La France attire de plus en plus les activistes

Bruno de Roulhac
Les campagnes y sont trois fois plus nombreuses qu’en 2016-2018. Malgré le contexte mondial les attaques ont progressé de 34% au premier semestre 2022.

Le contexte politique et économique mondial ne freine pas les ardeurs des activistes. Si l’activité ralentit au deuxième trimestre, après un premier trimestre record, elle reste très soutenue, selon le baromètre semestriel de Lazard. Entre avril et juin, 53 campagnes activistes ont été lancées dans le monde. Soit un recul de 27% par rapport au trimestre record précédent (73 campagnes), mais avec un fort contraste entre la chute de 50% aux Etats-Unis (22 campagnes) et le bond de 33% en Europe (20 campagnes). Sur le seul premier semestre, le nombre d’attaques a progressé de 34% à 126 dans le monde. Le Vieux Continent a subi 35 campagnes (+67%). Une sur cinq a concerné une entreprise française, soit près de trois fois plus que sur 2016-2018. En revanche, seulement 6% des campagnes ont concerné une société allemande, deux fois moins que d’habitude. De fait, l'impact des événements macroéconomiques a été ressenti différemment d’un pays à l’autre. D’année en année, le Royaume-Uni reste le pays favori des activistes, concentrant 37% des campagnes.

Les activistes s’intéressent davantage aux très grandes sociétés. 29% des campagnes du semestre ont concerné des capitalisations de plus de 10 milliards de dollars, contre une moyenne de 22% sur les dernières années.

Les activistes visent en priorité les sociétés technologiques, qui représentent 25% des cibles au deuxième trimestre et 21% sur le semestre, contre 14% sur une moyenne de long terme. Sont notamment concernés les logiciels, les services, et les acteurs Internet. Comme pour les autres secteurs, les activistes demandent des fusions ou des acquisitions, des sièges au conseil, et un changement de stratégie et d’allocation du capital. Ces dernières demandes sont plus nombreuses qu’au premier trimestre, en raison de la nécessaire adaptation au nouveau contexte de marché, lié aux crises ukrainienne, énergétique et économique. Sur le premier semestre 2022, 16 cessions d’entreprises étaient réclamées, pratiquement le niveau enregistré sur toute l’année 2021 (20 ventes demandées). Les activistes voient dans la fusion-acquisition une meilleure alternative à des stratégies, où l’entreprise reste indépendante, qui ont échoué, précise Lazard.

Apparition de nouveaux acteurs

Cette période actuelle complexe voit apparaître de nouveaux acteurs. 37% des campagnes du semestre émanent d’un nouvel activiste. Aussi, les cinq gestions les plus actives n’ont représenté que 19% des campagnes du semestre, le plus bas niveau depuis cinq ans. Lazard relève ainsi la diversité des acteurs : des géants mondiaux (Elliott, Icahn), des fonds régionaux (Amber) ou sectoriels (Land & Buildings), des spécialistes ESG de plus en plus actifs (Impactive Capital et Inclusive Capital) et des activistes occasionnels (D.E. Shaw).

Face à ces attaques d’investisseurs, l’écoute et la conciliation semblent la voie privilégiée, notamment en acceptant d’accueillir ces activistes au sein du conseil d’administration. Dans le prolongement de la tendance de 2021, 91 % des 75 sièges gagnés ont été obtenus par le biais d'accords. Carl Icahn a ainsi réussi à obtenir neuf sièges, tous grâce à un accord. En revanche, sur le premier semestre, 9 conflits entre direction et activistes ont eu lieu lors de l’assemblée générale. Et seuls trois activistes sont parvenus à faire élire leurs candidats.