La gestion d’actifs "patrimoniale" doit se réinventer

Tatjana Puhan, Responsable de la gestion actions et de l’allocation d’actifs, Swiss Life AM
Pour pouvoir maintenir le même niveau de rendement que par le passé, les investisseurs doivent aujourd’hui accepter une exposition à davantage de risque. Face à ce défi du rendement ajusté au risque, le succès des fonds d’allocation passe par une gestion beaucoup plus active qu’auparavant, une plus grande diversification et le recours à des couvertures protectrices.

Pour les gérants d’actifs et leurs clients-investisseurs, c’est un profond changement de paradigme. Les référentiels de rendement ne pourront plus être ceux des décennies passées. Les conditions de marché, entre régime de croissance économique structurellement moins élevé et taux d’intérêt faibles, pour longtemps encore, appellent une autre approche du fameux couple rendement/risque. Il s’agit donc de donner un nouveau sens à l’allocation d’actifs dite « patrimoniale » et à l’investissement à long terme.

L’équation est simple : pour pouvoir maintenir le même niveau de rendement que par le passé, les investisseurs doivent aujourd’hui accepter une exposition à davantage de risque. Autrement dit, dégrader le profil risque/performances attendues de leur portefeuille, compte tenu de l’aplatissement continu des rendements sur des pans entiers du segment obligataire, au cours des dernières années. Le temps de taux « sans risque » suffisamment rémunérateurs, d’usage dans les portefeuilles conservateurs, est donc bel et bien révolu.

L’émergence d’une méthodologie de gestion plus agile et plus technique

Face à ce défi du rendement ajusté au risque, le succès des fonds d’allocation passe par une gestion beaucoup plus active qu’auparavant, une plus grande diversification des moteurs de performance et le recours à des couvertures protectrices, via l’utilisation systématique d’options de vente (put) et d’achat (call). La composante « risque » doit figurer au cœur de la stratégie d’allocation tactique du portefeuille (stratégie dont l’horizon d’investissement est court-moyen terme, d’un à trois mois). L’exemple le plus explicite est celui du risque de taux, relatif au rebond technique des taux obligataires ces derniers mois, contre lequel il est facile de s’immuniser grâce à une approche tactique : une gestion active des durations, favorisant les maturités courtes et intermédiaires de la courbe de taux.

Il s’agit non seulement d’identifier les primes les plus attrayantes dans chaque classe d’actifs, mais aussi de monitorer rigoureusement les zones potentielles de risque sur les marchés et l’évolution du sentiment des investisseurs. De ce point de vue, le suivi et l’analyse d’indicateurs variés à l’image de statistiques macroéconomiques, des données de marché fondamentales, des prix implicites des produits dérivés ou encore des indicateurs comportementaux sur le marché optionnel sont riches d’enseignements.

Concernant la diversification des investissements, il devient intéressant d’explorer des classes d’actifs alternatives et liquides, selon une approche diversifiée des primes de risque (multi-asset class). De plus, le fait que l’exposition aux taux d’intérêt représente la principale source de dégradation des rendements et performances, milite en faveur d’une pondération plus conséquente du crédit. En effet, sous réserve d’un travail approfondi d’analyse et de sélection des titres, les obligations corporate jusqu’au segment high yield (les segments notés BB et BBB étant moins sensibles au risque de taux) ou des marchés émergents constituent de judicieuses options de diversification à long terme. Par ailleurs, nul doute qu’au sein de la poche actions, les stratégies de type « actions protégées », « minimum variance » et « long/short » vont occuper une part de plus en plus prépondérante dans le cadre de fonds diversifiés patrimoniaux, au regard des couvertures et du contrôle du risque qu’elles peuvent garantir.

En somme, la gestion active du risque s’affirme plus que jamais comme la pierre angulaire de l’allocation d’actifs. Cette approche fait d’ores et déjà figure de facteur de différenciation parmi l’offre pléthorique de fonds diversifiés accessibles aux investisseurs particuliers.