La pression de l’Etat se renforce sur Orpea

Yves-Marc Le Réour
Le gouvernement français porte plainte contre le groupe d’Ehpad privés et demande la restitution de certaines dotations publiques.

Accusé dans le livre «Les Fossoyeurs», paru fin janvier, de privilégier la rentabilité sur le bien-être des personnes âgées, le groupe d'Ehpad privés Orpea est désormais directement mis en cause par le gouvernement français qui a décidé de saisir la justice. «Non seulement nous portons plainte, mais nous nous accordons aussi le droit de demander la restitution des dotations publiques qui n'auraient pas été utilisées en direction des résidents comme il se doit», a déclaré samedi la ministre chargée de l'Autonomie, Brigitte Bourguignon. «L'ordre de grandeur est de plusieurs dizaines de millions d'euros pour la période 2017-2020», a-t-elle précisé.

Cette annonce est intervenue au lendemain de la remise au gouvernement du rapport de la mission de contrôle menée par l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l'Inspection générale des finances (IGF), qui fait état de pratiques financières irrégulières. Le ministère des Solidarités et de la Santé a mis en exergue «l’absence de suivi comptable des excédents sur les financements publics et une imputation non conforme à la réglementation de dépenses aux sections soins et dépendance financées par des dotations publiques».

150 inspections ces dernières semaines

«Nous avons pris toute la mesure de l’émotion légitime suscitée par ces dysfonctionnements, dont beaucoup proviennent de la pénurie de professionnels du soin et de l’accompagnement qui nous touche fortement comme elle touche tout le secteur des Ehpad», a réagi Philippe Charrier, PDG d’Orpea, dans un communiqué publié samedi soir. «Nos Ehpad ont fait l'objet de 150 inspections ces dernières semaines», a souligné le dirigeant. La transmission du rapport au procureur de la République «nous permettra de nous expliquer dans la sérénité, faire valoir nos droits et bien entendu collaborer avec la Justice à chaque fois que cela sera nécessaire», avance le groupe.

«Nous regrettons que le rapport de la mission d'inspection, ainsi que les 177 pages (hors pièces justificatives) de réponses très circonstanciées que nous lui avons apportées, ne soient pas rendus publics, ni mis à la disposition de l'ensemble des parties-prenantes. Les seuls éléments qui en ont été divulgués sont effet un pré-rapport présenté de manière accablante pour Orpea et ne prenant pas en compte nos réponses», poursuit Orpea. Il communiquera le résultat des enquêtes externes diligentées par son conseil d’administration et présentera en mai son plan de transformation destiné à mieux servir les résidents et leur famille.