Forum de la Gestion 2017

La gestion privée se transforme en profondeur

Si l’idée d’une transformation de la gestion privée a fait consensus lors du troisième et dernier débat de la manifestation, la dynamique du changement a fait débat. La transformation se fait-elle à marche forcée ? Plus qu’une révolution, il semble que cette industrie connait surtout une évolution dont le rythme s’est nettement accéléré ces dernières années. Trois facteurs ont été recensés qui expliquent les bouleversements et leur rapidité. Au premier rang desquels on trouve sans grande surprise la réglementation. A cela s’ajoute le phénomène de digitalisation, et enfin l’aspect sociologique, lié aux évolutions sociétales et au mode de consommation des clients. Sans doute ce dernier élément est à la base de la complexification du métier, qui s’explique en partie par la meilleure information du client. « En 1994, le généraliste était un spécialiste », a indiqué Patrick Folléa, directeur général de Société Générale Private Banking, mais aujourd’hui, le métier s’est transformé qui nécessite l’intervention d’experts et une œuvre collective». A partir de ce panorama, selon Philippe Loiseau, Associé chez Wavestone, la période des vaches grasses pour la gestion privée est terminée et ne reviendra jamais. Par ailleurs, « il est nécessaire de revenir vers le client, et lui redonner l’importance qui est la sienne », a-t-il ajouté. Il en va de l’avenir de certains établissements dès lors que la mutation de la gestion privée ne touche pas uniformément les différents acteurs du métier. Interrogé à ce titre, Gilles Dard, responsable de la Banque Privée chez Crédit Suisse, a précisé qu’il fallait distinguer les banques privées évoluant au sein d’une banque d’affaires, des filiales de gestion privée d’une grande banque ou de petites sociétés de gestion indépendantes. « L’érosion des marges, les pertes enregistrées peuvent se justifier par un « business model » de la gestion privée grevé par les réglementations qui se sont greffés, mais aussi par l’importance des coûts générés du fait des process à revoir, et de la nécessaire expertise humaine», a-t-il précisé.

Comme une conséquence logique à cette évolution, faut-il entrevoir un large mouvement de consolidation ? Selon Patrick Folléa, les filiales des banques à réseau profitent d’un effet de mutualisation des coûts en commun avec les réseaux. Cette mutualisation permet un partage des coûts fixes, ce que ne peuvent connaître les banques privées sans réseaux. Cela dit, la rentabilité des banques privées n’est pas liée à une question de taille. Il existe par exemple sur le marché des petits établissements rentables… et d’autres non.  Dans ce cadre, les family office qui peuvent tenter par leur approche, ne sont pas considérés comme des concurrents directs aux banques privées. « Il y a de la place pour tout le monde », a reconnu Patrick Folléa.  Un family office est un entité indépendante du côté du client avec lequel les banques privées travaillent. « Un family office «  intermédie » le client, mais ces entités ont besoin des banques privées », a–t-il ajouté.

Restait aux différents intervenants de la table ronde à se prononcer sur ce que sera, selon eux, la banque privée à un horizon de cinq à dix ans. Si la réglementation est attendue en hausse, c’est surtout l’arrivée « des avatars » qui inquiètent, notamment la concurrence via internet. « Sur le plan des revenus, les dix prochaines années seront consacrées à l’amélioration des revenus a prédit Sophie Breuil, Council Advisor chez Neuflize OBC. « Mais la réduction des coûts n’est pas encore achevée et il va falloir que le monde de la banque privée soit en mesure d’offrir des offres et services de valeur à ses clients.  A ce jeu, le digital n’est pas la panacée et il faudra accompagner le client », a t-elle ajouté. Pour sa part, Gilles Dard a estimé que le business model de la gestion privée sera plus résilient que maintenant. Pour son établissement, le responsable compte jouer la carte de la diversification en développant son activité « crédit » et en diversifiant également sa clientèle, amenée à s’ouvrir à des « semi institutionnels ». Quant à Patrick Folléa, sans contester l’ensemble des changements actuels, il a fait part de son optimisme pour le monde de la gestion privée dans les années à venir…