Industrie financière

« La période est propice à la croissance externe »

Sébastien Barbe, président du directoire d’Arkea IS fait le point sur l’activité du groupe
Création d’une activité immobilière, politique ESG ou évolution du marché de la gestion de fortune, le dirigeant partage sa vision
Sébastien Barbe

L’Agefi Actifs. - Quel bilan dressez-vous de votre activité en 2019 ?

Sébastien Barbe. – Un bilan très positif. Les encours d’Arkea IS (1) ont progressé de 4,8 milliards d’euros en un an pour s’établir à plus de 55 milliards. La collecte nette a été plus vigoureuse que nous l’espérions. Elle s’est établie à environ 2,6 milliards d’euros. Sans rentrer dans les détails de chaque entité, nous avons notamment fortement collecté sur la partie mandat côté institutionnels et sur l’épargne salariale, le monétaire et la gestion sous mandat côté retail. La dette non cotée a aussi été très demandée. À l’inverse, les fonds ouverts dans le jeu concurrentiel ont un peu moins bien marché.

Pour la gestion d’actifs, un autre élément important aura été le recrutement d’une nouvelle équipe de gestion chez Swen Capital Partners qui a lancé un fonds sur la transition énergétique (2). Son premier closing a déjà atteint 123 millions d’euros sur les 150 visés.

Au niveau de la banque privée, l’activité a connu une forte accélération au second semestre. La production de crédit s’est établie à 380 millions d’euros et atteint désormais le milliard d’euros au total. La collecte nette sur les produits d’épargne s’est montée à 180 millions d’euros, portant les encours de cette activité à 2,7 milliards.

Quels sont vos objectifs pour 2020 ? Comme 2019, 2020 sera placée sous le signe d’une croissance rentable. Notre objectif est notamment d’accompagner nos partenaires pour augmenter la part d’UC dans l’assurance vie.

Nous souhaitons mettre en place une offre immobilière au sein d’Arkea IS. Nous voulons compenser notre sortie du capital de Primonial avec qui nous conservons des liens forts. L’immobilier est une classe d’actifs très demandée et nous réfléchissons donc à la meilleure manière de l’intégrer dans notre modèle. Plusieurs solutions s’offrent à nous allant de la croissance externe à la création d’une entité ex-nihilo. Nous sommes en train de mener cette réflexion en interne et je souhaite qu’elle aboutisse d’ici à la fin 2020.

Avant cela, nous allons lancer une première initiative au sein de Federal Finance Gestion. Pour cela, nous avons demandé une extension d’agrément à l’AMF. Si tout se passe bien, l’offre devrait voir le jour prochainement.

La croissance externe pourrait donc être au menu de 2020 ? Tout à fait. Nous avons reçu beaucoup de sollicitations d’asset managers et j’estime que l’environnement actuel est beaucoup plus propice que lors de ma nomination il y a deux ans. Outre la possibilité de faire des acquisitions sur la gestion immobilière, la partie gestion d’actifs traditionnelle pourrait elle aussi connaître des changements.

L’autre secteur que nous observons de près est celui de la banque privée. Nous souhaitons développer cette activité en ouvrant deux à trois nouveaux bureaux en France en 2020, après Lyon et Marseille l’an dernier. À ce titre, la croissance externe est souvent un moteur d’accélération intéressant.

Avez-vous d’autres pistes pour développer la banque privée ? L’une de nos forces est de proposer des solutions de financement très sophistiquées alliant nos services d’ingénierie patrimoniale et de crédit. Dans l’environnement de taux bas que nous connaissons, le crédit est au centre de tout. Il permet d’augmenter l’épargne de nos clients tout en nous offrant une rentabilité supplémentaire. Notre priorité va donc être de renforcer cette activité.

Nous réfléchissons également à mettre un « coup d’accélérateur organique » en recrutant fortement. Au niveau du groupe, les effectifs ayant augmenté de 15 % en deux ans [Arkea IS compte 290 collaborateurs, ndlr] nous allons un peu diminuer ce rythme. À l’exception donc probablement de la banque privée et de Swen Capital Partners dont les effectifs devraient grossir sensiblement en 2020.

