SCPI à crédit

La fin du Crédit Foncier pourrait plomber le marché

Les professionnels s’interrogent sur les conséquences de la disparition du dernier établissement spécialisé
Le financement des SCPI pourrait en pâtir si le groupe BPCE changeait de politique à l’égard des intermédiaires
DR, Michel Fleuriet, Président Anocofi-IOBSP

Coup de tonnerre. Le Crédit Foncier, filiale de BPCE s’éteint à la fin de l’année, son modèle d’établissement spécialisé sur le seul segment du financement immobilier n’étant « plus adapté ni compétitif, principalement en raison d’une absence de bancarisation des clients et d’un refinancement exclusif sur les marchés financiers ». Le groupe se veut rassurant, précisant que les activités et équipes de l’organisme doivent être intégrées en son sein. Dans une note à l’attention de ses partenaires que L’Agefi Actifs a pu se procurer, le Crédit Foncier précise qu’en dépit du redéploiement de ses métiers dans les différentes entités du groupe, ses « interlocuteurs commerciaux ne changeront (…) pas en 2018 », et que « toutes (ses) manifestations commerciales sont maintenues ».

Conventions. Mais après l’échéance de la fin de l’année, des interrogations demeurent pour les partenaires intermédiaires, courtiers, CGP ou CIF. Le risque étant que les établissements de la banque mutualiste BPCE ne reconduisent pas les conventions passées par la dernière banque spécialisée dans le financement immobilier avec certains acteurs. « C’est une catastrophe si BPCE ne crée pas un pôle national dédié au courtage. Le cas échéant, cela laisserait sur le carreau les courtiers de proximité », s’alarme Michel Fleuriet, président de l’Anacofi-IOBSP, dont 90 % des 1.200 adhérents travaillent avec le Crédit Foncier. 

SCPI. Le financement de parts de SCPI, dont le Crédit Foncier était jusqu’ici un des poids lourds, pourrait devenir particulièrement problématique. « Cela fait plusieurs mois qu’on milite pour fluidifier le marché, explique Sandrine Allonier, porte-parole du courtier en crédit Vousfinancer.com. Le problème, c’est que l’immobilier en direct est en plein boom, et que beaucoup de banques préfèrent se concentrer sur cette activité en disant que le financement de SCPI est risqué, ou qu’il demande une expertise trop importante ». Si Crédit Agricole Consumer Finance (CACF) ou les Caisses d’épargne permettent notamment de réaliser ce type d’opérations, « la plupart des banques financent leurs propres SCPI. À l’heure actuelle, il est dur de trouver une meilleure offre que celle du Crédit Foncier » relève l’experte. Des craintes partagées par Euclide Financement, société de courtage entièrement tournée vers les professionnels du patrimoine. « À l’heure actuelle, la part du Crédit Foncier représente 70 % du financement des SCPI chez Euclide  », explique son fondateur Serge Harroch, pour qui « cette modification du paysage amène à être créatif dans des nouvelles solutions de financement, car celles proposées par le Crédit Foncier ne sont pas reproductives dans d’autres établissement bancaires ».

Impact incertain. Quant à l’étendue de l’onde de choc dans la pierre-papier, elle pourrait être mesurée. «  Il y aura certes un léger ralentissement, mais ça ne devrait pas bouleverser la donne. Les banquiers vont continuer de financer des parts de SCPI », nuance Jonathan Dhiver, gérant de la plateforme MeilleureSCPI.com. Selon le professionnel, « de fait, une partie du marché échappe au Crédit Foncier : la clientèle de banque privée, mais aussi les véhicules pan-européens par exemple. » Qui plus est, de multiples types de financements sont possibles : « prêt hypothécaire, prêt amortissable modulable en fonction de l’apport, ou garantie Crédit Logement  » liste Serge Harroch qui se veut « positif bien que la collecte immédiate risque d’être impactée ». Le repli pourrait ainsi se limiter à une baisse de collecte de 200 millions d’euros selon MeilleureSCPI.com, à mettre en perspective avec les 6 milliards d’euros enregistrés en 2017 (L’Agefi Actifs n°726, p. 8).
Le secteur reste en tout cas porteur pour la pierre-papier de l’avis des professionnels. « Alors que beaucoup d’épargnants commencent à se détourner de l’immobilier en direct, la SCPI est un produit qui ne peut qu’attirer », selon Jonathan Dhiver. Lequel s’attend à ce que la disparition du géant du financement immobilier laisse place à « de nouveaux acteurs ».