H2O : les CGP donnent le tempo

Le « Collectif porteur H2O » veut ouvrir un dialogue à la mi-janvier. En attendant, des assureurs appliquent aux supports H2O une valorisation plus faible que celle présentée par le gestionnaire.
Natixis

La sortie se dessine. Lundi 4 janvier, Jean Raby, directeur général de Natixis Investment Managers, a confirmé sur Bloomberg TV le succès des négociations concernant la vente de la participation de 50 % de Natixis à la direction de H2O. L’information, qui confirme les propos tenus en novembre dernier à l’Agefi par Nicolas Namias, directeur général de Natixis, n’a pas tardé à faire réagir.

Une annonce qui inquiète

« Ce n'est évidemment pas un bon signal pour les porteurs de H2O que Natixis se désengage si rapidement », a confié à la rédaction Hélène Ferron-Poloni, avocate associée du cabinet Lecoq Vallon & Ferron-Poloni, qui représente une dizaine d’investisseurs individuels souhaitant obtenir réparation dans le cadre de « l’affaire H2O ». Pour l’avocate, les dirigeants de H2O se seraient honorés en utilisant ces fonds en vue de l'indemnisation des porteurs de parts plutôt que de les verser à Natixis.

« Je ne veux pas préempter la question des sommes disponibles tant que les chiffres sur ce désengagement ne seront pas connus. D’autant qu’H2O n’a pas forcément eu le choix dans cette affaire », a tempéré Dominique Stucki, avocat associé chez Vincent Sigurel, qui représente les intérêts du « Collectif porteur H2O ». Il estime que l’opération aura au moins le mérite de clarifier les positions, puisque les futurs interlocuteurs du collectif seront désormais seuls décisionnaires. « J’espère que les dirigeants d’H2O ont fait en sorte de garder les moyens de faire face aux demandes qui vont arriver », a-t-il glissé.

Dominique Stucki, qui évoque des appels quotidiens d’investisseurs prêts à rejoindre le collectif, attends surtout de la transparence de la part de H2O lors des discussions à venir. « Nous souhaitons ouvrir un dialogue à la mi-janvier avec les dirigeants et trouver un accord dans les semaines qui suivront », a-t-il dévoilé. Pour le moment, l’option de la procédure de médiation avec l’AMF ne serait qu’un ultime recours en cas d’échec des négociations.

L’attitude des assureurs posent question

De son côté, David Charlet alerte sur un enjeu crucial pour les clients. « Certains assureurs refusent d’appliquer la valorisation présentée par H2O. Ils préfèrent appliquer une valorisation plus faible par défaut », s’inquiète le président de l’Anacofi.

Ainsi, toutes les compagnies d’assurance n’appliqueraient pas les mêmes règles de sortie aux clients, créant de la confusion dans une situation déjà complexe. Des conseillers se retrouvent à devoir expliquer une décision qu’eux-mêmes ont du mal à comprendre alors qu’elle concerne les droits des investisseurs. « Un client à qui on ne proposerait pas la valorisation publique au moment de sa sortie serait en droit de se plaindre car cette décision apparaitrait incompréhensible », prévient David Charlet. Ce dernier a contacté l’ACPR pour qu’elle se prononce sur la légalité ou la normalité de cette décision. A ce jour, l’Autorité n’a toujours pas répondu.

Des voix défendent H2O

Dans la tempête, la firme de Bruno Crastes conserve cependant toujours des défenseurs. Grégory Lecler, directeur du cabinet de gestion de patrimoine Prudentia, continue à plébisciter la société de gestion et relativise les accusations à son encontre.

« H2O a certes une gestion risquée, mais elle a toujours été transparente dans sa communication. Le fond du problème est que certains distributeurs ne comprenaient pas ce qu’ils commercialisaient », défend-il. Pour Grégory Lecler, ce sont les mauvaises performances de H2O en 2020 qui auraient provoqué la volte-face des intermédiaires, inquiets tout à coup d’avoir exposé leurs clients à des produits complexes et risqués. « Personne ne disait rien car les performances de H2O étaient excellentes. Mais aujourd’hui, pour ne pas être pointés du doigt, ces conseillers préfèrent se ranger du côté des accusateurs car la meilleure défense reste l’attaque », insiste le CGP. De là y voir de la mauvaise foi, il n’y a qu’un pas…

Bien qu’il réitère sa confiance en H2O et qu’il croit toujours en sa capacité à générer de la performance, le directeur de Prudentia a choisi d’adopter une position attentiste jusqu’au dégel de la partie illiquide des fonds prévue pour juin.