Croissance externe

La gestion privée suscite la convoitise des mutualistes

Les groupes Apicil et Monceau Assurances ont opéré des rapprochements avec des acteurs de la gestion d’épargne
En vue, les réseaux de distribution de Legal & General France et l’offre internationale de l’assureur luxembourgeois Vitis Life
DR, Gilles Dupin, président et directeur général, groupe Monceau Assurances, et Renaud Célié, directeur général adjoint, groupe Apicil

Il n’y a pas que les fintechs, ces acteurs du web concepteurs d’outils de gestion financière, qui ont récemment jeté leur dévolu sur les services dédiés à la gestion de patrimoine. Certains assureurs mutualistes, à l’image du groupe paritaire Apicil et de Monceau Assurances, en ont également fait leur credo. Cet été, le groupe de protection sociale rhodanien spécialisé en retraite complémentaire et en assurance de personnes a ainsi annoncé l’engagement de négociations exclusives portant sur l’acquisition de Legal & General France. Le second a signé un accord – qui demeure soumis à l’approbation du régulateur luxembourgeois – avec KBL European Private Bankers (KBL epb), un groupe de banques privées basé à Luxembourg, en vue du rachat de Vitis Life, sa filiale d’assurance vie. Le montant de chacune des transactions est tenu secret. 

Course à la croissance externe.

Pour Apicil, l’objectif affiché par la direction est de transformer l’image d’un groupe pérenne en celle d’un acteur innovant, voire en un « outsider significatif », comme le mentionne la dernière version du rapport d’activité. Pour mémoire, le groupe a procédé à l’acquisition de Coparc, une société d’assurance vie du groupe Allianz en 2012, avant de fusionner en 2013 avec Intervie, la compagnie d’assurances d’Humanis, et de procéder à l’acquisition des activités de Skandia en France et au Luxembourg, qui a fait l’objet d’un débouclage définitif en février 2015 (L’Agefi Actifs n°635, p. 21).

Cette dernière opération s’est d’ailleurs traduite sur le terrain par la mise en place d’une gouvernance associant les collaborateurs de Skandia et le management d’Apicil. Une collaboration de nature à justifier, selon la direction, son attachement au réseau de distribution des conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI). Reste à savoir comment Apicil compte tirer profit de ce rachat. Une piste est évoquée par Renaud Célié, directeur général adjoint d’Apicil : « En utilisant le savoir-faire de Skandia en matière de gestion financière notamment, nous allons pouvoir proposer à nos réseaux la gestion pilotée, qui n’existait pas chez Apicil. »

Quant à Courtage & Systèmes, la plate-forme qui gère la distribution en ligne des contrats d’assurance vie de la marque qui sont dédiés aux CGPI (L’Agefi Actifs n°449, p. 3), Renaud Célié avance qu’elle est « pleinement opérationnelle » depuis son acquisition en 2007 par le groupe rhodanien. En revanche, le dirigeant précise que « le segment direct internet Epargne » est « en sommeil »

Diversifier le risque.

A écouter Cyrille Chartier-Kastler, le président  de Facts & Figures, le virage opéré par ce mutualiste fait sens au regard notamment de son besoin « de diversifier ses sources de revenus en étant moins dépendant des actifs en euros et de se tourner vers des réseaux capables de distribuer des unités de compte ». Si la compagnie ne s’est pas recentrée sur ses activités historiques dédiées à la protection sociale, une telle initiative est justifiée, selon lui, « au vu de la nécessité de diversifier le risque et les contraintes associées à Solvabilité II. Il paraît moins risqué pour une compagnie de se développer sur l’assurance vie que sur la santé dont le modèle est en pleine évolution ».

L’offre prévoyance n’est pas mise de côté pour autant. « Nous avons également procédé à la refonte de notre Perp qui sera aussi disponible en version digitalisée », avance Renaud Célié. Elle semble devoir rester pour l’heure l’apanage du groupe. Ainsi, sur la question de savoir si les conseillers indépendants seront mis à contribution pour distribuer cette offre, le dirigeant considère qu’« Apicil est très légitime pour proposer de la prévoyance aux partenaires CGPI. Nous travaillons en ce sens, par exemple en vue d’agréger des options de prévoyance sur les produits d’épargne ». En revanche, une prochaine participation à la distribution de ces produits dédiés est exclue. « La priorité immédiate demeure le développement de l’épargne, leur premier métier », annonce-t-il.