Le marché de l’épargne est en pleine mutation. Comment vous-y préparez-vous ? C’est l’autre grand défi du groupe. Le marché de l’épargne retraite est en train de se réinventer au moment même où les fonds en euros semblent vivre leurs dernières heures. Bien adresser ce contexte sera clef pour l’ensemble de la profession.

Les particuliers ont une aversion naturelle au risque. L’enjeu pour notre industrie est de réussir à adresser les craintes des épargnants Français, en leur proposant des solutions adaptées. Je crois très fortement à la gestion sous mandat. Elle propose des rendements moyens intéressants et parle facilement aux particuliers qui ne se soucient pas d’un benchmark mais veulent un rendement stable dans le temps.

En 2018, nous avions déployé un plan commercial sur nos réseaux partenaires et avions conquis 50.000 clients en gestion sous mandat, puis 20.000 en 2019. Cette année, nous allons axer une partie de nos efforts sur ce segment. C’est pour cette raison que nous avons lancé une offre de gestion sous mandat thématique en architecture ouverte. Elle se décline au sein des différentes sociétés du groupe, avec par exemple une thématique développement durable gérée par Federal Finance Gestion ou une thématique intelligence artificielle gérée par Vivienne Investissement.

Une autre réponse sera l’innovation. Nous travaillons actuellement sur le lancement d’un produit unique en son genre. Un fonds ouvert investi en actions et qui serait doté d’une protection en capital équivalente à 90 % de la valeur liquidative la plus haute. Il répondrait donc à la demande de sécurité des épargnants tout en les incitant à investir à long terme. Nous espérons pouvoir lancer ce fonds au premier semestre 2020.

L’ESG est au centre des grands changements de l’industrie financière. Quelle est votre approche ? Au sein d’Arkea IS, l’approche ESG se décline dans chaque entité mais également au niveau du groupe. Il y a donc des fonctions transverses qui permettent de donner une cohérence à cette approche. Contrairement à beaucoup de nos concurrents, notre conviction forte est que ce n’est pas le « E » ou le « S » qu’il faut regarder en priorité, mais bien le « G ». Notre réflexion est simple, si la gouvernance d’une entreprise est bien réfléchie il en découle forcément un bon « S » et un bon « E ». D’autant plus que lorsqu’une société ne va pas bien, les premiers signes se voient généralement sur la gouvernance.

Mon autre conviction, c’est que les métiers d’analyse financière et extra-financière doivent converger. L’un ne peut plus aller sans l’autre désormais et il est nécessaire d’avoir une vision à 360 degrés et pas des équipes séparées. C’est ce que nous avons mis en place et qui va finir par arriver dans tout notre secteur.

A quoi ressemblera la gestion de fortune dans 5 ans ? Une transformation de l’épargne est en train de s’opérer. Le défi principal de notre profession est de réussir à diversifier l’épargne des Français. Si nous n’y parvenons pas, ou si nos offres s’avèrent trop compliquées, le risque majeur est de voir l’épargne des Français se perdre sur les livrets réglementés ou les comptes courants. Il y aura forcément des accidents de marché, qui seront très médiatiques, mais nous devrons tenir bon.

Par ailleurs, le non coté va prendre une part de plus en plus importante. Le développement du private equity depuis quelques années est impressionnant et il va encore s’accélérer d’ici 5 ans. La loi Pacte a fait beaucoup dans ce sens mais il faut aller plus loin et étendre cette démocratisation à la dette non cotée.

Enfin, si les taux restent bas, la question du crédit sera prépondérante et l’ingénierie patrimoniale occupera alors une place encore plus importante qu’aujourd’hui.  

(1) Arkéa Investment Services désigne l’ensemble des spécialistes en gestion d’actifs et banque privée du groupe Arkéa. Il regroupe, dans un modèle multi-boutiques Arkéa Banque Privée, Federal Finance Gestion, Schelcher Prince Gestion, Vivienne Investissement, Swen Capital Partners et Mandarine Gestion.

(2) Swen Impact Fund for Transition est dédié à l’investissement dans les gaz renouvelables.