Du risque de « Grexit » à celui de la « Peurope »

Depuis 2010, la situation a éclaté au grand jour : la Grèce – avec l’Irlande – ont alors fait vaciller l’Europe au travers d’un risque souverain particulièrement désastreux. Cinq ans plus tard, rien n’est réglé et l’arrivée d’Alexis Tsipras au pouvoir n’a fait que raviver les incompréhensions avec les institutions. Certes, on évoque un compromis entre les deux bords, mais à quel prix ! La Grèce est exsangue et certains n’hésitent pas à employer le terme de drame humanitaire pour évoquer la menace touchant de nombreuses couches de la population.

En vérité, l’origine du chaos remonte à bien plus loin. Lorsque ce pays rejoint ce qui s’appelait alors la Communauté économique européenne, en 1981, portant à dix le nombre de pays adhérents, nul n’ignore son énorme retard : un PIB inférieur de 50 % à la moyenne communautaire, une économie très peu diversifiée et souvent souterraine, un système fiscal totalement défaillant… Aujourd’hui, c’est une bombe à retardement qui risque d’exploser et une véritable épée de Damoclès qui menace la construction européenne.

N’aurait-il pas mieux valu inverser l’équation et attendre que la Grèce élève ses standards avant de prétendre rejoindre le noyau dur ? Cette remarque vaut d’ailleurs pour plusieurs vagues d’élargissement qui ont conduit à l’Union actuelle de 28 Etats, notamment celles qui, à partir de 2004, l’ont étendue à l’Est. Car ce que l’on constate, c’est un blocage des institutions et, pire encore, une absence d’ambitions communes générant ici et là un repli sur soi. Avec l’éventualité d’un « Grexit », pour reprendre une formule que les médias adorent, l’hypothèse d’un « Brexit » ferait presque sourire tant les Britanniques vivent l’Europe à reculons, mais aussi auraient à perdre dans ce choix.

Pour y aller de notre petite formule, ce que l’on constate avec une certaine gravité, c’est la « Peurope ». Alors il faut se rattacher à ce que l’on peut. Afin de resserrer les rangs, Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel, son homologue et vice-chancelier allemand, viennent de se prononcer pour une union économique et sociale renforcée pour les pays européens qui s’y engageraient, centrés sur les 19 de la zone euro. Moins d’ostracisme, de dumping fiscal et concurrentiel assortis d’un budget commun, voilà qui contribuerait à revivifier un idéal perdu.

Cela ne laisserait indifférents ni le climat financier ni celui des affaires.