Le recours aux CGP salariés.

La stratégie de croissance vers les métiers de l’épargne s’est confirmée en 2015 par l’annonce d’un rapprochement avec Legal & General France. Lorsque ce rachat sera finalisé, d’ici à début 2016, l’encours de l’assureur sur le marché de l’épargne sera censé progresser de 5 à 9 milliards d’euros, soit 13 milliards d’euros pour l’ensemble des activités. Surtout, il sera question pour le groupe de consolider son modèle de distribution en épargne patrimoniale en disposant d’un réseau de 120 CGP salariés. « Nous avons des clients directs patrimoniaux que nous ne pouvions satisfaire en termes de conseils appropriés jusqu’ici. Nous pourrons désormais apporter un service supplémentaire, explique Renaud Célié. Par ailleurs, Legal & General France a développé également l’assurance collective en mode exclusivement intermedié et en délégation de gestion. C’est un modèle intéressant et très complémentaire à celui d’Apicil. Nous percevons là encore des synergies de développement », complète le responsable. Apicil poursuivant l’objectif de créer un groupe avec différentes filiales, les marques Skandia et Legal & General France devraient être abandonnées en 2016.

Des produits estampillés au Luxembourg.

Si le mutualiste Monceau Assurances a eu des velléités de développement au Luxembourg à la fin des années 90, il a concrétisé ce projet récemment. « Nous avons procédé à l’acquisition de l’assureur luxembourgeois Vitis Life, même si la logique de partenariat que nous avons souhaité avec KBL ebp aurait pu être construite autour d’une joint-venture », explique Gilles Dupin, le président et directeur général du groupe. Cette opération doit mettre Monceau Assurances en capacité d’accéder à une gamme de produits, à savoir des contrats à fonds dédiés et des services de gestion financière « complémentaire à celle que nous proposons déjà, poursuit le responsable. Ce choix limite également les risques de voir une partie de la clientèle fortunée nous quitter au profit d’autres compagnies luxembourgeoises ». A terme, l’entreprise française, qui gère 6,3 milliards d’euros, mettra la main sur 2,1 milliards d’encours supplémentaires.

Pour justifier cette acquisition, Cyrille Chartier-Kastler considère que Monceau Assurances éprouve – au même titre qu’Apicil – le besoin de se positionner davantage sur l’assurance vie « au regard de son réseau de distributeurs et de sa capacité limitée notamment en courtage IARD ». Pour rappel, le groupe, qui associe Capma & Capmi à la Mutuelle Centrale de Réassurance, détient deux filiales, l’une en assurance vie, Monceau Retraite & Epargne, l’autre en assurance Incendie, accidents et risques divers  (IARD), Monceau Générale Assurances. Ses contrats d’assurance sont distribués directement ou par l’intermédiaire de deux réseaux exclusifs, l’un composé d’une centaine de collaborateurs salariés, l’autre constitué d’agents généraux répartis essentiellement sur le Centre et l’Ouest de la France.

En France, l’ambition affichée par Monceau Assurances demeure de faire fructifier son savoir-faire en matière de gestion des rentes viagères notamment, « mais aussi nos gestions multisupports en épargne assurance vie, annonce le dirigeant. Nous gérons depuis 1969 trois générations de contrats d’assurance vie différents mais seul le plus récent, le contrat Dynavie créé en 1997, demeure accessible aux adhésions nouvelles ».

De l’autre côté de la frontière, Vitis Life est appelé à poursuivre ses activités sous la conduite de l’équipe de direction en place actuellement, dont Nicolas Limbourg qui a pris le poste de président directeur général en janvier 2014. La société, qui a fait de la France un axe de croissance prioritaire (L’Agefi Actifs n°563, p. 3), s’est fait connaître récemment des épargnants français entre autres pour avoir intégré les principes de la finance islamique dans un contrat d’assurance vie multisupport (L’Agefi Actifs n°610, p. 11).