Dirigeants de PME

La cession-transmission, une cause nationale

Alain Tourdjman, directeur des études économiques, Groupe BPCE
Les ventes en fin d’activité professionnelle concentrent l’essentiel des difficultés et devraient attirer l’attention du législateur
En donnant une plus grande visibilité à ces transmissions, elles bénéficieraient de plus d’attention de la part de repreneurs

L’étude que nous menons chaque année depuis 2011 montre que la cession-transmission des PME-ETI n’est pas prioritairement liée à l’âge. La majorité des opérations concerne d’ailleurs des entreprises dont le dirigeant a moins de 55 ans. Pour autant, ce sont les ventes en fin d’activité professionnelle qui concentrent l’essentiel des difficultés et devraient attirer l’attention du législateur. En effet, au-delà de 60 ans, l’écart entre intentions et réalisations de cessions est extrêmement important, avec un enjeu de perte de compétitivité et de potentiel de croissance.

Freins multiples…

Les freins sont multiples pour les dirigeants âgés. Certes, il peut exister un décalage sur le prix entre les attentes du cédant et l’évaluation du repreneur davantage tournée vers l’avenir (besoins d’investissement, cash-flows futurs).

Mais le plus souvent, les obstacles sont ailleurs. Les craintes liées à la confidentialité de l’opération, au manque de temps ou au choix et à la qualité des conseils se superposent à celles moins ouvertement exprimées de renoncer à une activité ou à un statut social. Ces préoccupations sont d’autant plus marquées que cet ultime acte de gestion dépasse la seule dimension de vente d’un actif. Pour les dirigeants âgés, il s’agit en général de trouver un véritable successeur, une personne de confiance qui prolongera son œuvre. Devant l’ampleur de la tâche, nombreux sont qui ont tendance à reporter la cession de leur entreprise et, même parmi ceux qui envisagent de céder à moins de deux ans (c’est le cas de 49 % des plus de 60 ans), la moitié déclare n’avoir rien préparé.…

... et effets négatifs.

Dès lors, la cession en fin d’activité professionnelle apparaît très insuffisante. Les PME-ETI concernées ne disparaissent pas mais leurs dirigeants restent à la barre jusqu’à un âge parfois très avancé. En 2013, plus de 20 % des PME-ETI avaient à leur tête un dirigeant de plus de 60 ans : c’est 6 points de plus qu’en 2005. Cette tendance au vieillissement a un impact significatif sur le dynamisme du tissu économique. Individuellement, les dirigeants de PME privilégient la stabilité à la croissance, la consolidation aux investissements. Collectivement, ce vieillissement conduit à généraliser à une proportion croissante d’entreprises des comportements limitant leur potentiel de croissance.

Donner de la visibilité…

La cession-transmission, qui pâtit d’un déficit d’image, mériterait de faire l’objet d’une grande cause nationale, au même titre que la création d’entreprise en son temps. En lui donnant une plus grande visibilité, elle bénéficierait de plus d’attention de la part d’entrepreneurs qui, tournés initialement vers la création d’entreprise, ont aussi un profil de repreneurs. Surtout, elle apparaîtrait davantage, aux yeux des dirigeants concernés, comme un acte de gestion normal auquel il convient de se préparer ; comme un sujet qui ne les concerne pas seulement personnellement mais qui touche la collectivité et pour lequel il est naturel d’être interpelé et conseillé. Le travail des accompagnants s’en trouverait d’autant facilité.

Si la cession-transmission était perçue comme un thème dont il est admis qu’il représente un enjeu de société, l’expert-comptable, le banquier, le conseiller en gestion de patrimoine ou tout autre conseil verraient leur légitimité à aborder cette question renforcée, sans que le sujet apparaisse comme une intrusion insupportable dans l’univers du chef d’entreprise.

… et accompagner.

Le manque d’anticipation chez les dirigeants de PME pourrait ainsi trouver une réponse adéquate. Avec l’obligation d’informer les salariés au moment où les discussions entre cédant et repreneur sont très avancées, la loi Hamon – légèrement assouplie par la loi Macron – peut entraver le bon déroulement du processus de cession et se focalise sur 0,15 % des PME.

Pourquoi ne pas prendre les choses sous un angle positif : plutôt que d’ériger un obstacle, créer, en amont, les conditions nécessaires pour que les salariés qui ont la compétence et l’appétence trouvent des solutions à leur projet de reprise. Un accompagnement spécifique en fonds propres ou le développement de formations adaptées à un processus de cession/reprise qui peut durer plus d’un an, pourraient avoir davantage d’impact qu’une obligation d’information.