabinets de CGP, mais la concentration du secteur, de manière plus discrète, est d’ores et déjà bien réelle.