Ordre des experts-comptables

« Développer le conseil grâce à la spécialisation »

Charles-René Tandé préside l’Ordre des experts-comptables pour un mandat de deux ans
Il n’exclut pas d'instaurer une spécialité « conseil patrimonial » pour les experts-comptables
DR, Charles-René Tandé, président de l’Ordre des experts-comptables

L’Agefi Actifs. - Vous comptez mettre en place la spécialisation pour développer les activités de conseil des experts-comptables...

Charles-René Tandé. - La doctrine de l’Ordre a été jusqu’à aujourd’hui d’interdire aux experts-comptables toute mention de spécialisation dans leurs communications individuelles. Cependant, l’Ordre peut délivrer des spécialisations après avis de la commission consultative pour la formation professionnelle des experts-comptables auprès de l’Education nationale. La modification des textes existants n’est donc pas nécessaire pour introduire le principe de spécialisation dans la profession. Par conséquent, la réglementation et le programme de spécialisation pourraient être intégrés dans le Règlement intérieur par arrêté, à l’instar de ce qui est pratiqué pour les avocats et les notaires. Nous ne pouvons pas nous priver de cette opportunité pour investir le champ du conseil en direction des TPE et PME, le marché global du conseil est estimé à 80 milliards d’euros.

Il ne s’agit cependant pas d’abandonner notre cœur de métier qui recouvre les démarches déclaratives en matière sociale et fiscale. Mais il est nécessaire de faire en sorte que le conseil se développe, au regard de l’automatisation croissante de notre métier traditionnel. Il sera également nécessaire de mettre en place des formations diplômantes, sachant qu’il en existe déjà en matière de conseil patrimonial. Ces spécialisations ne concerneront pas le juridique, pour ne pas entrer en conflit avec les avocats ou les notaires, mais des secteurs économiques tels que l’évaluation, les systèmes d’information, des sphères comme le domaine agricole, le secteur public ou encore l’accompagnement stratégique. Le conseil patrimonial fait partie des spécialités potentielles mais la liste des segments concernés n’est pas encore arrêtée. Cette reconnaissance de la spécialité permettra de faire évoluer les profils de nos collaborateurs et attirera de nouveaux talents sur les missions auprès des entreprises. Et le marché nous identifiera mieux.

Que représente l’activité de conseil patrimonial chez les experts-comptables aujourd’hui ?

- De nombreux experts-comptables ont suivi des formations leur permettant d’exercer le conseil patrimonial. Il ne s’agit pas de gestion patrimoniale. J’insiste car nous ne formons pas les professionnels à la vente de produits d’investissement. C’est un tout autre métier. Les formations suivies par les experts-comptables renforcent leur connaissance en matière de droit civil, d’organisation patrimoniale. Si le professionnel veut néanmoins développer une activité commerciale de vente de produits de gestion de patrimoine, il devra le faire au travers d’une filiale dédiée ou d’une structure à part. Dans cette configuration, il aura également pour tâche de préserver l’indépendance de son conseil.

Y a-t-il, au sein du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, une commission dédiée au conseil patrimonial ? Quel est son rôle ?

- Nous avons mis en place une nouvelle organisation du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables (CSOEC) afin de mieux répondre aux défis de demain, mais surtout de mieux servir les experts-comptables et leurs cabinets. Nous avons ainsi créé en mars 2017 un secteur « Prospective et Spécialités » dans lequel existe un comité « Conseil patrimonial » dont l’objectif est de mener une réflexion sur le rôle que pourrait avoir l’expert-comptable en tant que conseiller patrimonial ou quelle plus-value celui-ci pourrait apporter, par exemple, à un particulier. Ce comité aura pour rôle d’être un lieu d’échange d’expériences, un laboratoire d’idées pour positionner au mieux l’expert-comptable sur le conseil patrimonial.

Quel regard portez-vous sur la société pluriprofessionnelle d’exercice ?

- Les textes sont à mon sens inaboutis. En effet, les sociétés pluriprofessionnelles d’exercice (SPE), dont on attend de manière imminente les décrets, excluent les commissaires aux comptes (CAC). Dès lors que la grande majorité des experts-comptables sont aussi CAC, la SPE apparaît donc comme inopérationnelle pour notre profession.