Epargne : Les Français affichent de nettes différences avec les européens

Une étude européenne réalisée par Invesco sur les attentes des investisseurs privés a relevé des spécificités françaises
Les produits générateurs de revenus sont appréciés, mais ils restent peu représentés dans le patrimoine des Français
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Encore une exception. Les Français qui aiment tant à se distinguer de leurs homologues européens dans de nombreux domaines, confirment dans celui des placements ce goût de la différence. Tel est l’un des principaux enseignements de l’enquête européenne réalisée par la société de gestion américaine Invesco, dont l’objectif était de passer en revue les attentes des investisseurs privés en matière de revenus.

Des raisons divergentes. Pour comprendre les différences exprimées en chiffres, il faut d’abord étudier les principales raisons qui guident les investissements. Et à ce titre, la France qui figurait parmi les huit pays passés sous revue pour former un ensemble représentant 5.000 investisseurs privés disposant d’un revenu moyen annuel de 116.000 euros, marque d’ores et déjà sa spécificité. « Les projets financiers semblent en effet avoir moins d’importance par rapport aux autres investisseurs européens », indique l’étude qui précise que c’est le seul pays où moins de 50 % des répondants ont déclaré que la constitution d’une épargne à long terme était une priorité pour eux, contre 55 % en moyenne en Europe. Plus précisément, dans les objectifs majeurs avancés, la retraite tient la corde pour les sondés de l’Hexagone : 57 % des familles françaises préfèrent investir pour préparer cette période tandis que 50 % des familles allemandes investissent pour financer un achat particulier (maison, automobile ou vacances) et que les ménages italiens semblent accorder la plus grande attention aux projets familiaux. Les ménages français n’en sont pas à une contradiction près puisque si la constitution d’un capital en vue de la retraite est un objectif important, l’investissement dans un plan d’épargne retraite n’est pas prioritaire à leurs yeux (24 % en France contre 37 % en moyenne en Europe). Cela étant, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de cette étude, pour comprendre, il est utile de prendre en compte la composition du patrimoine des ménages. Notamment le poids de l’assurance vie et de l’immobilier. Les placements préférés des investisseurs français sont détenus par respectivement 69 % et 46 % d’entre eux, expliquant ainsi l’intérêt moindre pour les plans d’épargne retraite.

A nouveau des paradoxes. Reste donc à savoir quelles sont les attentes des personnes interrogées de leurs investissements. Si les investisseurs aspirent à bénéficier de plus de revenus, les Français cultivent une nouvelle fois les paradoxes. « Ainsi, 86 % d’entre eux considèrent que le revenu est un aspect essentiel d’un investissement et 43 % déclarent que l’obtention de revenus est devenue plus importante ces trois dernières années », précise l’étude. Pour autant, seul un quart des Français détiennent des produits générateurs de revenus, ce qui représente tout de même un niveau supérieur à la moyenne européenne établie à 17 %. Constatation n’est toutefois pas intention puisque 35 % des répondants français envisagent d’investir dans des stratégies axées sur le revenu. Elles offrent, selon eux, une bonne performance globale. Une nouvelle fois les Français se distinguent de leurs homologues européens. Sans réelles surprises toutefois puisque l’enquête pointe l’attrait de nos compatriotes pour les marchés domestiques au premier rang duquel figure l’immobilier devant les actions, puis les obligations. En matière de risque, la prudence est également plus forte en France comparé à la moyenne européenne, même si, toujours d’après l’enquête d’Invesco, « 41 % des investisseurs dans l’Hexagone déclarent être prêts à prendre davantage de risques aujourd’hui qu’après la crise financière de 2008/2009 - contre 48 % en moyenne en Europe. » Dans leur quête de revenus, s’ils privilégient la pierre et les actions françaises versant des dividendes, « ils envisagent plus difficilement les autres produits de rendement car ils craignent de ne pas avoir de connaissances financières suffisantes », indique Céline Bonnet-Durand, directeur Distribution France-Monaco chez Invesco. La connaissance est un élément essentiel et il ressort qu’en France, 67 % des personnes interrogées accepteraient volontiers des conseils et seraient prêtes à recevoir des informations supplémentaires sur la façon de commencer à investir dans des produits versant des revenus. A la différence de la majeure partie des investisseurs européens qui, pour leur part, prennent plutôt des décisions d’investissement de manière autonome ou se basent sur les conseils de membres de leur famille ou d’amis. Dans les huit pays inclus dans l’étude, seuls 14 % des personnes interrogées déclarent ainsi confier les décisions et la gestion de leur portefeuille à des professionnels ayant un mandat de gestion sur leurs investissements.

Des Français qui aiment les conseils. Dans l’Hexagone, les investisseurs font aussi plus souvent appel aux conseils d’un professionnel que les investisseurs de la plupart des autres pays couverts par l’étude. Seuls 34 % d’entre eux déclarent prendre eux-mêmes leurs décisions, contre 42 % en moyenne en Europe. Enfin, sur la nature du conseil, en Europe, « les portes sont ouvertes à tous les conseillers qui agissent comme coach auprès des investisseurs, ainsi qu’aux professionnels qui prennent en compte les aspirations et les projets spécifiques des individus, plutôt que de se concentrer sur les caractéristiques détaillées d’un produit d’investissement », résume l’enquête.


(*) European Income Investing Study 2018/19. A noter que seules ont été incluses dans l’étude les personnes répondant aux trois critères suivants : être responsable seule ou collectivement des décisions financières et d’investissement du ménage ; détenir actuellement au moins un produit d’investissement risqué ou avoir l’intention d’investir dans un tel produit au cours des 12 prochains mois ; disposer d’un revenu familial brut supérieur à 50.000 euros, 60.000 francs suisses ou 45.000 livres sterling.