Gestion de fortune

La banque privée de JPMorgan France change de direction

Quinze ans après son arrivée chez JPMorgan, le banquier privé senior Jean-Baptiste Douin prend les rênes de l’entité parisienne La banque américaine, qui assure le suivi de 250 familles en France, reste discrète quant à son activité de gestion de fortune.

"Le pire de la récession économique n’est pas encore derrière nous », déclarait Jamie Damon, directeur général monde de JPMorgan Chase, le 15 janvier 2009 au Financial Times. Son pessimisme quant à la conjoncture augure d’un avenir plutôt sombre. Il n’en demeure pas moins que pour l’heure, JPMorgan n’a pas été la plus malmenée, bien au contraire. Elle vient d’afficher des résultats 2008 en baisse, certes, mais positifs, ce qui, dans l’actuel chaos, n’est pas négligeable. L’interrogation subsiste toutefois concernant le maintien à flots de la banque face à la crise. Les collaborateurs de la banque privée de JPMorgan France y travaillent et comptent sur l’image forte de leur établissement pour rassurer, en ces périodes de tempête, leurs clients fortunés - plus de 25 millions d’euros de patrimoine -, voire en conquérir de nouveaux.

Nouvelle direction.

Après quatre années passées à développer la banque privée en France, Paolo Moscovici laisse la main à son collaborateur et banquier privé senior Jean-Baptiste Douin. Appelé d’Italie en 2005, Paolo Moscovici avait souhaité mettre l’accent sur le conseil au chef d’entreprise. « Le ‘new money’ s’est imposé comme un relais de croissance permettant de compenser la dispersion des avoirs à laquelle nous allions devoir faire face génération après génération », précise Paolo Moscovici qui vient de prendre la direction des activités de banque privée au Moyen-Orient. Jean-Baptiste Douin, son successeur, souhaite poursuivre cette stratégie. « Nous gardons un objectif ambitieux de croissance en termes de nouveaux actifs et, dans un contexte moins propice aux transactions d’entreprises, nos efforts iront à la conquête d’actifs financiers existants », indique-t-il. Pour sa part, Paolo Moscovici ne souhaite pas s’exprimer dans l’immédiat sur ses nouvelles fonctions.

Activité confidentielle.

Très discrète sur son activité en France, la banque privée ne communique ses chiffres et ses organigrammes qu’au niveau mondial. D’après le rapport annuel de JPMorgan Chase 2007, les actifs gérés et conseillés (Assets Under Supervision) s’établissaient à 433 milliards de dollars pour la banque privée dans le monde, soit 27 % du total de l’activité de gestion d’actifs. Un chiffre qui « a peu bougé » au dire du nouveau directeur de la banque privée en France, Jean-Baptiste Douin. « Plusieurs dizaines de milliards de dollars ont afflué vers la banque privée au dernier trimestre 2008, compensant ainsi la baisse des encours due à la chute des marchés », affirme-t-il.

Synergies des activités…

Pour accroître les synergies sur la clientèle entrepreneuriale, JPMorgan a créé en juin 2004 une joint-venture dénommée Private Client Advisory (PCA), détenue à parts égales par la banque privée et la banque d’affaires. Un heureux concept, rapidement répliqué l’année suivante dans d’autres pays d’Europe. « Certaines opérations ont du sens au niveau stratégique mais leurs conséquences fiscales pour les actionnaires peuvent les rendre impossibles », explique Grégoire Constensoux, directeur exécutif de JPMorgan en charge des activités de fusions et acquisitions. « Il s’agit vraiment de coupler les savoir-faire afin de proposer des solutions optimales au client, l’objectif étant d’organiser le capital de façon à dresser un portrait dynamique du patrimoine industriel de l’entrepreneur », poursuit-il.

… et des hommes.

Cinq collaborateurs sont disponibles auprès du client : le banquier privé, responsable de la relation globale, l’ingénieur patrimonial, en charge des problématiques juridiques et fiscales complexes, le conseiller banque d’affaires, le gestionnaire d’actifs et le client service, qui prend sous son aile la banque au quotidien et l’administratif. « Nous travaillons en architecture complètement ouverte sur la gestion d’actifs mais aussi sur l’ingénierie patrimoniale. Nous consultons notaires et avocats spécialisés au cas par cas. Nous apportons notre point de vue, mais nous ne nous substituons jamais aux hommes et femmes de l’art et n’avons de partenariat exclusif avec aucun d’entre eux », explique Marc Liégeon, vice-président au sein de la banque privée. D’ailleurs, JPMorgan Asset Management n’a pas vocation à assurer l’allocation d’actifs de la banque privée, cette dernière disposant de son propre service au niveau mondial.

Stratégie uniforme.

Si l’ancienneté de JPMorgan sur le sol français lui « confère une double culture », juge Marc Liégeon, la stratégie d’investissement est, elle, directement centralisée à New York, déclinée ensuite par zones géographiques, puis par clients. Cependant, « la stratégie banque privée n’est pas celle de l’asset management », insiste Marc Liégeon, précisant que les fonds gérés par JPMorgan AM et proposés aux clients privés ne sont aucunement exempts des épreuves de due diligence qui sont les mêmes que pour les fonds de tiers. « La banque privée dispose de ses propres stratège, chef économiste, comité d’investissement et sélectionneurs de produits toutes classes d’actifs confondues », poursuit-il. A noter toutefois que le segment banque privée est enregistré dans l’activité asset management et se rémunère d’ailleurs exclusivement en pourcentage des actifs sous gestion. Jugeant qu’une fourchette de prix n’aurait que très peu de sens, le bureau parisien ne communique pas non plus le coût d’un mandat mais déclare appliquer une tarification dégressive - en fonction des avoirs confiés - et institutionnelle grâce à la masse d’actifs sous gestion dont JPMorgan dispose au niveau mondial.

Implication des équipes.

En charge d’une trentaine de familles sur les 250 gérées à Paris, le banquier privé est jugé sur la fidélité de ses clients, la croissance des actifs et le développement net, « au-delà de 150 millions d’euros par banquier privé et par an », explique Jean-Baptiste Douin. Un objectif important au vu de la difficile année qui se profile.