Fondation

La philanthropie au service des groupes familiaux

Le fonds de dotation du Louvre et l’Edhec s’associent pour promouvoir la philanthropie
Un outil utile – et pourtant méconnu – pour la gouvernance familiale des entreprises
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Près de 80 % des grands groupes familiaux mondiaux s’investissent dans une œuvre philanthropique. Si l’image la plus répandue est celle du mécénat culturel ou de l’œuvre de charité, de nouvelles formes de philanthropie gagnent du terrain sous l’impulsion d’entrepreneurs de plus en plus soucieux de l’impact social de leurs investissements. Il y a une vingtaine d’années, les établissements philanthropiques en France peinaient à émerger. Aujourd’hui, l’Hexagone abrite 4.858 fonds et fondations (1), au rang desquels le Fonds de dotation du Louvre. Le 22 mars, le musée accueillait le Family Business Centre de l’Edhec pour une conférence sur le thème de la philanthropie familiale.

Genèse. En 2009, le Louvre est le premier musée français à créer son propre fonds de dotation pour financer ses missions d’intérêt général en complément des dotations de l’Etat, des produits de la billetterie et du mécénat direct. Ses ressources ? Des dons et legs de mécènes et des revenus tirés du partenariat avec le Louvre Abu Dhabi. Le fonds peut soutenir trois grandes missions distinctes du musée du Louvre, consacrées à : l’acquisition et la restauration des œuvres ; l’accès à la culture pour tous les publics ; la préservation du patrimoine bâti du palais et des jardins. Les mécènes peuvent créer des fonds personnalisés pour les promesses de dons de plus de 200.000 euros. L’occasion d’élargir la gamme mécénale du Louvre, avec, sur le modèle américain, une offre capitalisée dédiée portant le nom de ses contributeurs.

Partenariat. Le Louvre s’est rapproché du Family Business Centre de l’Edhec, un think tank axé sur la recherche et la formation à destination des entreprises familiales, et sur l’articulation entre les sociétés familiales et la philanthropie. L’occasion pour Philippe Gaboriau, le directeur général du Fonds de dotation du Louvre, de promouvoir sa structure auprès de nouveaux mécènes en profitant de l’aura internationale de l’Edhec. Pour Rania Labaki, la directrice de l’Edhec Family Business Centre, « la philanthropie est une solution innovante pour fédérer les groupes familiaux. La réunion des actionnaires autour d’une cause commune facilite la mise en place d’un processus de gouvernance familiale et assure la pérennité de l’esprit familial à travers les générations ». Une conviction partagée par Philippe Gaboriau, qui identifie deux niveaux de philanthropie familiale. « En ligne directe, l’engagement philanthropique est utile à la transmission de valeurs à ses descendants ; entre collatéraux, un projet philanthropique permet de réunir les branches éloignées d’une famille dont les membres partagent un même patrimoine professionnel. Cette cause, qui porte un enjeu limité, crée un liant dans le groupe d’actionnaires familiaux et permet de faire fonctionner une gouvernance duplicable ensuite dans la gestion de sujets financiers et industriels. »

Interaction. Pour relier son fonds au monde de la gestion privée, le Louvre a développé, depuis quatre ans, un réseau de prescripteurs. À présent, l’institution collabore avec une cinquantaine de banques privées et de family officers, présents en France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. Depuis la création du fonds, ce sont environ 250 millions d’euros qui ont été collectés auprès d’une quinzaine de mécènes français ou internationaux. « Un résultat encourageant, se félicite son directeur, notre fonds est devenu, à l’échelle européenne, la structure capitalisante la plus importante dans le domaine de la culture. »

Politique d’investissement. Ancien gérant chez Primonial FundQuest et gérant au sein de Barclays Wealth Managers, Philippe Gaboriau supervise la gestion du fonds dans une optique de capitalisation à long terme. Son objectif ? Atteindre une performance moyenne nominale de 5 % par an sur la base d’un profil équilibré et d’un portefeuille investi à hauteur de 50 % en actions. Chaque année, 40 % des revenus sont destinés à reconstituer le capital, pour que celui-ci soit en adéquation avec l’évolution des coûts de gestion, quand 60 % des sommes sont reversées au musée pour soutenir ses missions.

 

(1) En date du 31 déc. 2017. Sources : Observatoire de la philanthropie-Fondation de France et Centre français des fonds et fondations.