La moitié des acteurs financiers ne mène pas d'analyse climat des portefeuilles

Thibaud Vadjoux
Selon le Carbon Disclosure Project (CDP), les émissions induites par les portefeuilles d'actifs sont 700 fois plus élevées que les émissions directes des acteurs financiers.
(Pexels : Rubestein Rubello)

Carbon Disclosure Project (CDP) publie un premier rapport sur l'empreinte climatique que déclare le secteur financier. Au total, 332 gestionnaires d’actifs, banques et investisseurs institutionnels ont répondu au questionnaire du CDP, soit un taux de réponse de 45 %.

Le verre est à moitié vide. 49 % des institutions financières (qui ont répondu) avouent n'avoir aucune idée de  l’impact climatique de leurs investissements. Côté transparence, seulement 25% des répondants publient les informations sur les émissions carbone de leurs activités de financement et d’investissement. Cela représente 84 acteurs financiers totalisant 27.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Pourtant, ces investisseurs institutionnels, banques et gestionnaires d’actifs ont une empreinte carbone 700 fois plus élevée à travers leurs portefeuilles d’actifs financiers que par leurs propres activités directes« Les institutions financières doivent urgemment décarboner leurs portefeuilles en révélant l’impact de leurs activités de financement par des objectifs basés sur la science et alignés sur l'Accord de Paris », appelle le CDP.

Le verre est à moitié plein. Chez les répondants, 53 % déclarent prendre des actions pour aligner au moins un de leurs portefeuilles (investissements, prêts, polices d’assurance) sur une trajectoire de réchauffement de moins de deux degrés et 27 % se préparent à le faire dans les deux prochaines années. Précisément, cette part d’acteurs engagés est de 48 % chez les détenteurs d'actifs, de 46 % chez les gestionnaires d’actifs et de 45 % pour les banques. Mais chez les assureurs, seuls 27% prennent des mesures sur les portefeuilles de contrats d’assurance, se focalisant plutôt sur les placements.  

Risques financiers, de marché et de crédit

Le climat fait aussi peser un risque financier important sur ces institutions qui ont tendance à fortement le sous-estimer. 74 % des institutions financières ne tiennent pas compte des risques de marché comme les actifs obsolètes (stranded assets, les actifs qui ont perdu leur valeur à cause d'évolutions réglementaires, de société ou technologiques) ou les dévaluations d’actifs. 65 % des sondés n’analysent pas les risques de crédit liés au climat. Ces risques pourraient avoir un impact de 1.000 milliards de dollars, allant bien au-delà des simples risques opérationnels qui pèsent sur les institutions.