La Banque Richelieu dévoile ses ambitions sous pavillon libanais

L'Agefi quotidien
L’ancienne KBL Richelieu veut redevenir profitable. Sa nouvelle maison mère compte doubler de taille en gestion privée et d'actifs d’ici à trois ans, en France et à Monaco.

Par L'Agefi Quotidien

A nouvel actionnaire, nouvelle marque. Après Richelieu Finance, puis KBL Richelieu, voici la Compagnie Financière Richelieu. Cette holding chapeaute depuis peu les anciennes entités françaises et monégasques du luxembourgeois KBL, rachetées fin 2017 par la banque libanaise SGBL (Société Générale de Banque au Liban). «Nous avons fait un choix triplement audacieux de créer une holding de banque privée à Paris plutôt qu’au Luxembourg, de miser sur Monaco à l’heure où certains acteurs s’en retirent, et enfin d’opter pour la forme juridique de compagnie financière, plutôt délaissée ces dernières années, explique à L’Agefi Philippe de Fontaine Vive, directeur général du groupe depuis deux semaines. Nous avons d’ailleurs demandé au régulateur l’autorisation de consolider tous nos résultats dans notre compagnie financière, en vue d’une supervision unique.»
Acquisitions

A l’étage du dessous coexistent trois entités opérationnelles, également rebaptisées: Banque Richelieu France, Richelieu Gestion et Banque Richelieu Monaco. «A partir de notre holding parisienne, nous voulons créer une plate-forme de gestion privée en Europe. Nous allons déployer la marque Richelieu partout où cela est possible, par des acquisitions opportunistes», poursuit Philippe de Fontaine Vive. Lui-même novice en banque privée, ce Marseillais de 58 ans apporte sa vision paneuropéenne et son tropisme méditerranéen, après avoir occupé la vice-présidence de la Banque Européenne d’Investissement de 2003 à 2015. L’ambition de l’homme d’affaires libanais Antoun Sehnaoui, principal actionnaire de la SGBL (dont la Société Générale détient encore 16,78%), fait écho au rêve continental du fonds qatari Precision Capital, propriétaire de KBL. Ce dernier a mené plusieurs rachats… sauf en France, où son retrait a signé l’échec de sa stratégie.

En attendant la croissance externe, «d’ici à 3 ans, nous voulons doubler notre produit net bancaire pour atteindre 60 millions d’euros et nos encours pour les porter à 6 milliards d’euros, de manière organique», dévoile Philippe de Fontaine Vive. Cette forte croissance doit permettre d’améliorer la profitabilité du nouveau groupe, rentable à Monaco mais déficitaire en France. «Nous visons un résultat à l’équilibre l’an prochain en France, après la baisse d’activité consécutive au retournement de l’activité mené depuis deux ans par Régis Brochot, qui reste président du directoire», explique le dirigeant du groupe.

Les encours gérés en France ont légèrement décru ces dernières années, pour atteindre 2,2 milliards d’euros à fin 2017. En parallèle, la banque a rajeuni ses équipes de banquiers privés actuellement basées à Paris, Lyon et Brest, avant peut-être d’autres antennes. D’autres recrutements sont à venir pour porter l’équipe de «front» de 35 à 50 personnes en France, tandis que l’effectif total du groupe devrait passer de 150 à 170 personnes minimum en trois ans. Le système de rémunération a été revu, tout comme l’approche commerciale, désormais strictement distincte du conseil en investissement pour répondre aux exigences de la réglementation MIF 2.
«Emanciper» Richelieu Gestion

«Nous allons monter en gamme et viser un million d’euros d’encours minimums par client, comme à Monaco. Nous avons notamment un stock important de clients plus ou moins dormants, investis en assurance vie, auxquels nous voulons faire découvrir nos services de conseil, nos produits structurés et proposer bientôt des comptes à terme…», détaille Philippe de Fontaine Vive. Autre axe de croissance : le crédit. Avec seulement 450 millions d’euros d’encours de prêts et un ratio de fonds propres durs de 50% à fin 2017, le groupe a des marges de manœuvre confortables.

Richelieu Gestion doit également repartir de l’avant. La société parisienne gère 800 millions d’euros d’encours, pour moitié pour le compte des clients privés du groupe. «Il faut que Richelieu Gestion s’émancipe pour devenir un acteur de la Place, en développant de nouvelles expertises, indique Philippe de Fontaine Vive. Ce n’était pas nécessaire jusqu’à présent car KBL avait d’autres sociétés de gestion en Europe. Nous allons ouvrir notre gamme en recrutant des gérants qui auront plus de marge de manœuvre que dans les grandes maisons.» Le groupe pourrait faire des annonces en septembre au Salon Patrimonia, car il vise notamment les conseillers en gestion de patrimoine, clients de l’emblématique Richelieu Finance avant sa débâcle en 2008.

Au-delà des chantiers de développement, le groupe va se concentrer sur ses coûts, mais reste peu précis à ce stade. Depuis deux ans, Paris était le client pilote de Lombard Odier en France et dans le groupe KBL pour l’implantation du système informatique de core banking développé par la banque suisse. De côté, Monaco travaille encore avec son propre prestataire. «Nous n’avons pas encore décidé si nous allons garder notre système informatique ou opter pour une nouvelle plate-forme», glisse Philippe de Fontaine Vive.