La course à la taille dans la gestion d’actifs bat son plein

Réjane Reibaud
Les groupes américains State Street et Invesco seraient en discussions en vue de créer le troisième plus grand gérant des Etats-Unis.
Dans le segment de la gestion passive et des ETF, State Street et Invesco disposent de franchises très importantes.

Il fallait s’attendre à un mouvement. Mais la perspective d'un mariage entre Invesco et State Street, opération révélée vendredi par le Wall Street Journal et Reuters mais non confirmée à ce stade, a de quoi surprendre. S’y attendre parce que State Street avait engagé depuis près d’un an des réflexions sur le devenir de sa filiale de gestion State Street Global Advisors. Quant à Invesco, il était aussi depuis plusieurs mois sous la pression du fonds activiste Trian en vue de procéder à une consolidation dans le secteur de la gestion d’actifs. L’intention pouvait être prise au sérieux puisqu’il a été à l’origine en 2020 de la fusion entre deux autres gérants, Legg Mason et Franklin Templeton.

Mais cette perspective est aussi surprenante parce que l’avenir d’Invesco semblait s’orienter plutôt vers un rapprochement avec Janus Henderson, un autre grand gestionnaire d’actifs américain dans lequel Trian est entré au capital quasiment en même temps qu’Invesco.

Si aucun des deux médias n’étaient en mesure de donner les contours précis des pourparlers, une telle perspective en se confirmant pourrait créer le troisième plus grand groupe de gestion d’actifs des Etats-Unis. State Street, banque essentiellement spécialisée dans la conservation et l’administration de fonds, gère aussi près de 4.000 milliards de dollars d’actifs tandis qu’Invesco a fait état au 30 juin 2021 de 1.525 milliards de dollars d’encours. En fusionnant, la nouvelle entité passerait devant le numéro trois du secteur Fidelity (4.200 milliards d’encours) mais serait encore loin derrière BlackRock (le numéro un avec 9.500 milliards de dollars) et Vanguard (7.100 milliards de dollars).

La victoire de la gestion passive

La logique derrière la multiplication de ces méga-fusions aux Etats-Unis vient d’un profil de marché très différent de celui du monde de la gestion européen. La grande majorité des ventes de fonds chaque année vont dans le segment de la gestion passive et des ETF où State Street et Invesco disposent de franchises très importantes. State Street revendique ainsi près de 3.000 milliards de ce type de gestion au sein de sa filiale SSGA. Il est par ailleurs le fondateur du plus gros ETF au monde avec le SPY qui suit l’indice S&P500. Invesco dispose quant à elle d’une franchise de 500 milliards en gestion passive et ETF. Mais ce segment est soumis à une très forte pression sur les marges qui pousse aux économies d’échelle et une taille toujours plus grande. Le SPY par exemple affiche des frais de gestion inférieurs à 0,1% sans même être le moins cher du marché.

Autre élément important, les deux groupes sont cotés en Bourse mais la pression pèse davantage du côté d’Invesco. Son titre avait fortement chuté entre sa fusion à près de 6 milliards de dollars avec Oppenheimer fin 2018 et le mois de mai de l’année dernière, l’opération n’ayant pas convaincu le marché. Il aura fallu attendre que le hedge fund Trian construise sa position au capital d’Invesco pour qu'il reprenne de la vigueur. Que ce soit avec State Street, Janus Henderson ou tout autre acteur, Invesco semble bel et bien au pied du mur.