La Banque Postale veut doubler son résultat en 2020

L'Agefi quotidien, 24 juin 2014
L'Agefi dévoile la trajectoire financière du plan stratégique du groupe La Poste, qui tient un conseil jeudi

La Poste dépend plus que jamais des performances de sa filiale bancaire. Le groupe tient ce jeudi un conseil d'administration qui doit valider la trajectoire financière de son plan stratégique 2020, «Conquérir l'avenir», dont les grands principes avaient été annoncés en janvier. De sources proches du dossier, le résultat d'exploitation de la Banque Postale (LBP) devrait plus que doubler sur la période par rapport aux 727 millions d'euros de 2013 pour passer le milliard dès 2016 et 1,5 milliard d'euros à l'horizon du plan.

A cette échéance, le groupe La Poste viserait dans son ensemble un résultat d'exploitation (Rex) de plus de 1,9 milliard d'euros, selon ces sources. Après LBP, GeoPost constituerait l'autre relais de croissance avec un Rex prévu aux alentours de 540 millions, contre 316 millions l'an dernier. Le pôle courrier/colis, lui, ambitionne surtout de limiter les dégâts en stabilisant son résultat autour de 400 millions en 2020. Le total groupe est inférieur car il tient compte de retraitements internes.

L'opérateur public fait face à de nombreux vents contraires. La baisse des volumes de courrier est plus rapide qu'anticipé dans le précédent plan. La Banque Postale, qui place ses excédents de liquidité sur les marchés, souffre de la faiblesse prolongée des taux. Quant à la réglementation bancaire, elle va obliger l'établissement à renforcer ses fonds propres en émettant des capitaux hybrides, soit un coût supplémentaire estimé à une centaine de millions d'euros par an.

Résultat, La Poste ne dégage plus assez de cash pour couvrir ses besoins. Afin de redresser la barre et d'engendrer au moins 1,7 milliard de trésorerie par an, le groupe promet un cocktail de croissance du chiffre d'affaires (+3,5 milliards entre 2013 et 2020) et de maîtrise des charges. Il espère ainsi un retour à la «bonne santé» économique en 2017. Sa dette nette, qui devrait culminer à 4,2 milliards en 2016, commencerait alors à reculer, et le dividende à augmenter à partir de 2018. L'enveloppe réservée à la croissance externe serait plafonnée à 2,1 milliards d'euros sur 2015-2020, mais rien n'est prévu pour l'activité bancaire.

Au niveau de la Banque Postale, le défi reste d'augmenter l'équipement de la clientèle. Le stock de contrats augmenterait ainsi de près de 60% entre 2013 et 2020, tiré par les cartes de paiement, l'assurance dommages et la prévoyance. En progressant de plus de 10% par an, l'encours de crédit franchirait la barre des 100 milliards en 2020, un quasi-doublement. La «banque des professionnels» dont LBP a annoncé le lancement en recrutant 1.000 conseillers d'ici à 2020 vise un produit net bancaire de 340 millions à horizon du plan, soit huit fois le PNB dégagé par cette clientèle l'an dernier.

Au total, le PNB de la banque doit passer de 5,6 milliards à plus de 7 milliards d'euros sur la période. Dans cette optique, le réseau de La Poste et les conseillers Banque Postale vont se rapprocher sous une ligne de commandement commercial unique.

Mais comme tout plan au long cours, celui-ci est suspendu à de nombreuses conditions. Il est bâti sur une croissance du PIB de 1,4% et des taux Eonia et OAT 10 ans qui remonteraient à terme vers 2,1% et 3%. Avec un Eonia à zéro et une OAT 10 ans à 2,4% en 2020, le manque à gagner en Rex serait de 800 millions pour la banque.

Autre inconnue: le plan fait l'impasse sur l'impact éventuel de la rupture des accords entre BPCE et CNP, bien que la contribution de l'assureur soit censée augmenter.