Generali France revient à une organisation par produits

L'Agefi Quotidien
Jean-Laurent Granier re-spécialise par marchés la gestion, l’indemnisation et la commercialisation des contrats, qui avaient été mutualisées sous Eric Lombard.

Le «redressement opérationnel» de Generali France prend enfin forme. Nommé au printemps dernier, Jean-Laurent Granier s’était vu confier cette mission par Philippe Donnet, le patron de l’assureur triestin. Depuis, outre de grandes orientations présentées en octobre sous le label «Excellence 2022», la mise en pratique semblait floue. La direction de la filiale française a finalement présenté le 17 janvier aux représentants des salariés un plan de réorganisation, sur lequel elle recueille leurs avis aujourd’hui. S’ils donnent leur accord, le projet sera déployé à partir du 1er avril.

Selon des documents internes que L’Agefi a pu consulter, il consiste à revenir à une organisation par produits, en créant cinq directions de marché : une dédiée aux particuliers pour les dommages et la prévoyance, une pour l’épargne et la gestion de patrimoine, une chapeautant les dommages des entreprises, et enfin deux directions dédiées à la protection sociale des entreprises en fonction de leur taille. Ces cinq directions seront responsables de toute leur chaîne de valeur, de la conception des contrats au règlement de sinistres. Elles récupéreront ainsi les fonctions qui avaient été mutualisées fin 2014 par Eric Lombard, le prédécesseur de Jean-Laurent Granier. Il s’agit en particulier de la commercialisation, la gestion, et l’indemnisation des contrats, effectuées aujourd’hui par environ 1.700 salariés sur les 7.000 du groupe. Les nouvelles directions réintègrent aussi les réseaux de distribution dédiés à leur activité (comme le courtage).
Efficacité, agilité, compétitivité, et meilleure qualité sont visées

«Le contenu des postes n’est pas modifié, uniquement le rattachement à la direction, souligne Sylvie Peretti, DRH de Generali France. Les salariés étaient déjà très spécialisés avec chacun leur dominante par type de client et de produit. Il n’y a pas d’impact sur l’emploi». Fin 2014, l’objectif était de déspécialiser les réseaux pour pousser le multi-équipement et mettre en commun les moyens. Désormais, Generali France vise l’efficacité de ses circuits de décision, l’agilité de son fonctionnement, la compétitivité, et la meilleure qualité de service. «Chaque réorganisation correspond à une stratégie, ajoute Sylvie Peretti. Nous ne discuterions pas de cette nouvelle étape si nous n’avions pas réussi la précédente, celle du redressement financier».
Climat tendu en interne

«Nous avons vécu plusieurs changements de direction, et à chaque fois, il y a une réorganisation pour être en ordre de marche avec la stratégie, observe Catherine Leroux, déléguée syndicale à la CFE-CGC. Celle-ci n’est pas la moins logique, elle parle aux professionnels de métiers d’assurance : on ne vend pas aux entreprises comme on vend aux particuliers, on ne vend pas de la santé collective comme de l’épargne. La dernière réorganisation semblait plus intellectuelle qu'opérationnelle, celle-ci est plus industrielle.»

«Nous revenons à l’organisation par silos qui existait sous Claude Tendil [PDG de Generali France entre 2002 et 2013, ndlr], résume Dominique Tabarié, déléguée syndicale Unsa.  L’organisation […] sous Eric Lombard était un peu lourde au niveau de la gestion». Souhaitant néanmoins lutter contre l’effet silos, Generali France va créer des comités de gouvernance transverses, sur la santé par exemple, et encourager la collaboration entre directions. Ainsi les équipes marketing et digital, qui seront rattachées au marché des particuliers, travailleront aussi avec les autres directions.

Le climat était tendu ces derniers mois chez Generali France. En octobre, la CGT et FO ont refusé de signer le nouvel accord de Gestion prévisionnelle des Emplois et des Compétences, GPEC (toutefois adopté) dans lequel la direction fixait, entre autres, un cadre en cas de cession d’activité avec transfert de collaborateurs. Puis en janvier, La Lettre de L'Expansion a évoqué, sans citer de sources, des rumeurs d’externalisation d’activités et de réduction de postes. «Nous avons le sentiment que Generali France va annoncer des plans de réorganisation de manière morcelée, au dernier moment», s’inquiète Jean-Simon Bitter, délégué syndical FO.

«Il n’y a pas de projet d’externalisation du personnel, mais des projets de délégation d’activités sont régulièrement étudiés, répond Sylvie Peretti. Il n’y aura pas d’autre grand projet de réorganisation transverse, mais des projets ciblés, comme toujours dans la vie d’une entreprise. Par exemple, l’organisation actuelle de certaines fonctions supports pourra être revue pour être plus en adéquation avec notre nouvelle organisation.»